JULES, ALAIN
ALAIN, préparant le déjeuner.
Ci ES héritiers-là vous donnent bien de l'embarras, et à moi aussi. L'un veut blanc, l'autre noir; c'est à qui fera le quant-à-moi dans le château !
JULES
Que veux-tu ? il leur appartient maintenant par la mort de mon pauvre maître. Je ne me rappelle pas son naufrage sans douleur!
ALAIN
Il faut l'avouer, c'est être bien peu chanceux. Après quinze ans d'absence, il revient dans son pays, et voilà qu'une tempête
JULES
Nous jette sur les pierres noires.
ALAIN
Est-ce que vous ne pouviez pas virer de bord , et gagner la pleine mer ?
:i86 J.RS HERITIERS.
JULES
Les Anglais nous poursuivaient.
ALAIN
Mais, puisque votre maître s'est noyé, pourquoi ne vous êtes-vous pas noyé aussi , vous ?
JULES
Pourquoi? Le sot! Parce que je montais un autre vai^eau que le sien : c'est le seul de ses trois navires qui ait échappé à la tempête. Je gagnai heureusement le port de Rrest , après avoir vu de très-loin le naufrage de monsieur Rerlebon.
ALAIN
Sa mort a fait du bruit dans Landernau. Mais c'est singulier, on disait dans le pays qu'il était sans parents, et voilà qu'il en est arrivé tout-à-coup un régiment.
JULES
Ce sont ses héritiers que j'ai fait avertir du naufrage d'Antoine Rerlebon. Il n'est pas étonnant qu'à Landernau on ne lui ait pas connu de parents ; depuis son enfance il n'a pas vu sa famille , si ce n'est son frère Jacques, marin comme lui... Mais pourquoi me fais-tu* toutes ces questions ?
ALAIN
C'est que, n'étant ici que depuis fort peu de jours, il faut bien que je sache à qui j'ai affaire. Et puis, on me fait des questions dans Landernau ; on me dit : « Qu'est-ce que c'est que tous ces héritiers qui sont au « château de Kerlebon ? Quelles figures ils ont ! Bon « Dieu ! comme ils vont être âpres à la curée ! »