SCÈNE VIL
HENRI, EDOUARD, Miss ODELSON.
HENRI, <iul est anivé aux derniers mots de miss Odelson.
Mon père un misérable!
MISS ODELSON.
Henri ! quoi , vous ici !
EDOUARD, tristement.
Lord Weymour est coupable!
HENRI
Et voilà donc enfin l'événement cruel Qui mettait entre nous un obstacle éternel ! Et mon trop lâche cœur aurait tant de faiblesse Que de chérir encor cette main qui le blesse! Mais pourquoi, pour le duc supphant aujourd'hui. Craindre votre menace et m'effrayer pour lui ! Âvez-vous le pouvoir qui vous est nécessaire Seulement pour lutter contre un tel adversaire ? Dans tout ce que la cour a de plus renommé N^a-t-il pas des soutiens ? N'est-il donc pas aimé ? J'ignore s'il est vrai qu'un abus de puissance Ait égaré son cœur ou trompé sa prudence; Mais , fût-il criminel , il a pour lui le roi , Ses talents, ses travaux...
EDOUARD, vivement.
Et moi, j'aurai la loi.
25o L'ORATEUR ANGLAIS.
HENHI.
Quoi, c'est vous, Edouard, qui l'accusez vous-même?
EDOUARD
Cher Henri! tu ne peux savoir combien je t'aime:
Je voudrais que le sort, dans mes vœux de moitié,
M'aidât à te prouver quelle est mon amitié :
Mes jours ne seraient point un trop grand sacrifice;
Mais ton père a failli, j'en demande justice :
Dès demain je l'accuse, et j'en ai le pouvoir.
Je perdrai mon ami , j'aurai fait mon devoir.
HENRI
Et vous, cruelle! vous...
Miss ODELSON.
Vous venez pour un père Elever près de nous une voix tutélaire , Pour lui vous m'implorez; et vous ne songez pas Que lui seul de mon père a causé le trépas ! Mais ne rappelons point les motifs de ma haine ; Ce n'est pas contre vous que le courroux m'entraîne. Dédaignant de mon sexe un art vain et trompeur. Je vous ai franchement avoué mon erreur : Cet aveu que j'ai fait , je puis encor le faire ; Ce cœur à votre amour ne fut jamais contraire; Mais quels que soient pour vous mes tendres sentiments , Je dois punir un traître, et remplir mes serments.
De ce qui nous est cher trame-t-on la ruine ? En me rendant heureux, votre main m'assassine; Et de ce <;oup cruel tel doit être l'effet. Qu'il fait souffrir le cœur que l'amour satisfait.