NOTICE SUR LA JEUNESSE
très-grand succès, fut joué avec une pertection rare. Madame Talma ( Vanhove ) y porta cette touchante sensibilité qu'elle devait à la nature et au charme de sa voix : elle a joué dans plusieurs de mes ouvrages , et son absence de la scène a été une perte bien sentie par la comédie et par le public.
On est peut-être étonné de m'entendre parler de cette pièce, comme si j'en étais le seul auteur. Le nom de Monvel , que l'on trouve après le mien sur la pièce imprimée , pourrait faire croire au public qu'il en a partagé le travail, et pourtant il n'en est rien ; seul j'ai fait cette pièce, et si , à la marge de mon manuscrit , il mit quelques corrections , c'est qu'il fallait bien qu'il eût l'air d'y avoir travaillé. Il est vrai, que ma comédie, protégée par lui, fut jouée très-promptement, et que par un arrangement avantageux pour moi, qu'il me fit faire avec le théâtre , il acheta presque le droit de m'imposer des lois. J'étais jeune, je n'étais pas riche, j'avais besoin d'appui, et il crut, sans doute, que , pour m' avoir procuré des avances sur le produit de mon champ , il s'était acquis le droit de s'en dire le propriétaire. Tout ce que je raconte ici , est un fait connu des gens de lettres de ce temps, dont plusieurs vivent encore , et qui pourraient l'attester aujomd'hui. Au reste, si ÎNIonvel, qui a obtenu de grands succès comme auteur , et qui s'est
placé au premier rang des acteurs par la chaleur et la piu-eté de sa diction , a eu quelque tort dans sa conduite envers moi , j'en ai été trop vengé par ce malheureux Geoffroi, de sordide mémoire. J'avais beau crier par-tout que Monvel n'était point le coupable, on ne voulut point m'en croire, et l'on j)rofita de cet ouvrage, pour avoir l'occasion de lui reprocher ses opinions politiques pendant la révolution.
Plus tard, sous le consulat, au moment où. Bonaparte ouvrait ses antichambres aux grands seigneurs , Geoffroi attaqua de nouveau la pièce , comme un ouvrage immoralffet surtout comme un outrage fait à une illustre famille : il revint si souvent à la charge, il y mit tant d'acharnement, que le consul , qui voulait se faire des partisans dans l'ancienne classe privilégiée, fit défendre d'à bord la pièce à Paris, et, quelques années après, dans les départements.
M. Geoffroi, mon cher compatriote (*), mais non pas mon ami, le moins moral de tous les
(*) Il était né à Rennes. Quoique tils d'un boulanger, on peut dire pioveibialeinent, qu'il n'était pas bon eomme le pain. Par ses grandes connaissances dans la littérature ancienne et par son originalité malicieuse dans ses jugements, il fit sa fortune et celle du journal de l'Empire , dont il composait les ixùcXth Spectacles. Il s'était rendu si terrible pour les auteurs et les acteurs , que , semblable au Jupiter- Tonnant , il ne se laissait désarmer qur par les plus piniupts sacrilices : aussi portait-on sur ses autels des ca-