ACTE I, SCÈNE VIL
Quand je la trompe, ami , c'est pour son intérêt. Crois-tu donc que ce cœur , que tu connais sincère , Ne souffre pas autant que celui d'une mère ? La contraiiite où je suis est un tourment pour moi ; Mais je suivrai mon plan : je le veux, je le doi. Cet enfant de mes soins, cette mère sensible. Qui charment de mes ans le cours lent et pénible. S'ils se voyaient demain lancés dans les grandeurs, Et livrés tout à coup au monde, à ses flatteurs , Connaîtraient tout l'ennui des goûts d'un solitaire. Et feraient de Paris leur séjour ordinaire. L'exemple de mes fils m'a servi de leçon. Tous leurs instituteurs , abbés du meilleur ton , Doués d'un caractère élégant et commode , Ont fait de mes enfants des hommes à la mode. Qu'en est-il résulté? De nos jeunes seigneurs Disciples très-soumis , zélés admirateurs , Ils ont pris leurs travers et leurs goûts pour les dettes , L'amour du jeu, du luxe et des femmes coquettes: Leurs vices, recouverts par un vernis brillant. Leur a fait , dans Paris , an renom éclatant. Partout on les recherche, on les fête, on les aime; Et s'ils sont estimés , c'est pour leurs défauts même. Des plus grands séducteurs ils suivent les avis, Et dans leur garnison, font la guerre aux maris, Ruinent les marchands , déshonorent leurs filles ; Et, pour passer le temps, désolent les familles. Voilà les mœurs du jour. Je ne souffrirai point Que mon fils Edouard se corrompe à ce point; Oui , je veux le sauver. Si mon expérience
5r)8 LE COMPr.OT DE FAMILLE,
A préservé la fleur de son atlolescence.
Je veux de sa jeunesse , écartant les poisons ,
Lui préparer les fruits des arrières saisons ;
Et, pour y parvenir, je vais, maigre mon âge,
Pour son instruction connnencer un voyage.
Il connaîtra par moi les mœurs de l'étranger ,
11 y verra les cours, et saura les juger;
Et, quand j'aurai formé son cœur et son génie,
ie reviens, et je donne un homme à ma patrie.
DURAND
Ah! j'admire, monsieur, un si noble projet!
Votre élève sera sans doute un bon sujet;
J'en suis bien convaincu. Mais dites-moi, de grâce,
Parmi nos jeunes gens sera-t-il à sa place?
Ses talents, ses vertus, le fruit de vos leçons,
\e seront point de mise au temps oîi nous vivons;
Et l'on pourra fort bien, pardon, je suis sincère,
traiter le petit- fils ainsi que le grand-père.
Vous savez bien, monsieur, ce que l'on dit de vous?
Sans pitié , l'on vous met à la maison des fous.
LE COMTE, faitout un mouvement.
Quoi !
DUKAJVD.
J'en pense bien plus que je n'ose vous dire. Vos enfants.... Quel motif ici peut les conduire?
LE COMTE , en liant.
CroH'aient-ds, j)ar hasard, mon (-erveau dérangé.*
DU R A ND
Je ne puis 1 assurer ; c'est un soupc'on <jue j'ai. Tenez, en comparant, quand l<^ vin de Cihainpagut