SCÈNE I
ROSALINE, CAZINI.
C AZINI.
Oui, ma nièce, oui , notre jeune sous-lieutenant arrivera ce matin même.
ROSALINE
C'est sans cloute encore un mariage que vous voulez faire ? Je vous connais , mon oncle ; aux qualités les plus essentielles, aux vertus les plus respectables, vous joignez un petit défaut dont j'ai plus que personne à me plaindre.
CAZINI.
Et quel est ce petit défaut ?
ROSALINE
Celui de vouloir toujours marier les gens. Il ne vient pas un homme ici, vous n'allez pas chez un de vos amis , que vous ne formiez à l'instant des projets d'établissement en ma faveur. Heureusement que votre
174 i^ES PROJETS DE MARIAGE.
goût pour le changement me sauve bien des importunités. Tel homme que vous me destinez pour époux, vous déplaît à l'instant oli quelque autre paraît. Le dernier venu a toujours raison.
CAZIIVI.
Est-ce donc un crime de m'occuper de ton bonheur?
ROSALINt:.
Mais si je me trouve heureuse de jouir de ma liberté, pourquoi vouloir changer mon sort? Vous savez qu'en formant un premier lien , je cédai à vos désirs, plus par obéissance que par amour ; et, puisque la mort a rompu ces nœuds , laissez-moi me soustraire à un second hymen, ou du moins attendez que mon cœur fasse seul le choix d'un époux.
CAZINI.
Ah ! je vois que tu songes encore à cet officier de cavalerie, qui dans une fête à Florence
ROS ALINE
Il est vrai : en vain deux ans se sont écoulés depuis cette rencontre; sa figure, sa douceur, son courage lorsqu'il me vit insulter, tout est encore présent à ma mémoire.
CAZINI.
Chimères ! me feras - tu croire qu'il est possible de s'attacher à un homme qui vous parle trois heures ? dont on ne connaît ni le nom , ni les avantages personnels?....
R os ALINE.
Tout dépend souvent dans la vie du premier coup d'œil et delà situation plus ou moins avantageuse dans