SCENE X. 3o
SOPHIE , à Henri qui a des mouvoments d'impatience.
Contenez-vous.
ANTOINE KERLEB^, à part.
Si je l'épousais à sa place, hem! le tour serait bon. i^A Sophie.) T ai promis de vous épouser, n'est-il pas vrai? Eh bien! soyez tranquille je vous épouserai.
HENRI, en colère.
Non, monsieur, vous ne l'épouserez pas.
ANTOINE KERLEBON.
Et qui m'en empêchera , monsieur mon neveu ?
Que je suis malheureux! Maudit héritage! Ah! si mon pauvre oncle Antoine vivait encore!...
ANTOINE KERLEBON, vivement.
Que dites-vous de votre pauvre oncle Antoine?
HENRI
Je dis que, s'il était à votre place, il n'agirait pas comme vous : il n'irait pas épouser sa nièce pour faire mourir son neveu de douleur.
ANTOINE KERLEBON, à part.
Pauvre garçon! (A Henri.) Mais comment sais - tu qu'Antoine était un bon homme ?
HENRI
Parce qu'il faisait du bien à toute sa famille. Ma mère l'aimait beaucoup, et m'a toujours vanté les vertus et le bon cœur de son frère Antoine.
SOPHIE
Ce n'est pas parce qu'il est mort que je dis cela ; mais, sans contredit, c'était le meilleur de la famille. Tome 1. >'0
3o6 J.ES Hh:RITlERS.
A>T01jVE KERLEBON, à part.
Ces jeunes gens sont aimables. i^Haut.) Vous avez donc pleuré ce pauvre oncle?
Sophie.
Certainement, nous l'avons pleuré.
ANTOINE KERLEBON, avec joie.
Que je suis content! ils m'ont pleuré!
Et nous le regrettons aujourd hui plus que jamais. S'il vivait, il ne souffrirait pas un mariage si disproportionné.
HENRI
C'est toujours aux bonnes gens qu'il arrive des mallieurs.
SOPHIE
.le parie que vous n'avez jamais fait naufrage, vous?
ANTOINE KERLEBON.
Quelquefois: mais je nen suis pas facbé.
HENRI
Vous vous êtes sauvé, et c'est pour faire notre malheur.
ANTOINE KERLEBON, à part.
Bon ! des injures! Je ne me tiens pas de joie. (Haut.) Écoute, Henri, ta douleur me fait de la peine; et je veux, autant qu'il est en moi, te montrer que je suis un brave homme.
HENRI
Yovons.
ANTOINE KERLEBON.
Es -lu riche ?