ACTE I, SCÈNE I
Mais qu'on me laisse agir. Doucement je raiiièin- A ne pas trop blâmer ce lien inégal , A reconnaître, en vous, la marquise Grandvai.
( A part. )
Allons, je sais encor mentir avec adresse!
MADAME DORMON.
Non, le comte n'a point l'orgueilleuse faiblesse
Que vous lui supposez. Son fils avait raison :
Quand, prévoyant déjà l'orgueil de sa maison.
Sur mes droits contestés je lui montrais des craintes :
« De mon père , dit-il , ne crains pas les atteintes ,
« Pour de vains préjugés son esprit est trop grand,
« Et ce n'est qu'aux vertus qu'il veut donner un rang. »
Si mon époux vivait , je serais plus tranquille.
Heureuse d'habiter dans ce superbe asile.
De pouvoir admirer, dans l'aïeul de mon fils.
Les plus nobles talents aux vertus réunis;
De le voir, des hauteurs qu'embrasse la science,
Diriger d'Edouard la vive adolescence !
Je ne désire point un destin plus brillant;
Mais qu'on assure au moins l'état de mon enfant.
DURAND, à part.
Ses réponses, toujours, ont l'art de me confondre A ces vérités-là je ne sais qSe repondre...
( Haut , d'nn air embarrassé. )
Pour différer encor j'ai certaine raison... Croyez que je saurai saisir l'occasion!... Au comte chaque jour vous devenez plus chère : Vous méritez l'honneur d'avoir un tel beau-père. Pour votre aimable fils n'ayez donc nul effroi ;
Il sera reconnu, je vous l'atteste, moi. Mais souvenez-vous bien que lorsque d'Angleterre Vous vîntes, par mes soins, habiter cette terre. Vous m'avez fait serment de ne point déclarer Le nom dont votre époux se plut à vous parer ; De laisser dans mes mains l'acte de mariage. Afin que quelque jour j'en pusse faire usage : Le temps n'en est pas loin, et vous verrez bientôt Que, pour votre bonheur, j'ai fait tout ce qu'il faut.
( En montrant l'impatience de sortir. )
Mais je dois, à monsieur, parler d'une autre affaire; Près de ses ouvriers je le joindrai, j'espère.
( Il sort brusquement. )