ACTE 11, SCENE Y
Elle s'imagine que cet étranger arrivé cette nuit est un envoyé français , qu'il ne vient en Espagne qu'avec l'intention de lui nuire ; enfin elle voit clans cet événement une nouvelle intrigue dont elle craint d'avoir encore à se défendre.
LE DUC
Mais l'arrivée de cet étranger annonce en effet quelque chose; et le mystère dont il s'enveloppe....
LA PRINCESSE
La comtesse prétend que vous le connaissez.
LE DUC
Beaucoup. C'est un protégé du duc d'Orléans. C'est un homme de mérite, un auteur distingué, déjà connu par de grands ouvrages, et dont on a fait, je le soupçonne au moins, un envoyé diplomatique. Il se nomme Néricaut Destouches.
LA PRINCESSE
Et vous n'avez pu rien savoir du motif de son voyage ?
LE DUC
Ah! il est trop fin pour en dire plus qu'il ne doit. Il se donne pour un voyageur que la curiosité amène en Espagne , et peut-être l'est-il en effet.
LA PRINCESSE
Non , non. Je connais trop le duc d'Orléans , pour croire qu'il n'ait pas donné des instructions à ce prétendu voyageur. Il ne me pardonnera jamais la rupture que j'ai amenée entre lui et son cousin. La réputation , les mœurs trop connues de ce prince aimable, la basse
influence de son obscur favori, tout me faisait une loi de rompre sa correspondance avec le roi. Si maintenant Louis , au déclin de la vie , qui n'a conserve de sa grandeur passée que l'orgueil d'une vaine représentation; si ses ministres, pour échapper h leur chute, se tournent déjà vers le soleil levant, et se montrent prêts à seconder sa maligne influence; moi, je n'en dois pas moins poursuivre mon ouvrage , et m'opposer à des projets qui ne peuvent que nuire à Philippe et à la prospérité de l'Espagne.
LE DUC
Mais notre ambassadeur en France , le cardinal Giudice votre ami, qui vous doit son élévation, aurait dû vous prévenir....
LA. PRINCESSE
Je dois supposer que l'on a ourdi cette trame si secrètement qu'elle a pu lui échapper ; cependant ce qui me ferait craindre qu'il laisse agir mes persécuteurs, c'est que je sais par une voie indirecte qu'il est très-mécontent de la protection que j'ai accordée à Macanas. Il me soupçonne même d'avoir excité cet écrivain distingué à attaquer les privilèges de l'église, et comme son livre est très-fort en raison, tout le haut clergé est soulevé contre moi.
LE DUC
En effet, la situation du cardinal est embarrassante. Comme courtisan, il ne voudrait pas vous déplaire, et comme grand inquisiteur il est obligé de sévir.
LA PRINCESSE
Dans toute cette affaire, je n'ai vu que la gloire du