ACTE I, SCENE I
Que je saurai de lui quelle est la brigue infâme Qui te vaut, sans raison, le reproche et le blâme. Allons, plus de retard, je partirai ce soir: Qui sauve son ami ne fait que son devoir. »
FRANVILLE.
Je ne suis pas content de sa lettre dernière : Sur ce qu'on dit de moi je la trouve peu claire ; Et d'un autre côte je vois mes bons voisins. Ces convives joyeux amis de mes festins. Me regarder d'un air qui sent fort la disgrâce. Chacun me dit des yeux : Vous n'avez plus de place; De dîner avec vous je n'aurai plus l'honneur; Bon voyage, j'attends un autre receveur, li u M o N T.
Mais sur leur amitié vous comptiez peu , j'espère?
FR ANVILLE
Ils ont trouvé chez moi plus que la bonne chère. Ces aimables messieurs, dans leur besoin urgent, M'accordaient la faveur d'emprunter mon argent. Mais comment se fait-il que moi dont l'ame franche S'ouvrait à tout le monde, obligeait sans revanche, Je sois abandonné , surtout dans le moment Où je suis accusé par le gouvernement?
Vous n'êtes point aimé, monsieur, dans notre ville.
Heim ?
DUMONT
Oui, l'on rend justice au receveur Franville; Tout le monde avec moi loûra sa lovauté ;
|6o LE FAUX BONHOMME.
Mais il dit en parlant toujours la vérité ;
Ce nest pas là, je crois, un bon moyen de plaire :
Votre grand ennemi c'est votre caractère.
FRANVJLLE.
Je n'en changerai pas : s'il faut être un flatteur Pour avoir des amis, je suis leur serviteur.
Eh! mais, sans trop flatter on peut être agréable. Voyez monsieur Candor, cet homme respectable : Il plaît à tout le monde, on le fête à plaisir; D'être bien avec lui chacun a le désir; Il se fait un ami dès la première vue; Il faut le voir alors qu'il passe dans la rue; Il prend la main à l'un , il sourit au second , A l'enfant d'un voisin il donne du bonbop , Parle delà santé du père et de la tante; Enfin il a pour tous une mine obligeante Qui vous prévient pour lui , qui vous séduit d'abord , Et qui l'a fait nommer partout le bon Candor.
FH ANVILLi:.
Je conviens avec toi que Candor est aimable; Mais lorsqu'ainsi que lui je ne puis être affable , Suis-je donc pour cela si dur et si méchant ?
DTJMONT. W
Non, vous ne l'êtes pas; mais l'on vous craint autant. Comme un être parfait chez vous l'on vous révère ; Mais ailleurs on vous fuit comme un homme sévère Qui ne pardonne rien, et qui trop brusquement Exprime sa pensée. Encor tout récemment On disait que Dorlis faisait bien ses affaires.