‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 314 sur 400 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

Madame DORMON, DURAND.

MADAME DORMON.

Vous arrivez, Durand, on vient de me l'apprendre A. son château le comte est loin de vous attendre; Il me disait, hier, que des recouvrements Vous tiendraient à Paris encor pour quelque temps.

DURAND

.Te viens pour lui parler de sa noble famille.

MADAME DORMON.

Vous allez l'affliger ; car de sa belle-fille

Vous savez, mon ami, qu'il n'est pas très-épris.

DU RAND

S'il pe*nsait autrement , j'en serais bien surpris. Plus envers ses enfants il se montre bon père, Et plus tous ces messieurs excitent ma colère. Il ne les voit jamais; et si l'un d'eux écrit,

C'est que chez nos banquiers il n'a plus de crédit ; Et qu'il faut de l'argent lorsque l'on a des vices.

MADAME DORMON.

Un père avec plaisir fait de tels sacrifices : Et lui , pour ses enfants toujours si généreux, Croit encore au bonheur lorsqu'il les sait heureux.

DURAND

Dites que son bonheur tient à votre présence, A v^otre aimable fils, à sa joyeuse enfance.

MADAME DORMOW.

Oui, le comte a pour nous la plus tendre amitié; Dans ses riants projets il nous met de moitié.

( Timidement. )

Quel danger verriez-vous maintenant à l'instrun-e Du motif ([ui vers lui vous a fait me conduire? De grâce ! déclarez que cet aimable enfant , Auquel il a voué l'amour le plus touchant. Est le fils de son fils.

DURAND

Par la morbleu! j'enrage!...

( A part. )

Feignons de nous fâcher, pour détourner l'orage!

( Haut. )

Ne vous ai-je pas dit, mille fois répété,

Qu'il ne faut pas heurter un esprit irrité?

Je sais qu'à vos désirs l'instant est favorable ;

Mais d'un secret hymen l'acte est toujours cassable.

Son fils était mineur quand son cœur vous choisit;

Et c'est à l'étranger que votre hymen se fit.

Tôt ou tard, j'en conviens, il faudra qu'il l'appreinie..

Page 1