‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 323 sur 400 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Le comte, DURAND.

LE C O M T E

Dis-moi : pourquoi parler devant notre Emilie? Tes soupçons vont troubler la douceur de sa vie.

DURAND

Eh ! mais aussi pourquoi la livrer au soupçon ? Oui, vous compromettez sa réputation; Et votre cher neveu me faisait bien entendre Qu'on savait l'intérêt que vous pouviez y prendre.

LE COMTE

Et qui donc a le droit de soupçonner mes mœurs?

DUR AjVD.

Tous ceux qui dans Paris font dénigrer les leurs. Ce n'est pas en ces lieux où chacun vous vénère. Que l'on calomnîra les sentiments d'un père ; Mais tous vos héritiers n'habitent pas ces lieux. Et vous jugent fort mal. Ah ! que vous feriez mieux De punir aujourd'hui cette marquise avide ,

5o6 LE COMPLOT DE FAMILLE.

Que conduit en ces lieux quelque intrigue perfide; Et de lui déclarer que son fils , le marquis , N'est plus que le second parmi vos petits-fils ; Et que cet orphelin, que déjà l'on outrage, Est fils de votre aîné qui mourut en voyage ; Que vous reconnaissez et la mère et l'enfant, Et qu'eux seuls ont les droits que donne votre rang.

LE COMTE

Non , ce n'est pas encor le moment de rien dire. Leur sort est bien fixé , cela doit nous suffire. Tu connais mes raisons ?

DUR AN D

Oui, je les sais très-bien; Et même dans le temps j'approuvai ce moyen: Mais ma position est fort embarrassante. Votre fille est, monsieur, de plus en plus pressaïUe. Si vous ne voulez pas l'éclairer sur son sort , Je la préviendrai, moi, que nous sommes d'accord, Que de l'hymen d'un fils vous saviez la nouvelle; Que par votre ordre aussi je courus après "elle ; Que si je la priai de quitter votre nom , Que si je vous l'offris sous celui de Dormon , Que si dans cette terre elle fut accueillie Comme la jeune bru de votre ancienne amie, Que si de ses papiers vous êtes possesseur, Et qu'enfin si je suis un insigne menteur , C'est que monsieur le comte, et grâce à son système, M'a forcé, malgré moi, de la tromper de même,

LE COMTE

Si tu m'aimes, Durand, garde encor mon secret.

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