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NOTICE SUR LA JEUNESSE

hommes , criait sans cesse à l'immoralité du Lovelace Français, quand tout le monde s'accordait à dire , qu'il n'était pas une pièce au théâtre qui offrît un but plus utile. En effet, il faut être bien aveuglé par l'esprit de parti, pour ne pas convenir que le tableau d'une épouse vertueuse, arrachée à ses devoirs par la violence et l'adresse d'un séducteur , et qui , à peine coupable d'imprudence , succombe à ses remords, surpasse, par sa moralité , tous les ouvrages dramatiques de ce genre.

Cette prétendue immoralité, il ne la trouvait que dans quelques mots piquants d'un secrétaire philosophe, que j'avais mis en opposition avec le caractère vicieux. Mais Geoffroi, en mentant ainsi à sa conscience , savait bien ce qu'il voulait ; et s'il eût vécu , il nous l'aurait appris davantage , quoiqu'il se fût montré souvent le bas flatteur de Napoléon.

Ce n'était pas non plus l'inconvenance d'avoir appelé mon héros par son nom , qui avait pu le blesser; il avait trop d'esprit pour ne pas savoir qu'une famille noble ne se fâche jamais d'un éclat qui ne peut que tournera son avantage. Cependant si j'avais un pareil sujet à traiter aujourd'hui, je

chemires, des diamants, de la vaisselle d'or et d'argent; ce qui donnait à sa maison, ou, si on l'aime mieux, au temple qu'il habitait, l'apparence d'une maison de prêt. Il m'a bien souvent atteint de ses foudres, mais j'ai au moins cette consolation de n'avoir jamais voulu sacrifier à ce dieu vrnal.

ne voudrais pas m'attirer ce reproche; mais au temps où ma pièce fut faite, je devais supposer, au contraire , que ma témérité ne pouvait déplaire aux petits enfants de Richelieu. Certes, je ne pouvais leur nuire à une époque où la noblesse était détruite par les lois, en rappelant au peuple réuni dans les théâtres, que Richelieu avait rendu de grands services à l'État; car enfin, si je le représentais comme un séducteur, ce qui n'était ignoré de personne , je le peignais aussi comme l'homme le plus aimable , le plus spirituel , le plus brave de son temps. Si ce n'est qu'à force de faire répéter un nom qu'on lui donne une grande célébrité, quel meilleur moyen d'y parvenir, que de le faire redire à-la-fois sur tous les théâtres du monde? Je . crois qu'il est peu de grandes familles , qui ne voulussent , au prix de révéler quelques défauts de leurs aïeux, être exposées au même danger. Que désirent tous les hommes? Qu'on parle d'eux, de leur rang, de leurs talents, de leurs succès : faire du bruit, est tout ce qu'on désire, et, depuis le prince jusqu'au plus petit bourgeois, chacun veut être cité pour avoir bien joué son rôle sur la scène du monde. Cotte petite vanité ne saurait être blâmable, puis- ({u'elle est un bien pour la société, et peut devenir la cause des plus belles actions. Je ne connais maintenant qu'une classe d'hoiinnes, qui verrait peut-

346 NOTICE SUK LA JEUNESSE être avec quelque chagrin que l'on jouât ses aïeux : je veux parler de cette noblesse , improvisée dans un quart-d'heure , qui a fait porter à toute une nation la peine de sa sotte vanité ; il ne peut entrer dans ses idées que l'on plaisante sur un sujet si respectable. Qu'elle serait pourtant originale la comédie • où l'on pourrait voir un ancien républicain, passer tout-à-coup du rang honorable de bon bourgeois à celui de comte ou de duc! Qu'il serait comique le moment, où ces grands patriotes, jadis persécuteurs de la classe privilégiée , essaieraient d'accorder leurs anciens principes avec les nouveaux ; quel rire ne provoquerait pas le farouche tribun du peuple, à l'instant où, cherchant à se barioler de croix et de rubans, il retrouverait sous sa main un ancien bonnet rouge; quelle situation piquante que celle de ses amis, qui, ne sachant de quel ton lui parler , apprennent , de sa bouche , le genre d'étiquette qu'ils doivent adopter avec lui! Je ne finirais pas, s'il nie fallait creuser cette mine féconde de comique et de ridicule, que j'ai vue à découvert, mais qu'il ne m'a pas été permis d'aborder. Oh ! combien je regrette, que la comédie , qui pourtant devrait être la peinture des mœurs , n'ait pu offrir à la société le tableau des sottes vanités et des contradictions qui ont existé parmi les hommes de m<>n temps! mais il est arrivé ce moment, où

la satire est une calomnie , où la comédie devient un crime punissable , dès qu'elle poursuit les ridicules et les vices modernes. Quels sont les auteurs qui oseraient parler de la noblesse et des faux dévots comme Molière? Ah! si, à l'instant où la nou velle noblesse est sortie toute caparaçonnée du cerveau d'un Jupiter, la comédie et la satire avaient pu user de leurs droits, d en fût résulté, je crois, un grand bien pour la société : son orgueil n'eût point appuyé les prétentions de l'ancienne caste, et cette égalité , qui est devenue un besoin pour le monde entier , ne serait plus mise en discussion. Tout homme raisonnable conçoit bien l'influence d'un grand nom, la supériorité que donnent de grands talents ; mais'on ne concevra jamais que l'on puisse établir une différence honorifique entre des hommes qui possèdent les mêmes qualités d'ame et d'esprit. Cette égalité est commandée par la suppression des privilèges , par nos mœurs et par nos habitudes. Si les titres et les prééminences se font encore sentir dans les sociétés , ce n'est que dans la classe qui est intéressée à les soutenir : hors de là , un titre ne signifie rien; c'est un mot, un sobriquet, qu'une complaisance polie arrache à l'homme libre, mais qui ne saurait être la concession d'un droit. L'homme vraiment indépendant ne reconnaît maintenant pour nobles, que ceux qui sont descendus du rang

clevé où ils étaient nés, pour défendre les droits du peuple ; que ceux qui , par leurs places dans le gouvernement, ont la confiance du monarque qu'ils servent avec fidélité ; que les intègres magistrats, qui rendent la justice en son nom ; que tous les hommes enfin qui, liés à nos libres institutions par leurs talents, leur industrie , leur fortune et leur valeur, soutiennent nos libertés, honorent, fertilisent et défendent leur patrie. Et cette noblesse qui est persojijielle , ne passe que rarement à des héritiers.

PERSONNAGES

Le duc de RICHELIEU.

ARMAND, son secrétaire.

M. MICHELIN, marchand de meubles dans le Faubourg Saint-Antoine.

Madame MICHELIN, son épouse.

Madame RENAUD , veuve d'un bourgeois , et amie de Madame Michelin.

MARIE , vieille cuisinière de M. Michelin.

LA FOSSE, valet-de-chambre du duc de Richelieu.

Us LAQUAIS.

La scène se passe à P;iiis : cbez M. Miclielin ; à 1 hôtel de Richelieu; clans la petite maison de ce seigneur.

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