ACTE ly, SCÈNE IV. ily
Miss Odelson encor m'en a fait un secret.
HENRI
Vraiment tu ne sais rien? la chose est singulière. Mais par elle conduit clans ta belle carrière. Dois-tu donc, sur son ordre ardent accusateur, Ue quelque homme d'état compromettre l'honneur '
EDOUARD
.l'ai cru que mon ami savait mieux me connaître. Oui , j'ai quelque courage , et l'ai prouvé peut-être : Mais crois-tu qu'égaré par le ressentiment, ])'un adroit ennemi je serai l'instrument? Que j'irai compromettre une honorable vie ? Sur un homme innocent verser la calomnie ? Et, par le vain espoir d'occuper le public. De l'art de l'orateur faire un honteux trafic?
HENRI
Non : je croirai toujours ton intention pure. Mais n'est-on pas souvent dupe d'une imposture .' Et ton enthousiasme, écliauffant ton esprit. Ne peut-il dans l'erreur te montrer un délit? On ne veut point agir contre sa conscience ; Mais on veut avant tout prouver son éloquence ; On veut faire du bruit. D'un peuple curieux Par un peu de scandale on fixe plus les yeux : Tout orateur désire un succès populaire. On l'obtient aisément, car on est sûr de plaire Dès qu'on couvre les grands de ce bannal mépris. Que sur eux la tribune appelle avec ses cris, Afin de les livrer à la publique haine Dont on fait de nos jours la rocbe Tarpéienno.
EDOUARD
L'exagération , je le sais , nous séduit ;
En plaisant à la foule au bon droit elle nuit.
Le vrai patriotisme a sa marche plus sûre ,
Dans la discussion il garde la mesure ;
Et l'ardent orateur qui s'en est écarté
Arme contre lui-même une majorité.
Mais il n'en doit pas moins poursuivre avec constance
L'intrigue dévoilée et l'injuste puissance;
En forçant le pouvoir d'écouter notre voix ,
C'est le rendre plus fort, c'est augmenter ses droits.
Des institutions nous sommes sentinelles ;
Pour les consolider il faut veiller sur elles :
Qui manque à ce devoir ne sert pas son pays,
N'est d'un représentant que le fantôme assis.
Si cet indifférent n'a pas droit à l'estime ,
Que penser de celui que l'intérêt anime?
Qui ne voit dans le choix de ses concitoyens
Que le chemin brillant des honneurs et des biens;
Et qui, dès le départ député jnercenaire ,
Met son honneur à prix et sa voix à l'enchère.
De corrompre un cœur pur qui pourrait essayer ?
Les places , les grandeurs , tout l'or du monde entier
Ne peut sur son devoir emporter la balance ;
Et d'un homme de bien payer la conscience.
HEIVRI.
En élevant très-haut ces emplois importants De députés du peuple et de représentants, On voudrait abaisser tout les appuis du trône. Que dit-on de celui qui tient à la couronne,