DAMIS, SEUL
INIous voilà au quinze Theriiiidor. Point de nouvelles de Paris. Que s'y passe -t -il? Je suis dans une inquiétude! peut-être quelque heureuse révolution.... Non, je n'ose l'espérer : ils ont porté à un tel degré la terreur et le crime, qu'ils ont forcé le plus courageux à se taire. Moi-même j'ai fui cette cité malheureuse , qui ne voit peut-être encore que des bourreaux et des victimes. Depuis six mois, caché dans ce hameau, j'y respire un air pur, j'y suis libre, au milieu de l'esclavage'général. Mes livres, la vue de la nature, ce hameau, ses habitants bien simples sans doute, bien honnêtes, me forment une aimable société. Je puis parler encore ici de vertu et d'humanité. Mais ce Kranval qui ne m'écrit point! il aura craint de se compromettre. Je suis presque proscrit. Dans ces jours d'orage, un ami courageux est un vrai trésoi-, et les trésors sont si rares ! Chassons ces idées , relisons mes stances; et, en dépit des tyrans, chantons encore la liberté.
Roittuncc.
KaiU-il te von , o ma patrie, r.éniii sons les plus \ils Iviaiis'
IÔ6 LES SIjSPECTS.
Ils frappent, dans leur rage impie, Et les vieillards et les enfants.
Ainsi, j'ai vu souvent la foudre .J^mplir d'effroi tout le hameau :
Le même coup réduit en poudre Le chêne antique et l'arbrisseau.
Ah! prends coui-age, ô ma patrie!
Tes tyrans périront enfin :
A l'orage, dans la prairie, Déjà succède un jour serein.
Mais hélas ! je cherche ta trace , Arbre qiii me servais d'abri , Et je viens pleurer sur la place , Où croissait l'arbrisseau chéi'i.
Tu seras libre, ô ma patrie!
Mais que d'enfants te sont ravis!
Dans ses forfaits, la tyrannie Ne t'a laissé que des débris.
En un instant, comme l'orage, Le monstre affreux vient d'expirer Mais il a fait un prompt ravage , C'est à nous de le réparer.