ACTE [ï, SCENE V
Mais vous, pour obéir, vous montrez un beau zèle: Car, soit dit entre nous, tout en louant son cœur, On peut s'effaroucher de l'âge de ma sœur.
BELV A.L, à part.
De sa sœur!
DUBOIS
De sa sœur!... Beau fruit du stratagème.
^ BONNARD
Mais , comme vous disiez fort bien à l'instant même , Et que font quelques ans ou de moins ou de plus? N'a-t-on pas , à tout âge , un cœur et des vertus !
BEL VAL
Je me suis bien trompé !
BONN ARD
Qu'est-ce que la jeunesse?
De folles passions la fugitive ivresse !
DUBOIS
Oh ! c'est bien dit vraiment.
De même la beauté, Comparable à la fleur, a sa fragilité.
DUBOIS
Songe-t-on au printemps, quand on trouve en automne Les trésors de Bacchus et les dons de Pomone ?
BELV AL , bas à Dubois.
Traître ! te tairas-tu ?
BONNARD, àBelval.
• Je vois avec plaisir Qu'aux vœux de mon ami vous allez obéir ; Tant mieux : avec ma sœur vous ferez bon ménage.
DUBOIS
Oh ! jamais ils n'auront de querelle.
BELVAL , à part.
J'enrage.
DUBOIS , basàBehal.
Allons, contenez- VOUS, songez qu'il faut...
BELVAL
Je suis Dans une impatience...
DUBOIS
Ecoutez mes avis.
B O N N A R D , à Dubois.
Que dit-il donc?
DUBOIS
Qu'il est dans une impatience...
Qu'il veut former bientôt cette tendre alliance... Mais surtout il voudrait voir l'objet de ses feux; Pressez-en le moment, et* faites deux heureux.
BELVAL, à part.
Que la peste t'étouffe !
BONTf ARD.
Ob', qu'à cela ne tienne :
Je cours chercher...
BELVAL
Eh! non, pourquoi prendre la peine.
BONNARD
Une peine pour moi ! c'est plutôt un plaisir. Je vais presser l'instant qui doit voué réunir. Ma sœur ne sera pas très-long-temps attendue , Et vous allez bientôt voir votre prétendue.
(Usort.)