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COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE

MÊLÉE d'aRIETTFS,

Képiésentée pour la première fois en avril 179(1.

lornc 1.

LiE titre seul de cette pièce indique l'époque où elle fut jouée. La France, en secouant le joug du tyran le plus hypocrite et le plus cruel , venait (le se rendre libre une seconde fois. Les satellites de Robespierre s'agitaient encore; mais ils ne pouvaient plus rien contre une nation honteuse d'avoir pu souffrir si long-temps ce règne de l'ignorance et de la mort. Cet horrible temps, si funeste à tant d'individus, ne put du moins altérer le caractère national. L'étranger, trop imbu de ses anciennes idées sur la légèreté du Français , apprit , en le voyant marcher à la victoire et à l'échafaud, qu'il savait chanter, combattre, et mourir. Aucune époque de l'ancienne monarchie n'offrit de plus beaux exemples de vertus, de courage et de dévouement. Ah! combien j'en pourrais citer, si de pénibles souvenirs ne m'interdisaient ces récits! Ce n'est point à moi, c'est à l'écrivain qui ne voudra point adopter la nouvelle méthode d'écrire riiistoire avec partialité, qu'il appartient de tracer

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ces généreux tableaux. Nus guerres, nos révolutions, tous nos malheurs enfin, ont développé de si grands courages, que je suis convaincu qu'il est peu de familles en France qui n'ait à citer l'un de ses membres pour s'être fait distinguer, ou par son éloquence , ou par son courage aux armées , ou par sa noble résignation à la mort.

On conviendra qu'après ce temps d'ignorance et de talent, de terreur et de courasje, il était de droit qu'un auteur dramatique profitât d'un répit, dans la révolution, pour flétrir sur la scène ces hommes qui avaient désolé la France. Une anecdote, que j'entendis raconter, me fournit l'idée de ce petit ouvrage.

On m'assura que, dans un village de France trèséloigné de la capitale, les habitants, peu au courant de la révolution, ayant appris que, dans une ville voisine , plusieurs hommes considérajjles avaient été désignés comme suspects, voulurent aussi avoir les leurs, bien convaincus que la qualité de suspect était une place honorable à laquelle tout le monde pouvait prétendre. — Je racontai à mon ami Picard cette petite anecdote fausse ou vraie , et nous résolûmes d'en faire un petit opéracomique. Avec nous, la chose décidée était presque la chose faite. Quelques jours après, nous donnâmes à M. Lemierre, mon compatriote, qui avait

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déjà travaillé avec nous, ce petit poème, pour qu'il en fit la musique. Comme nous il était jeune el avide de succès; il ne nous retarda point; et, en quelques semaines, l'ouvrage fut joué et applaudi généralement. On donnait dans le même temps les Comités révolutionnaires y comédie de M. Ducancet, qui attirait tout Paris par la vérité du tableau. Tout en faisant rire , cette hideuse peinture des ridicules atrocités de l'ignorance laissait pourtant au fond de l'ame une pensée pénible que ne pouvait inspirer notre opéra. La méprise naïve d'honnêtes villageois portait plus à la gaieté que les grossiers propos des publicistes en sabots : et j'avais si bien senti ce défaut à la représentation des Comités révolutionnaires , que j'aurais voulu qu'il m'eût été possible de supprimer, dans notre petite pièce, la vilaine figure qui fait le dénouement de nos Suspects. Elle est vraie ; mais elle n'en est pas plus agréable à voir. — Certes ! si l'on mettait de nouveau sur la scène les pièces qu'on jouait à cette époque, nos jeunes gens d'aujourd'hui s'écrieraient avec Boileau :

Le vrai peut quelqucrois n'être pas vraisemblable.

Si la musique de ce petit opéra, qui avait été faite très-prom|)tement, ajouta peu à son succès ; ce n'était pas ([ue le musicien \\v fût né pour se

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distinguer dans son art : la nature lui avait donné le chant. Dirigé par un grand -maître, il eût pu marcher sur les traces des Grétry et des Dalayrac. Les guerres de la révohition l'entraînèrent à l'armée, et il y dut à ses services un avancement assez • apide. Maintenant que son épée repose , il a repris la îyre : heureux avantage des talents! ils charment le printemps de la vie, rendent des illusions à la vieillesse, et consolent dans l'adversité!

