SCÈNE IV
BARNABE, BÉNETTO.
BARNABE
Cela me contrariera beaucoup , si nous ne pouvons» avoir ta prétendue.
BENETTO.
Tenez, mon oncle, vous voulez me marier, avec Cœlénie,je le veux bien ; c'est une jolie femme , et moi , tel que vous me voyez, j'aime beaucoup les jolies femmes. A coup sûr , moi étant son mari , et elle étant ma femme, cela fera un joli couple : mais je crains... et: puis d'ailleurs... il y a un certain Français qui a logé chez son père.
BARNABE
Qu'est-ce que cela te fait?
BÉNETTO.
Cela fait beaucoup. Gertrude l'a dit devant vous. Ma prétendue n'a pas l'air de m'aimer excessivement , et ça deviendrait la cause de quelque aventure...
BARNABE
Que peut-il t'arriver?
BÉNETTO.
Ce qui peut m'arriver ! pour un homme d'esprit peut-on faire une demande comme celle-là? on voit bien que vous êtes chanoine, que vous n'avez jamais été marié ; sans cela vous sauriez que lorsqu'on épouse une femme malgré elle , on est remarqué dans le
ui6 LE SOUPER iMPRÉYlJ.
inonde, chacun fait des politesses au mari, et puis on se dit tout bas. C'est lui! Ah! ah! vous avouerez que ces propos-là ne sont pas trop honnêtes , et que cela deviendrait fort désagréable, sur-tout à mon âge.
BA.R]>f ABÉ.
Bon ! cela te fait peur ?
B É N E T T O , d'un air fanfaron.
Peur à moi, vous le savez bien, je n'ai peur de rien.
BARNABE
Mais va donc trouver Cœlénie, et l'engager le mieux que tu pourras à venir souper.
BÉNETTO.
En effet, c'est le plus pressé. Je vous l'amènerai. Oh ! je saurai bien la décider. Nous avons l'éloquence de l'amour et du sentiment.
BARNABE
Je te suis. J'ai quelques ordres à donner ici avant de sortir.