‹ OEuvres complètesChapitre 100 sur 330 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Oui , je le pardonne de la main de Henri , parce que je ne dois attribuer cette action qu'à son ivresse , à son délire et à vos conseils.

Voilà une grandeur d'ame peu ordinaire.

UN CAMARADE

Et qui aura peu de partisans.

FIRMIN

Que m'importe les partisans ! j'aurai fait mon devoir, et j'aime mieux m'exposer au mépris des sots, qu'au remords d'avoir égorgé mon ami.

MELCOUR.

Tant de philosophie est admirable; mais on ne la met pas ordinairement en pratique parmi les militaires.

FIRMIN

Tant pis, je serai le premier à en donner l'exemple.

MELCOUR.

Le projet est beau, mais au premier abord on croirait qu'il tient plus de la poltronnerie que de la philosophie.

FIRMIN

Ce n'est pas vous que je veux convaincre de la forpe du sentiment qui m'anime ; vous n'êtes pas fait pour l'apprécier , ni même pour le comprendre. Ce sang qu'un préjugé barbare veut que j'expose au fer de mon ami, ne m'appartient pas; je le dois tout entier à mon pays. Est-ce à l'instant où il en a le plus besoin , est-ce à cet instant, dis-je , que j'irai l'en priver, que j'irai le répandre pour une cause qui lui est étrangère? Non; laissons ce préjugé qu'on appelle lion- Tome 1. q

i3o LA VRAIE BRAVOURE.

ncur , aux .égoïstes, qui se font un devoir de s'égorger pour Un mot, et qui craignent d'être soldats. Mon honneur à moi , consiste à servir , à défendre ma patrie ; qu'on me mette dans les rangs auprès de ces assassins de société , et l'on verra qui d'eux ou de moi , fera mieux son devoir.

MELCOUR.

En sorte que le soufflet que vous avez reçu est oublié; mais savez-vous que vous vous exposez aux railleries et peut-être à de semblables outrages ?

FIRMIN

A des outrages! et de quelle part?

MELCOUR.

Mais de la part de vos camarades.

FIRMIN

Je ne les crains pas. Le camarade sensible qui connaît les droits de l'amitié, m'applaudira; le républicain philosophe m'admirera; et quant aux lâches... eh! (jue m'importe ce que peut penser un lâche!

MELCOUR.

Je vous avoue que , d'après le ton , que vous prenez quelquefois avec les gens, j'espérais que vous vous montreriez plus franc du collier dans l'occasion.

FI RM IN.

Et vous avez raison; avec tout autre ({ue mon ami je ne réponds pas que la chaleur de mon sang n'eût mis en défaut mes principes.

MELCOUR.

Vous avez beaucoup d'amis.

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