Cette pièce est la dernière que j'aie composée en société avec Picard : sans que nous eussions cessé d'être amis, des circonstances nous éloignèrent l'un de l'autre. Il se maria , et moi je partis pour ma province. Je revis ma famille, et à mon tour je me soimiis au joug commun. Cet événement est assez importantparlui-mèmedans l'existence d'un homme pour changer son caractère et refroidir ses premières liaisons. La vie d'un époux n'est plus celle d'un garçon. Dès que l'avenir force un homme de lettres à penser aux siens, il contracte l'habitude de la réflexion ; et , souvent malgré lui , la raison vient modérer l'élan de son esprit. Ses actions et ses ouvrages prennent quelquefois une gravité qui devient ime suite de sa position. On prétend qu'un poète a tort de se marier; et moi je soutiens au contraire que, si son cœur est hoinièle, il doit subir les tourments, les inquiétudes attachés au mariage. L'auteur céli-

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balaire devient presque toujours un froid égoïste, un parasite, un flatteur, tandis que l'écrivain qui sait porter le fardeau imposé à tous les hommes, qui vit dans les autres autant que dans lui-même, s'il doit imiter la nature animée , est certain de trouver la vérité du sentiment qu'il veut peindre dans le cœur d'un époux et d'un père.

A l'époque où je travaillais avec Picard , l'amitié seule décidait deux auteurs à se partager un sujet de pièce pour avoir le plaisir de se réunir. Cette manière peut convenir à des jeunes gens qui veulent essayer leurs forces en s'appuyant l'un sur l'autre; mais ce sentiment qui tient à la modestie, ne doit avoir qu'un instant; dès qu'un jeune oiseau a essayé ses ailes, il ne tarde pas à prendre son vol. Il n'en est plus ainsi de beaucoup de no,s littérateurs; ils forment des sociétés durables et deviennent barbons , en continuant de mettre leurs essais en communauté. Maintenant, tous nos petits théâtres ne prospèrent que par les fournitures de tel auteur et compagnie. Ce genre d'industrie qui n'est point à dédaigner, puisqu'il peut conduire à la fortune, est facile à expliquer. Qu'un auteur trouve un sujet ou qu'il le prenne dans une ancienne comédie, il va trouver son associé ordinaire, qui compose le plan ou les couplets; un troisième survient, qui, pour une action dans

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l'ouvrage , se charge des peines et démaiches pour le faire recevoir et représenter. Qu'on ne croie pas que ce tableau soit exagéré : l'activité est aussi un talent ; et l'on voit tel agent , qui se dit homme de lettres, dont les revenus sur les petits théâtres de Paris ne sont fondés que sur l'intrigue. La multiplicité de ces établissements est devenue la cause de cet abus; leur grand nombre a fait de la littérature un négoce : des compagnies exploitent à leur compte , et leurs spéculations sont tellement heureuses, que les jeunes gens de nos jours, «ème ceux qui promettent le plus grand talent, se croiraient de véritables fous s'ils ne préféraient pas la fortune à la gloire. Je connais deux ou trois auteurs de ce genre qui, par des scènes du plus grand comique, par des esquisses de caractère et une grande connaissance de l'art dans la conception de leurs pièces , auraient dû se lancer sur une scène plus vaste; mais non, comme ils le disent eux-mêmes en riant, lintérèt les retient à leui' manufacture ; dans une chute, ils ne voient qu'une perte d'argent; ils vivent, espérant toujours que l'âge les conduira à traiter de plus grands sujets. IMais que nous importe qu'ils soupçonnent leur force, s'ils ne veulent pas s'en servir : tant qu'ils mettront aux prises l'argent comptant , et l'espoir d'une gloire éloignée, la gloire aura toujours tort. Attendront-

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ils pour s'essayer dans de grands ouvrages que 1 âge ait glacé leur imagination ! Ignorent-ils donc que la main habituée à ne tracer que des caricatures , à n'y employer que de l'esprit ou plutôt de la folie, ne peut arriver tout-à-coup aux tableaux des David et des Gérard! Au théâtre, comme en peinture, toute grande composition demande à être longuement méditée; elle demande de plus une grande habitude d'exécution; et il en est telle, dans le genre élevé , qui ne peut être que le résultat des travaux et des pensées de toute une vie.

PERSONNAGES

DAMIS

LEROUX, niaue.

DELORME, ) ,

I ofiicieis municipaux LA\IG^E, ) '

GILLIN.

NICOLAS

La Mère GILLIN.

La Mère DELORME.

La MÈRE LEROUX.

BABET

<:OURANTIN, agent du connié do salut public.

la scène se passe dans un petit village de province.

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