ACTE IV, SCENE V
Sa jalouse fureur prononce sur mon sort, Et s'arroge le droit de me donner la mort. Puis-je, dans mon malheur, espérer un refuge. Lorsque mon ennemi vient s'établir mon juge? Ah! pour se conformer à cet ordre nouveau, Sentinelli sans doute est aussi mon bourreau. Célèbres écrivains qui nous vantez sa gloire. D'un trait si généreux embellissez l'histoire !
Ton imprudence , ingrat , ose encor m'outrager A l'instant où mon bras est prêt à se venger? Tu m'oses accuser, quand, par un crime insigne. Tu trahis des bienfaits dont tu n'étais pas digne ; Quand tu devrais plutôt, désarmant mon courroux, Pour implorer ta grâce embrasser mes genoux.
MONALDESCHI
Depuis quand a-t-on vu , par un destin semblable , L'innocent, dans les fers, implorer le coupable? Quoi donc ! pour mendier une lâche pitié , Il me faudrait courber un front humilié ! D'un œil indifférent , j'ai pu voir une reine , Tombant à mes genoux, solliciter ma chaîne. Des supplications employer les moyens :
Elle fut à mes pieds; je ne suis point aux siens.
Traître! quoi! c'est ainsi que ta perfide rage
Dans ce moment encor m'avilit et m'outrage! \
Tu braves ma colère, et tu ne sais donc pas
Que , dans cet instant même , on résoud ton trépas ;
Qu'on n'attend qu'im signal pour me faire justice.
64 CTIJUSTINK.
Et qu'en l'abandonnant je te laisse au supplice.
MONA.LDESCITI.
Je sais que, pour remplir vos ordres inhumains, Ces lieux sont tous remplis de lâches assassins.
Ah! puisque tu le sais, tremble qu'en ma colère
Je ne donne à l'instant un ordre sanguinaire!
Mais non, je veux, malgré ton orgueil indompté.
Te prouver ce que peut ma générosité.
Je veux bien supposer que cette lettre infâme ,
Où l'on m'ose outrager , ne vient que d'une femme :
Mes secrets divulgués , mon amour avili ,
Tous tes crimes enfin resteront dans l'oubli.
Si ton ame sincère, à ma clémence égale.
Consent à révéler le nom de ma rivale.
MON ALDESCHI.
Quel est votre projet, en demandant son nom?
Ne t'est-il pas aisé d'en savoir la raison? Aurais-tu pu penser qu'en pardonnant ton crime, Je renonçasse au droit d'avoir une victime? Quels que soient à la cour sa naissance et son rang. Ton forfait ne peut être absous que par son sang. Pour calmer la fureur où mon cœur s'abandonne, J'irais percer son sein sur les degrés du trône. Ainsi, pour te sauver apprends-moi tes secrets. Et je te fais ouvrir les portes du palais.
MONALDESCHI
Quoi! vous osez penser, que, par la perfidie, Monaldeschi de vous veuille acheter la vie!