ACTE IV, SCENE VI
Aux vœux d'une ame active il mêle sa prudence; J'ai vu, j'ai visité tous les nobles seigneurs. Compagnons de mon père; ils sont mes protecteurs. Depuis six ans entiers ma douleur vagabonde , Pour atteindre mon but m'a fait courir le monde. J'ai su, par des témoins soudoyés au procès, Que l'intrigue en avait tissu les nœuds secrets ; J'ai su me procurer une pièce importante Qui donnera d'un faux la preuve convaincante: Que dirai-je de plus ! le moment est venu Où ce crime odieux doit être enfin connu ; Il le sera par vous, qui joignez au courage Les talents, la prudence à l'ardeur de votre âge. Vous seul de ma maison rétablirez l'honneur, Ou j'aurai trop long-temps mal jugé votre cœur.
EDOUARD
Douter de mon cœur! vous! quand un brûlant délire Au récit de vos maux le transporte et l'inspire! Chaque mot qui peignait vos regrets, vos tourments. En m'en faisant souffrir, me les rendait présents. J'habitais près de vous dans vos incultes plaines. J'aidais à vos travaux, je partageais vos peines; L'imagination, exaltant mon esprit.
Me faisait éprouver tous les maux du proscrit. Près dé sa fille en pleurs , j'ai vu ce tendre père Dévorant sa douleur, lui cachant sa misère. S'affliger de l'instant où son enfant est né , Et porter vers le ciel un regard indigné. D'autres fois, tourmenté des beaux jours de sa vie, J)e cruels souvenirs lui rendaient sa patrie ;
a48 L'ORATEUR ANGLAIS.
Du rivage vers elle il étendait les bras, Appelait ses amis... qui ne répondaient pas.
x\h! ce tableau trop vrai... Cessez, cessez, de grâce.
ÉDOV A.RB.
A celui de vos maux pouvais-je être de glace ?
Et vous craignez 'encor que, timide orateur,
Je n'abandonne ici la cause du malheur !
Eh quoi ! la vérité , par un accent qui touche ,
Parlera par vos pleurs moins que par votre bouche î
Je vous verrai partir des plus lointains déserts ;
Pour chercher un appui vous passerez les mers;
Vous viendrez, pour l'honneur d'un respectable père
Dont un arrêt de mort frappe encor la poussière,
Réclamer la justice, appeler des amis,
Pour lui rendre son nom, ses biens et son pays :
Après six ans de soins, de travaux, de constance.
De punir l'oppresseur vous aurez l'espérance ;
Et moi, par mon état, public consolateur.
Je pourrais refuser d'être l'accusateur !
Non, non, ne craignez pas une pareille injure;
Vous obtiendrez justice, et, par vous, je le jure;
Votre persécuteur va trembler à ma voix ,
Et demain je l'accuse en invoquant les lois.
MISS ODELSON.
O doux pressentiment d'une entière justice! Mais déjà le coupable est en proie au supplice ; Mon nom le fait pâlir!... Ah! qu'il souffre à son tour 1 Je vais donc t'écraser, misérable Weymour !