‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 124 sur 340 · SCENE XI. igr · texte numérisé non relu

SCENE XI. igr

ROS A.LIN E , souiiani.

Je l'ai deviné : j'aime , j'estime mon oncle , il le mérite ; mais je ne puis souffrir le ridicule qu'il se donne en voulant toujours me marier au premier venu.

GERMENCKY.

Au premier venu ?

ROS ALINE

Sans doute. Tenez, je suis certaine que déjà tout est conclu. Soyez de bonne foi, ne vous a-t-il pas fait espérer que vous obtiendriez mon cœur? ne vous a-t-il pas même annoncé qu'aussitôt mon aveu, la noce se ferait? il vous a peut-être promis encore d'y danser lui-même. ( Elle rit : ) Ah ! ah ! ah !

GERMENCET.

Mais....

Et vous avez cru bonnement tout ce qu'il vous a dit ? avouez tout. ( D'un ton sérieux : ) Il aurait du vous prévenir en même temps que la fatalité qui s'attache toujours aux grandes entreprises , l'empêche de réussir dans tous les mariages qu'il projette. Il aurait dû vous dire que s'il promet toujours mon cœur, il n'y a que moi qui le donne ; que ce cœur si recherché , si souvent promis par mon oncle , si vainement demandé par ses protégés, est encore à moi tout entier ; et je doute, entre nous, qua.ce soit à ses soins officieux que je doive jamais la perte de ma liberté.

GERMENCEY.

Cette rigueur m'étonne. A votre âge, avec tant i\c grâces en partage, tant de beauté!...

ROSALINE

Nous y voilà. Je vois que vous allez vous récrier aussi sur ma cruauté; vous allez me vanter les plaisirs de l'hymen , me parler de désirs , d'union des âmes , de nœuds tissus de fleurs... Eh ! monsieur, depuis mon veuvage, je n'ai entendu que semblables propos. Je sais par expérience ce qu'est l'hymen, quand on cède h l'obéissance , quand on estime , comme on dit , son mari. L'estime, l'amitié, les prévenances , rien de tout cela ne tient lieu d'amour. Une femme cède presque toujours aux vœux de ses parents, sans connaître tous les dangers du mariage : un changement d'état la séduit d'abord ; elle cherche le plaisir dans les distractions ; mais le temps fuit , la nouveauté passe , l'ennui vient , le dégoût suit, la chaîne s'appesantit de jour en jour; et trop heureuse est la femme qui peut espérer une tranquillité monotone , la paix de l'habitude , une existence supportable, enfin, au milieu des chagrins toujours renaissants d'un lien mal assorti.

GERMENCEY.

Je vous admire, madame, et partage même un peu vos idées. Mais vous ne me désespérerez pas au point... R o s A L I N E.

Oh! quittez donc ce langage. Je devine quel sera votre désespoir, mais je ne puis qu'y faire. Le plus grand de vos torts est celii^ d'être présenté par mon oncle. L'ennui que me causent ses persécutions , jette une défaveur complète sur tous les prétendants de sa façon. Et tenez ! voyez quelle est la bizarrerie de son étoile, ou plutôt quel est l'esprit de contradiction inné

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