ACTE I, SCENE
Je parviens à savoir que vous êtes l'auteur,
Je vous prouverai, moi , sans y mettre d'iiumeur,
Que tout en vous moquant de ma grande opulence.
Des ridicules airs de l'homme de finance ,
Vous convoitez mes biens , et vous montrez jaloux
Que l'on dîne chez moi beaucoup mieux que chez vous.
DU MONT, riaui.
Votre table en effet....
FRAWVILLE.
J'en conviens, est très-bonne; S'il n'en fait pas les frais à tort il en raisonne : Ma femme, m'a-t-on dit, ne lui plaît pas aussi; Sa gaîté, ses bons mots, font trop de bruit ici : Pour punir cet abus qu'il prenne une mesure. Ou qu'il perçoive un droit sur l'esprit en roture.
Ah! vous riez, monsieur, et je puis à présent Détromper votre esprit, vous prouver clairement....
FRAN VILLE
Abrège.
Eh bien! je sais d'une source très-pure. Puisque c'est d'un commis de notre préfecture, Que monsieur le baron vous estime beaucoup. Et que son amitié....
FR ANVILLE
Dumont! ah! pour le coup....
Son amitié, morbleu! c'est lui qui me dénonce.
DUMONT
Beaucoup trop promptement votre courroux prononce.
Sa conduite envers vous me rend son défenseur. Qui vous a donc prouvé qu'il est un délateur?
FRA.NVILLE.
Mais le bruit qu'on répand de sa haine secrète.
Sur moi, sur ma maison, tout le blâme qu'il jette.
N'a-t-il pas le projet de faire un grand éclat ,
De visiter ma caisse avec le magistrat?
Cette visite-là, d'un soupçon le présage,
Prudente pour tout autre, est pour nous un outrage.
Laissez; on peut venir, monsieur, quand on voudra; Ne vous en mêlez point , c'est moi qui serai là. Un caissier comme moi ne fait pas de bévue : Mes comptes sont à jour, on peut tirer à vue. Et je ne sais lequel doit être plus vanté. Moi, de mon talent, vous, de votre probité.
FRAIVVILLE.
Talent et probité n'empêchent point la brigue ;
En sommes-nous donc moins victimes d'une intrigue ,
Et ne vois-tu pas bien que j'y succomberai ?
DUMONT
Ah! bah! vous vous montrez trop tôt désespéré :
Tous les honnêtes gens prendront votre défense;
Déjà pour réclamer l'un est parti d'avance ;
Il vous a bien promis.... Ah! c'est un homme d'or,
Un excellent ami , que ce monsieur Candor ;
Il vous aime vraiment comme on aime son frère:
u Reste ici, vi>us dit- il, je prends sur moi l'affaire :
Je me rends à Paris, et je ferai si bien
Que j'aurai du ministre un secret entretien ;