Tome nu
386 Î^OTICE
se renouveler tout entière, sont, individuellement , d'honnêtes gens et des gens d'esprit ; mais , tout occupés de leur intérêt particulier , ils s'isolent beaucoup trop des intérêts généraux : tels que des olygarques dans de plus grands états, ils laissent chacun d'eux régir, à son gré, leiu' république, et se s^ardent bien de réprimer des actes de tyrannie dont ils peuvent se rendre coupables au premier jour. Mais ce n'est pas ici le moment de leur montrer les vices de leur primitive institution : ailleurs je me permettrai , dans des considérations générales sur cet ancien établissement, de signaler quelques vices de son administration et j'essaierai, par les conseils de l'amitié, de l'expérience, de contribuer à leur prospérité à venir, comme je crois l'avoir fait jusqu'à ce jour par le succès de mes nombreux ouvrages.
Après avoir trop longuement parlé de tous les chagrins que m'ont causés les représentations de mon Faux Bonhomme , je dois faire succéder à des plaintes , des remercîments pour les acteurs qui ont joué dans ma pièce. J'ai déjà parlé de plusieurs d'entre eux dans mes différentes notices; je n'en vois donc qu'un seul envers lequel il me reste à m'acquitter d'un devoir qui ne me sera pas aussi pénible que celui que je viens de remplir. Je dirai sans préambule que M. Baptiste aîné, acteur con-
sommé par une longue expérience et une étude approfondie de son art, y jouait le principal rôle. J'avais eu l'occasion de rendre justice à son talent dans deux pièces précédentes , dont il avait joué ies premiers rôles avec le plus grand succès ( le Lovelace Français, et la Manie des Grandeurs ) ; mais peut-être, dans celui du Faux Bonhomme , sVst-il montré supérieur encore à lui-même, par l'exactitude et la chaleur de sa diction. Il a déployé dans le rôle d'un personnage trompé dans son amitié, le plus rare talent, et cette énergie de l'ame que j'avais trouvée dans mon cœur en crayonnant ce caractère. Aussi ce personnage a-t-il produit sur le public le plus grand effet ; et, s'il le rejoue quelque jour, ce que je n'ose croire, puisqu'il nous menace de sa retraite , je ne doute pas que le public ne lui témoigne encore l'estime qu'il fait de ses grands talents et de ses longs travaux.
Si cette pièce est peu connue à Paris, grâces au caprice d'un acteur , elle est souvent jouée en province (*) ; et c'est, à ce qu'il me semble, une preuve qu'elle ne méritait pas le sort qu'elle a éprouvé dans la capitale. J'ajouterai qu'avant de
(") Elle a été jouée à Rouen autant ou plus qu'à Paris. Il est heureux pour les auteurs quil se trouve des villes en province où ils peuvent appeler des injustices qu'ils éprouvent dans la capitale.
la j^résenter au Théâtre - Français , je l'avais emportée avec moi, dans un petit voyage que je faisais en. Suisse; et que l'ayant lue dans plusieurs sociétés, tant à Lyon qu'à Genève, elle avait toujours obtenu les suffrages de mes auditeurs. On la préférait même à ma Fille d'Honneur qui m'accompagnait aussi dans mon voyage....
Ne voilà-t-il pas qu'à propos de ces deux pièces, il me prend envie de faire voyager avec moi mes lecteurs dans les montagnes de l'Helvétie* Ils sont à présent si habitués à mes continuelles divagations, qu'ils m'en pardonneront bien une de plus. D'ailleurs, je leur dirai en confidence que mon libraire, homme très-scrupuleux, très-exact à remplir ses promesses , prétend que je dois de toute nécessité grossir un peu les volumes qu'il livre au public. Je voudrais bien pourtant que ce même public reçut la relation suivante de mon voyage, plutôt comme un présent que je lui fais que comme une dette que j'acquitte.