SCÈNE VIIL
Le gouverneur, BENIOWSKI.
BENIOWSKI.
Quoi ! vous daignez venir voir un malheureux exilé !
Je viens, rendre visite à mon ami.
\CTE 1, SCEjNK Vin. /,55
JÎÉNIOWSK I.
Volrc ami ! ce titre ne m'appaiLieiiL pas. Je n oiif)lierai jamais ce qu'un exilé doit à celui qui peut disposer de sa vie.
LE GOUVERNEUR
Ah! ne me rappelle pas l'étendue de mon pouvoir! Sans doute, dans ces contrées barbares, je commande en maître; et puissé-je un jour ne m'en pas repentir!
TÎÉNIOWSKI.
Comment ?
LE GOUVERNEUR
Eh! Béniovvski, puis-je vivre tranquille au milieu" de ces malheureux! Tous ont le sentiment flu désespoir , et je conçois qu'à leur place....
BÉNIOWSKI, avec transport.
Oui , à leur place, vous penseriez comme eux : vous avez l'ame assez belle pour secouer le joug d'un esclavage aussi cruel , aussi honteux.
LE GOUVERNEUR
Oui : mais comme gouverneur , j'ai l'ame assez ferme pour remplir mes devoirs , et pour punir les conspirateurs. Cependant , il faut l'avouer , depuis quelques années, depuis ton arrivée à peu près, il n'a point éclaté de conspiration.
TÎÉNIOWSKI.
Ce sont vos bons traitements envers ces infortunés qui ont prévenu toute idée de révolte.
LE GOUVERNEUR
11 n'en est pas de même de la Sibérie : le gouverneur vient de m'ccrirc r^\H' trois cents exilés venaient
de s'enfuir avec les armes qu'on leur confie pour la chasse , et qu'ils avaient tourné leurs pas vers le Kamtschatka.
BÉNIOWSKI, à part.
C'est le renfort qui doit nous arriver.
LE GOUVERNEUR
Je viens de rassembler mes cosaques : c'est vainement que ces exilés de la Sibérie prétendraient soulever ce pays; ils n'y réussiraient point. Grâce à tes soins et à tes bons conseils , tout le Kamtschatka est dans une parfaite tranquillité. Je t'en dois la récompense ;... accepte d'abord quelques présents : tu trouveras , à l'entrée de la caverne, deux traîneaux qui te sont destinés.
Quoi! votre bonté s'étend Oubliez-vous qu'un
exilé ne peut....
LE GOUVERNEUR
Ce n'est plus à un exilé que j'offre ces dons ; c'est au général Maurice, comte de Béniowski.
Qu'entends-je!
LE GOUVERNEUR, lui remettant un papier scellé de tlillcient» sceaux.
Lis, et vois comme je sers mes amis.
Ma liberté! [A part.) Malheureux que je suis!
LE GOUVERNEUR
Bientôt je ferai davantage : ma nièce t'est chère , '-lie t'aime..... jp le sais; demain elle sera ton épouse.