SCENE X. 3o
HENRI
Je suis peintre.
C'est-à-dire que tu n'as rien. Je veux te dédommager de la perte de ta cousine , en t'abandonnant ma pi^t de l'héritage.
SOPHIE, vivoment.
Il n'en veut point.
HENRI
Non, je n'en veux point. Si je désirais du bien, ce n'était quafin d'obtenir Sophie de sa mère. Mais faisons un autre arrangement. Vous êtes très -riche, vous?
ANTOINE KERLEBON.
Sans doute,
HENRI
En ce cas, vous aimez l'argent.
ANTOINE KERLEBON.
Oui, un peu, comme cela.
HENRI
Eh bien! je vous donne ma portion d'héritage, et j'épouse Sophie.
SOPHIE
Mon cher Henri !
ANTOINE KERLEBON, à part.
Ces pauvres enfants! je les marierai , je les marierai.
HENRI
Eh bien! que dites-vous de ma proposition?
ANTOINE KERLEBON, en souriant.
Il faut voir : nous pouvons finir cette affaire -là. Que peut-il te revenir de la succession ?
ao.
3o8 LES HERITIERS.
HENRI
Je ne sais pas. Est-ce que vous me croyez lame assez intéressée pour m'amuser à compter les dépouilles lie mon oncle?
ANTOINE KERLEBON, à part.
Tous mes héritiers ne pensent pas comme lui , j'en suis bien sûr.
HENRI
Mais je suppose cent mille francs, plus ou moins.
ANTOINE KERLEBON.
Cent mille francs... la petite est très-jolie ! très-jolie! 1 1 je crois que cent mille francs.,.
SOPHIE, vivement.
Oh! je ne vaux pas cent mille francs, moi; je vous en avertis.
ANTOINE KERLEBON, à part.
Ils sont charmants! [Haut.) Non, je ne peux pas, Henri : j'aime trop ma petite Sophie pour la céder à si bon marché. En vérité, j'y perdrais. Tout ce que je puis faire pour toi , c'est de te promettre que je ne l'épouserai pas le i5.
Oh ! le méchant 1
HENRI
Mon oncle, puisque vous le prenez sur ce ton -là, nous verrons....
ANTOINE KERLEBON.
Eh bien! monsieur mon neveu, nous verrons. i^A part. ) Sa colère me fait rire.