‹ OEuvres complètesChapitre 244 sur 330 · ACTE I, SCENE IV. 36i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. 36i

Un... ïu sais, qu'en l'épousant je ne fis qu'obéir au vœu de mes parents; mon cœur n'éprouvait pour lui ni tendresse, ni répugnance. Je rendais justice à l'amabilité de son caractère, à ses vertus, à sa bonté.... Depuis notre hymen, quatre années s'écoulèrent dans ^a plus parfaite tranquillité; des prévenances (^ ne coûtaient rien à mon cœur, mon estime pour un époux respectable, mon amitié qu'augmentait chaque instant, lui tenaient lieu d'un sentiment plus tendre.... il étaitheureux, je l'étais moi-même... hélas! je n'avais pas connu l'amour! Un jour que des devoirs pieux me conduisaient dans l'église voisine, un jeune homme vint se placer près de moi... sa taille était parfaite, sa figure charmante... il paraissait m'examiner avec le plus tendre intérêt... son regard me troubla... j'évitais de rencontrer ses yeux, et, malgré moi, je les cherchais toujours... je sortis, et je m'efforçai d'écarter loin de moi son image... que mon cœur, involontairement, se retraçait à chaque instant du jour. Poussée par un sentiment que je ne puis définir, je retournai plus souvent dans cette fatale église... j'y rencontrais toujours cet inconnu. Un jour il me salua, m'adressa la parole... sur des choses indifférentes, mais il y donnait un prix par la manière dont il s'exprimait. Il s'aperçut sans doute de l'intérêt avec lecjuel je l'écoutais... son langage devint plus tendre; séduite par mon propre cœur, je m'obstinai à ne voir dans ses discours que des galanteries d'usage : j'écartai loin de moi tout ce qui pouvait me prémunir contre lui ; sûre de ma vertu, confiante en mes principes, je me crus à l'abri de toute

'^Gi LA JEUJNESSE DE RICHELIEU, séduction , et je ne m'aperçus d'une passion Lro[) funeste que lorsqu'il n'était plus temps de la combattre , et que j'avais perdu... jusqu'à la volonté de m'y soustraire. Modestement vêtu , et se servant du prétexte d'acheter différentes marchandises, il vint ici, s'annonça souille nom de La Fosse , se dit valet-de-cliambre du duc de Richelieu, et mon époux, dans l'espoir de fournir la maison de cet homme riche et puissant, lui fit l'accueil le plus flatteur.

MARIE

On dirait qu'il y a un mauvais génie qui guide les maris et qui les conduit au-devant de leur perte ; s'ils ont une politesse à faire, c'est toujours à celui qui ne s'introduit chez eux que pour en conter à leur {énune.

MADAME MICHELIN'

Ah ! plains-moi , et ne m'accable pas 1

*- MARti:.

Est-ce que c'est là mon intention! continuez, ma chère maîtresse.

MADAME MICHELIIV.

La Fosse, ou plutôt Richelieu , venait depuis longtemps ici. Il m'avait parlé sans mystère, je connaissais son amour; je ne le partageais que trop, mais je savais résister à mon fatal penchant; et pour m'arracher entièrement au danger, j'avais formé la résolution d'avouer tout à mon époux, et de contraindre par-là mon dangereux ennemi à cesser ses poursuites.... J'allais parler, lorsque je reçois une lettre, signée, duchesse de Richelieu. On lui a beaucoup vanté, m'écrit - elle ,

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mon goût, ma figure et mon caractère; elle veut faire connaissance avec moi , et me consulter sur un nouvel ameublement qu'elle veut se donner et que mon mari doit fournir. Elle m'envoie sa voiture, et me prie de venir sans différer d'un moment , à l'hôtel où l'on m'attend avec impatience... Moi, sans défiance, je suis le domestique qui me sert de guide... L'équipage me conduit dans une maison d'assez belle apparence, et que je crois être l'hôtel de Richelieu... J'entre, je traverse plusieurs appartements... mais au lieu de la dame que je venais chercher... qui trouvai-je?... cet homme qui, depuis trois mois , me faisait une cour assidue , ce La Fosse, qui cesse enfin de se déguiser, et qui se fait connaître pour Richelieu lui-même; je vois qu'on m'a trompée; je découvre fabyme entr'ouvert sous mes pas; je veux fuir, mais inutile effort! j'étais en son pouvoir ; nuls témoins dont mes cris pussent implorer l'assistance; j'avais à lutter contre la force et contre mon propre cœur... Les serments les plus sacrés, le langage passionné de famour, l'expression du sentiment, tous les genres de séduction, tout s'arma contre moi, tout fut employé... jusqu'aux moyens les plus odieux... J'en atteste le ciel!... le triomphe de cet homme exécrable est un crime, dont mon cœur, tout égaré qu'il était, ne fut point le complice... mais ma ruine était consominée, et je ne revins au sein de mes foyers que la honte sur le front, et le remords, le désespoir dans le fond de mon cœur.

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