ACTE I, SCENE II. i
Je ne partage point ses tendres sentiments; Et loin qu'à son amour je devienne sensible. Sa bonté tous les jours me semble plus pénible. A. me donner sa main si sa fierté consent, Elle croit en effet me tirer du néant ; Et s'énorgueillissant du grand nom de Gustave, Jusque dans son amant elle cherche un esclave. Non, non, ce n'est point là que tendent mes désirs ; D'un amour mutuel je chéris les plaisirs; Je ne veux rencontrer, dans l'objet de ma flamme. Que le seul sentiment que je porte en mon ame ; Et, cette égalité remplissant tous mes vœux, Avec moins de grandeur je serai plus heureux. Grâce au ciel, j'ai trouvé ce que mon cœur désire. Et du plus tendre amour je reconnais l'empire.
LAGARDIE
Quoi ! ton cœur brûle, ami, pour une autre beauté. Et de la reine ainsi tu braves la bonté? '
MONALDESCHI
Apprends donc mon destin. Dans ces brillantes fêtes
Que prodigue Louis , fatigué des conquêtes ,
Mes yeux, cher J^agardie, ont trouvé mon vainqueur
Tout se réunissait pour captiver mon cœur :
Les charmes du jeune âge avec son innocence.
Et l'éclat trop vanté d'une illustre naissance.
Je cédai, j'oubliai Christine et son amour;
Et mon cœur enivré fut payé de retour.
L A GA RniE.
Et ((uel est ton projet ?
' MONALDESCHI
D'abandonner la France ; De quitter pour jamais Christine et sa puissance , Et (le m'unir enfin, sur des bords plus heureux, Par le plus tendre hymen à l'objet de mes feux. Oui, voilà désormais le parti qui me reste. Un instant de retard pourrait m'être funeste. Je connais bien la reine, et sa prompte fureur Peut employer ses soins à troubler mon bonheur.
11 est temps de briser la chaine qui me lie ,
Elle a fait trop long-temps le malheur de ma vie. Christine, en s'opposant à mes feux combattus, M'a fait voir de trop près ses trompeuses vertus; Et ses talents nombreux, que par-tout on révère, Ne trompent point mes yeux comme ceux du vulgaire. Toujours des souverains on embellit les traits; Mais pour les bien juger, il faut les voir de près.
Au nombre de ces rois peux-tu ranger Christine ?
Son grand coeur , peu touché du titre d'héroïne ,
De Gustave lui-même a passé les exploits;
Il vainquit les Germains, Christine fit des lois;
Et ce traité fameux, le frein de l'anarchie
Qui depuis sept cents ans troublait la Germanie,
Sans doute à des combats peut être préféré.
Tu sais du goiit des arts si son cœur enivré.
Jaloux de s'assurer une belle mémoire,
A celle d'un grand homme associait sa gloire ;
Et Descarte, en tous lieux banni, persécuté.
Assura dans Stockolm son immortalité.