ACTE IV, SCÈNE VI. -/p
Où j'ai rêvé le bien que je pouvais y faire.
MISS ODELSON.
Ah ! de tels sentiments sont bien dignes de vous î
Mais ne redoutez point que l'effet du courroux
En aveuglant mes yeux m'ait trompé sur ma cause.
C'est sur la vérité d'abord qu'elle repose,
Sur des faux reconnus , sur de vivants témoins.
Ces preuves , ces papiers , réunis par mes soins ,
Demain vous les aurez , ils sont irrécusables.
Là , vous reconnaîtrez le crime et les coupables ;
Là, vous verrez d'abord le plus noble seigneur
Condamné par les pairs comme un conspirateur,
Dérobant à la mort une tête proscrite;
Abandonné de tous, il n'a pour toute suite
Qu'une famille en pleurs et tout près du besoin.
De ses maux un désert est l'unique témoin :
C'est là qu'on a forcé cet homme qui naguère
Par ses biens et son rangj^rillait en Angleterre ,
Sous un abri de chaume élevé par sa main ,
A défendre sa fille et lui contre la faim :
Ah ! je te vois encor , trop infortuné père !
l^ar tes rudes travaux combattre ta misère ;
Et le front incliné sur un ingrat sillon
Solliciter pour nous une avare moisson.
Tes regrets, tes soupirs sont gravés dans mon ame.
« Moi , disais-tu souvent , proscrit comme un infâme ! •»
Tu le disais encor sur ton lit de douleurs
Je ne puis achever, et vous voyez mes pleurs.
EU ou ARD.
( )ui,vos malheurs sont grands; maiscalmez-vousde grâce.
S'il se peut, de votre ame effacez-en la trace. Mon amie, achevez d'éclairer mon esprit Sur le destin d'un père...
MISS ODELSON.
Eh ! n'ai-je donc pas dit Qu'après vingt ans passés d'une longue misère , En maudissant le sort il quitta cette terre; A son dernier soupir qu'il rendit dans mes bras. Il me dit : a O ma fille ! ah ! ne me pleurez pas ! « Et respectez mon nom ; la céleste puissance «Qui nous jugera tous connaît mon innocence. » Puis il me fit jurer, religieusement.
De suivre ses avis , et j'en fis le serment. Mais parmi les serments qu'exigea sa prudence , J'en fis un qui me fut dicté par la vengeance : Je jurai que jamais je ^'aurais de repos Que je n'eusse puni l'auteur de tous nos maux. Cet espoir de vengeance, eÉ|soulageant mon ame, D'un vertueux côurage en un instant m'enflamme. Dès que sur le tombeau d'un père malheureux J'eus porté le tribut de mes derniers adieux , Je quittai mon désert. J'arrive en Angleterre, Certaine d'y trouver un ami de mon père. Je présente à ses yeux la fille du proscrit ; Je me nomme : et soudain son ame s'attendrit. Il ne me faut pas,dis-je, une pitié commune; Que me ferait votre or? que me fait la fortune? Je veux, je l'obtiendrai, que le nom respecté De mon père innocent soit réhabilité.
Mon vénérable ami conçoit cette espérance ;