SCENE I
FRANVILLE, DUMONT.
FRANVILLE.
Oui, j'ai cent fois raison d'en vouloir au préfet : En agissant ainsi sait-il bien ce qu'il fait? Sans doute il a le droit de visiter ma caisse. Mais le doit il? Je vois le motif qui le presse; Et lorsque de mes fonds il se fait l'inspecteur, C'est afin de prouver que sur un receveur Qui se croit son égal en esprit, en naissance, 11 peut à son caprice exercer sa puissance.
DUMOJVT.
Vous mettez à cela beaucoup trop de chaleur; Tachez de vous calmer. Je vois avec douleur Pour quelques sots propos un homme respectable S'emporter sans raison.
FRANVILLE.
Et je me donne au diable'
Mais non, je veux prouver que je suis modéré,
Et sur tous ces débats raisonner à ton gré.
Receveur-général, depuis dix ans peut-être,
Toi, qui fus mon caissier, tu dois bien me connaître :
Dis, le contribuable a-t-il souffert jamais?
L'ai-je pour percevoir, tourmenté par des frais?
Récemment n'ai~je pas sauvé d'une faillite
D'honnêtes commerçants ?
Ah! vous allez si vite!....
Et qui sait mieux que moi tout ce que vous valez?
FRANVILL£.
Je veux te dire encore....
DUMONT
Eh bien ! monsieur, parlez...
J'attendrai quà mon tour je puisse vous répondre.
FRANVILLE.
Et mes vils ennemis espèrent me confondre !
Je verrai de sang-froid mes dénonciateurs
Attaquer sourdement ma gestion, mes mœurs,
Sans oser opposer à tant de calomnie
Ma réputation, mes travaux et ma vie!....
Dussé-je être écrasé par mes persécuteurs,
Fussent-ils appuyés de nobles protecteurs.
Je veux aux yeux de tous dévoiler leur conduite ;
Ils me retrouveront toujours à leur poursuite.
Déjà l'ami Candor, qui m'écrit de Paris,
Sans s'expliquer beaucoup, m'en a beaucoup appris :
Oui , le coup qui m'atteint part de la préfecture....
Ah! monsieur le baron, si de cette imposture