CHRISTINE, LAGARDIE
Lagardie, arrêtez. J'ignore les raisons Qui font à votre ami redouter ma présence ; Mais de son embarras que faut-il que je pense ? Si le hasard, pour lui *ins doute malheureux, Si son devoir , enfin , le ramène à mes yeux , Je le vois interdit, et sa langue muette D'un cœur indifférent semble être l'interprète ; Et plus souvent encor, soigneux de in'éviter, Des lieux où je me trouve on le voit s'écarter. Tant de froideur a droit d'alarmer ma tendresse. Vous le savez , plutôt amante que princesse , Christine ne fut point insensible à l'amour : L'heureux Monaldeschi fut payé de retoui. Loin de m'en repentir, ma tendresse sincère ]\'eut, depuis cet instant, nul reproche à se faire : Et pourtant, le cruel, ardent à m'offenser, A notre heureux hymen a semblé renoncer. Lagardie? Ah! rendez le repos à mon ame; Vous avez ses secrets : me trahit-il ?
LAGARDIE
Madame ,
(A paît.) (Haut.)
Que lui dirai-je? O ciel! .... Dans le fond de mon cœur Monaldeschi souvent déposa son bonheur.
Et s'il faut l'avouer, je lui portais envie.
-rj. CHRISTINE.
Pardonnez; près de vous il dut passer sa vie,
Un hymen glorieux devait l'unir à vous ;
D'un tel bonheur, sans doute, on peut être jaloux.
<Et l'ingrat cependant semble fuir ma présence ! Quoi ? tant d'amour serait payé d'indifférence !
L AGARDIE.
Qu'il serait criminel!.... Si propice à mes vœux Le sort m'avait permis, comme à lui, d'être heureux*, Que de soins je vouerais à mon auguste amante ! Quel bonheur! Quel transport! Que mon amour brûlante S'exposerait sans crainte au plus pres'sant danger, S'il fallait à ce prix lui plaire ou la venger ! Quel plaisir de pouvoir lui dire, sans contrainte. De quel feu, dès long-temps, mon ame était atteinte; D'admirer sur ce front , embelli par l'amour , Sur ce front dédaigneux d'un trône et d'une cour. De toutes les vertus le noble caractère ! Que d'amour!....
Arrêtez. Cet aveu téméraire....
LAGARDIE
Madame, il n'est plus temps, je me suis déclaré; Vous connaissez le feu dont je suis dévoré. Que de soins cependant mon cœur mit en usage Pour ne pas vous tenir ce funeste langage ! Tous le savez, partout je fuyais de vos yeux : Vains efforts, je trouvais votre image en tous lieux. Je revenais vers vous, et bientôt votre vue Enivrait de nouveiui ma raison éperdue.