SCENE X
Vraiment ton état me fait de la peine; et que vastu faire tout seul dans cette auberge !
VALCOURT
Philosopher, faire des réflexions sur l'instabilité des choses humaines.
MICHEL
Vous devriez écrire vos réflexions pour le bien de la jeunesse.
V AL COUR T
A propos, je ne t'ai pas dit que j'allais me marier.
FI RM I N.
Non.
V ALCO U RT.
Oh î mon ami, c'est une affaire unique : ma belle est à deux pas, dans je ne sais quelle maison de campagne, aux environs;.... c'est une bonne tante à moi, que je n'ai jamais vue, qui a manigancé tout cela. Elle a écrit à mon père, mon père lui a répondu, enfin tout cela s'est arrangé ; on m'écrit aussi, on m'envoie le portrait de la jeune personne, avec sa garniture de diamants; ils étaient fort beaux les diamants, je les reçois avec plaisir; on m'envoie de plus, de [argent, des bijoux; moi qui suis la douceur même, je consens à tout, je promets d'épouser; je pars dans les meilleures intentions, j'arrive à la nuit dans cette auberge ; il est trop tard jjûur aller à Derval, je trouve ici d'aimables voyageurs; on m'accueille, on soupe, on joue , je perds tout; enfin, de mon argent, de mes bijoux, de mes
thevaiix , il ne me reste plus que eette dame s;uis
garniture.
F I R ]>! I ]V , prenant le portrait.
Laisse- moi voir....
VALCOURT
Le portrait n'est pas mal; cependant, il ne faut pas toujours juger d'une femme sur la peinture ; nos artistes français sont si galants!.... Mais tu regardes ce portrait avec une attention....
FIRMIN
Oh! mon ami, c'est qu'il est d'une ressemblance si frappante....
VALCOURT
Comment ] connaîtrais-tu ma belle ?
FIRMIN
Non, mais je trouve qu'il ressemble à une jeune parisienne de mes parentes dont je suis très-amoureux.
MICHEL
Ces ressemblances n'existent que pour les amants,
VALCOURT
Oui, on trouve ({ue tout ce qui est joli ressemble à l'objet aimé.
Que je serais l#ureux de posséder im semblable trésor 1
Bon , vraiment ! Il a donc bien de la valeur à tes yeux ?
FIRMIN
Que ne donnerais-je pas pour en être le maître '