SCÈNE TH
STÉPHA.NOW, GESLIN, BÉNIOWSKI, PANOW, Les EXILÉS.
Bonjour, Geslin; bonjour, Stéphanow : quelqu'un veille h notre sûreté, nous pouvons parler en liberté. Mes amis, le moment approche où nous devons agir ;... mais de la prudence, et surtout de la discrétion. Le gouverneur est loin de soupçonner notre conjuration. « Béniowski, me disait-il encore hier, on m'a rap- « porté que les exilés s'assemblent souvent dans la ca- « verne des Échos. » Vous concevez quelle dut être ina surprise ; mais bientôt il m'a rassuré en me disant : « Ils se réunissent, sans doute, afin de se distraire « par quelques jeux. Hélas! ajoula-t-il, les malheu- (c reux ont besoin de s'étourdir sur leur esclavage. » Mais s'il venait à savoir...
GESLIJV.
Qui de nous serait assez traître, assez perfide... Je sais que , victimes de la persécution , nous avons tous
Tor/ie ni. 1Q
cœur lions
45o BÉNIOWSKl.
apporté dans ce séjour sauvage une ame indignée, des s purs , et le sentiment de notre innocence. Pour- -nous, sans frémir de rage, nous rappeler les
motils de la haine de nos oppresseurs;'
PAWOW.
Mon crime lut d'avoir écrit la vérité.
GESLI N.
IjC mien d'avoir dit un bon mot qui fit rire quelques courtisans , mais qui m'envoya en exil.
BÉNIOWSKl.
Né polonais, je dus défendre mon pays. Prisonnier de guerre , les Russes m'ont puni de mes victoires passées, en m'envoyant dans ces horribles lieux.
Vengeance, mes amis! lions-nous par un serment.
BÉNIOWSKl.
Le serment ne lie que l'honnête honnne : il peut se trouver parmi nous un scélérat, et c'est le motif qui m'a fait vous assembler. \ous connaissez les ordonnances du czar Pierre : le seul article qui soit avantageux à l'exilé, c'est que, s'il est dénonciateur de quelque conjuration, il aura sa liberté, et les conjurés seront condamnés à mourir de faim. Voyez, s'il se trouvait parmi nous un traître, à (juel sort nous sommes réservés!
LES EXILÉS
JNous serons tous fidèles!
BÉNIOWSKl.
Mes amis, plus notre projet est près de l'exécution, plus nos mesures doivent être sévères. S'il se trouve
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un exilé qui , séduit par l'appât de sa liberté , tente de nous dénoncer, qu'il soit à l'instant puni de mort!
Li:S EXILÉS.
Oui ! oui r
Quant à moi , moi , que vous avez choisi pour le chef de cette entreprise ; moi , qui vais vous engager dans des périls presque certains , vous allez voir si je suis digne de votre confiance. S'il arrivait que , séduit par le sort heureux dont je jouis auprès du gouverneur, je voulusse seulement renoncer à mon plan, que je sois à l'instant puni de mort. ( Tirant un poignard de son sein.) Geslin, toi, qui fiis daqs tous les temp? , mon ami le plus intime , prends ce poignard ; et si je trahis mes serments , sois le premier à m'en punir. C'est un sacrifice que tu devras à l'amjtié trompée.
GESLIN
Jamais il ne servira qu'à ta défense.