SCÈNE L
Madame DORMON, DURAND.
MADAME DORMON.
Vous arrivez, Durand, on vient de me l'apprendre A. son château le comte est loin de vous attendre; Il me disait, hier, que des recouvrements Vous tiendraient à Paris encor pour quelque temps.
DURAND
.Te viens pour lui parler de sa noble famille.
MADAME DORMON.
Vous allez l'affliger ; car de sa belle-fille
Vous savez, mon ami, qu'il n'est pas très-épris.
DU RAND
S'il pe*nsait autrement , j'en serais bien surpris. Plus envers ses enfants il se montre bon père, Et plus tous ces messieurs excitent ma colère. Il ne les voit jamais; et si l'un d'eux écrit,
C'est que chez nos banquiers il n'a plus de crédit ; Et qu'il faut de l'argent lorsque l'on a des vices.
MADAME DORMON.
Un père avec plaisir fait de tels sacrifices : Et lui , pour ses enfants toujours si généreux, Croit encore au bonheur lorsqu'il les sait heureux.
DURAND
Dites que son bonheur tient à votre présence, A v^otre aimable fils, à sa joyeuse enfance.
MADAME DORMOW.
Oui, le comte a pour nous la plus tendre amitié; Dans ses riants projets il nous met de moitié.
( Timidement. )
Quel danger verriez-vous maintenant à l'instrun-e Du motif ([ui vers lui vous a fait me conduire? De grâce ! déclarez que cet aimable enfant , Auquel il a voué l'amour le plus touchant. Est le fils de son fils.
DURAND
Par la morbleu! j'enrage!...
( A part. )
Feignons de nous fâcher, pour détourner l'orage!
( Haut. )
Ne vous ai-je pas dit, mille fois répété,
Qu'il ne faut pas heurter un esprit irrité?
Je sais qu'à vos désirs l'instant est favorable ;
Mais d'un secret hymen l'acte est toujours cassable.
Son fils était mineur quand son cœur vous choisit;
Et c'est à l'étranger que votre hymen se fit.
Tôt ou tard, j'en conviens, il faudra qu'il l'appreinie..