‹ OEuvres complètes (volume 3)Chapitre 349 sur 400 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Vous devez deviner tout ce que la colère, Peut tenter quand on a pour soi le ministère.

MADAME DO R MON

Vous voulez m'effrayer. Moi , j'ignore comment

J'armerais contre moi votre gouvernement;

Je n'ai rien fiiit, je crois, qui soit répréhensible :

Pourquoi donc m'en vouloir? comment est-il possible

Que j'aie à redouter un acte de rigueur?

Eh ! n'ai-je pas d'ailleurs un digne protecteur

Qui ne laissera point opprimer l'innocence?

LE DTJC.

Contre une telle attaque il sera sans défense;

La mesure est bien prise , et , peut-être aujourd'hui ,

L'on peut, en agissant, vous séparer de lui.

MADAJME DORMON, effrayée.

Comment donc se peut-il ?

LE DUC

Je n'en fais plus mystère; J'ai pu contribuer au mal qu'on veut vous faire ^ Mais je veux maintenant, et j'en ai le moyen. En arrêter l'effet , si vous le voulez bien. Agissons franchement, faites-moi confidence De vos droits sur le comte, et de votre naissance; Dites si votre fils, que l'on redoute tant , A droit à ses bienfaits comme un secret enfant... Vous m'entendez, madame?

MADAME DORMON, froidement.

Beaucoup trop, je vous jure.

LE DUC

Je l'ai cru voir tantôt: tralii par la nature.

55o I.E COMPLOT DE FAMILLE.

Le comte malgré lui me semblait entraîné; On n'agit point ainsi pour un infortuné.

MADAME D OR MON, vivement.

Ce que vous dites-là doit me combler de joie... Vous voyez devant vous que mon cœur se déploie.

LE DUC

Avouez sa naissance , et ce cœur généreux.

En trompant mes parents , saura vous sauver d'eux.

MADAME D O RM O ]V , effrayée.

Me sauver! me sauver! et quelle est donc la peine A laquelle aujourd'hui me réserve leur haine?

LE DUC

Puis-je vous le cacher! on doit secrètement, Par un ordre du roi, vous conduire au couvent.

MADAME DOR>ION

Par un ordre du roi!

LE DTIC.

Calmez-vous, et silence.

Contre un tel attentat je prends votre défense ; Je ne puis, il est vrai, braver ouvertement Cet ordre expédié par le gouvernement ; Mais nous pouvons tous deux, si vous voulez m'en croire, En empêcher l'effet et le rendre illusoire. Demain on l'exécute. Il faut que cette nuit Vous sortiez du château sans éclat et sans bruit. .] ai mon valet de chambre, un garçon fort habile. Qui peut pour le départ vous être très-utile; Emmenez votre enfant, dans l'ordre il est compris; Vous vous dirigerez tous les trois vers Paris; T^afleur vous conduira dans un charmant asile

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