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Aucun nom à l'autt'l n'cflacera le vôtre; Et cliacun des soupirs du céleste entretien V portera ce nom au ciel avec le mien ! IS'e ferme/ pas ainsi vos lèvres interdites, ]\e me rejuardez pas si tristement ; mais dites : « Que le désir de Dieu s'accomplisse sur toi ! » Dites comme Sara, mère, et bénissez-moi! »
20 mai 1780.
Elle a pleuré sept jours, comme sur les montagnes
La fille de Jephté, que suivaient ses compagnes,
Demanda quelques nuits au Seigneur irrité
Pour pleurer ses printemps et sa virginité;
Puis, comme un doux agneau revient à sa nourrice.
Vint d'elle-même offrir sa gorge au sacrifice.
Ainsi pleurait ma mère, et puis elle a dit : ■> Oui! »
]\Iais un cœur sur la terre en sera réjoui.
Sitôt que de ma sœur j'aurai béni la joie.
Sans regarder derrière, entrons dans notre voie.
Ifjuin 1786.
Dieu m'a récompensé : ce fut hier le jour Où le Seigneur l)énit l'innocence et l'amour. De ma sœur et d'Ernest cette sainte journée A dans la main de Dieu mêlé la destinée. Les voilà dans la paix se possédant tous deux. Quel éclat de bonheur rayonnait autour d'eux! On eût dit qu'à l'autel se dévoilant d'avance, Tous les jours fortunés d'une longue existence, Tous les chastes plaisirs d'une pure union, Au flambeau de leur noce apportaient un rayon , Et sur leurs fronts sereins concentrant leurs prémices, Prodiguaient en un jour un siècle de délices. Avant l'heure où blanchit le premier horizon , Quelle nouvelle vie animait la maison ! Tous les volets fermés, hélas! depuis cette heure Où mon père en sortit pour une autre demeure; Ces portes qui du maître encor gardaient le deuil , Et dont les fleurs jonchaient dès le matin le seuil, Semblaient, prenant une àmc et sentant cet emblème. Tressaillir sur leurs gonds et s'ouvrir d'elles-mémc , Pour accueillir, après un long exil rendu, Le bonheur, comme un hôte au foyer attendu. La musique élevant sa voix par intervalle; Les pas des serviteurs courant de salle en salle;
76 JOCELVN.
Les parents, les amis, arrivant deux à deux,
Les mains pleines de dons et les cœurs pleins de vœiixj
Des présents de l'époux les fratiiles lucrveillcs
Étalés sur le lit, débordant les corbeilles;
Les vierges pour les voir se pressant à l'cntour,
Les touchant, les montrant, s'écriant tour à tour;
L'une ajustant le voile au front de la fiancée.
L'autre attachant la perle à ses cheveux tressée.
Et toutes, le front ceint de i^ràcc et de roup;cur.
Aimant à contempler les apprêts du bonheur,
A promener sur tout leurs doigts, leur fantaisie,
Comme on les voit toucher dans un écrin d'Asie
Les colliers, les anneaux, les secrets talismans
Dont on aime l'éclat sans comprendre le sens.
Puis les danses le soir sur l'herbe; puis la ronde
Dans son cercle qui roule entraînant tout le monde,
Tout le monde, excepté la fiancée et l'époux.
Qui fuyaient nos plaisirs pour des plaisirs plus doux ,
Impatients du soir qui doit chasser la foule.
Comptant l'heure qui sonne et la nuit qui s'écoule ,
Se cherchant, se trouvant, et, le bras sous le bras,
S'égarant d'arbre en arbre et se parlant plus bas :
Tant le bonheur parfait, qui fuit la multitude,
A besoin du silence et de la solitude.
Que ce bonheur perçait, même dans leur tourment!
Comme tout trahissait leur vague enchantement!
Ces soupirs, ces regards qui plongeaient l'un dans l'autre,
Cette langue sans mots qui surpassait la nôtre.
Cette marche indolente , ou ce pas arrêté
Comme accablé du poids de leur félicité.
Cette fuite du moude et ce besoin d'eiix-même,
Cette joie à nommer \ingt fois le nom qu'on aime,
Tout leur réalisait ce rêve de l'amour,
Qu'on fait toute la vie et qu'on savoure un jour!
Et moi, seul et rêveur, glissant sans qu'on me voie,
Du regard et du cœur je poursuivais leur joie :
Tout le jour, en tout lieu, me trouvant sur leurs pas ,
M6 rencontrant partout, ils ne me voyaient pas.
Du bonheur des amants goûtant au moins l'image.
Dans leur félicité j'adorais mon ouvrage,
Et je disais tout bas , dans mon cœur satisfait :
« Ce bonheur est à moi, car c'est moi qui l'ai fait! »
3 juin 1786.
Souvent hier au bal, au souper de famille. En me montrant du doigt, plus d'une jeune fille, De celles dont j'aimais naguère l'entretien , Et dont le doux regard faisait baisser le mien , Disait : « Lui jeune et beau, Dieu ! pourrait-on le croire? Préfère à notre amour une soutane noire; Le monde lui fait peur ! hélas ! le pauvre enfant ! » Puis, passant devant moi, d'un coup d'œil triomphant M'écrasaienten disant :«Nesommes-nousplusbelles?» Et le rire étouffé circulait autour d'elles. J'avais l'air insensible au sarcasme moqueur. Vous cependant, mon Dieu! vous lisiez dans mon cœur!