ACTE I, SCENE II
Prise moins, Lagardie, un bienfait ordinaire. Quoi ! ne pas détourner ses yeux de la misère , Peut-il donc te sembler la suprême vertu? Ce plaisir si touchant, dans les cours inconnu. Te paraît-il plus beau pour émaner du trône ? Vante moins les mortels qui portent la couronne; Ne les enivre point par un éloge outré : Pour eux la bienfaisance est un devoir sacré.
LAG ARDIF.
D'autres vertus, en elle, ont droit à mon estime;
Et ce qui lui promet un encens légitime ,
C'est pour la royauté ce sublime mépris,
C'est son ame aux grandeurs fixant leur juste prix.
Christine reprenant le rang de citoyenne,
Est plus grande, à mes yeux, qu'avec le nom de reine.
Libre de préjugés, maîtresse de son cœur,«
TiC pouvoir absolu ne fit point son bonheur;
Sans crainte , sans regrets , elle abdiqua le trône ,
Et seule entre les rois mérita la couronne.
MON ALDESCHI.
Ah ! que lu connais peu l'objet de ce transport ! Et que , si la fortune avait fixé ton sort Auprès de cette reine à qui tu rends hommage , le t'entendrais tenir un différent langage! il sVvanouirait le prestige enchanteur, Et tu serais honteux d'une trop longue erreur ! Tu le verrais bientôt; cette reine fameuse Qui montra des vertus, sans être vertueuse, Qui se fit une loi d'étonner l'univers,