XII PREFACE
(le faire la satire des hommes qui ont joué un rôle dans nos révolutions, mais de tirer des conséquences morales d'événements qui ne peuvent être sans intérêt pour les contemporains.
Ces événements ont eu tant d'influence sur mes ouvrages que je puis dire avec vérité que ce sont eux seuls qui m'ont fait auteur. Plus appelé par mes penchants que par le genre de mes études à écrire pour le théâtre , chacune de mes pièces est devenue l'effet d'une inspiration subite. Aussi verra-t-on dans mon recueil , que , tout en reconnaissant d^ genres, je ne pouvais en suivre aucun. Je ne me suis jamais dit : je veux faire une comédie, un drame; mais je me laissais dominer par la première pensée que faisaient naître en moi le hasard , des (entretiens, des rencontres ou des voyages. Il est donc vrai que les choses qui m'ont été personnelles ont eu la plus grande influence sur mes compositions ; et qu'en désirant de faire connaître cette nifluence , je dois me résigner à livrer au public , avec mes ouvrages , mes opinions , mon caractère , et presque ma vie entière.
Cet engagement de joindre à ses ouvrages le tableau de sa vie pourrait paraître à beaucoup d'écrivains lUie lâche pénible. Ils seraient obligés
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de confesser les motifs qui , dans telle on telle circonstance, les ont fait changer de style. Cette w inconstance politique , tout à la mode qu'elle soit, est toujours embarrassante à justifier. (3n veut bien lés places, les honneurs qu'amènent les palinodies; mais on n'en rougit pas moins du blâme que l'on sait mériter et qu'on cherche à braver par l'audace. C'est pourquoi vous voyez tous ces déserteurs des principes les plus généreux porter dans la société l'affectation d'une assurance imperturbable , et opposer l'effronterie aux justes reproches qu'on pourrait leur faire. Ils ressemblent à ces femmes galantes qui, n'ayant plus de réputation à conserver , forcent par leur impudence les femmes honnêtes à baisser les yeux. — Quand on en est venu à ce point que la constance dans ses opinions et dans ses principes est presque lui ridicule dans une certaine classe d'hommes, il faut que l'écrivain qui n'a rien à se reprocher de semblable , s'il ne veut pas être confondu avec ces caméléons politiques, ait le courage de dévoiler sa vie et de prouver qu'il a des droits à l'estime publique par son caractère autant que par ses ouvrages.
Je ne me ferai donc point de scrupide d'entrer dans des détails qui ne peuvent avoir d'autre danger pour ïnoi que de me tlonner le tort d'appeler