‹ Œuvres complètesChapitre 5 sur 29 · RE IV · texte numérisé non relu

RE IV

avaient battu 1rs lils de Harold el réduit les hommes de iogo. Devon et de Cornouaille, s'avancèrent alors du côté du sud, et le roi lui-même, parti de Lincoln, vint du côté de l'orient . avec l'élite de ses gens d'armes. 11 rencontra près de Stafford, au pied des montagnes , le plus grand corps d'année des insurgés, et le détruisit dans un seul combat1. Les autres capitaines normands marchèrent sur Slirewsbury ; et cette ville, ainsi que les campagnes qui l'avoisinent, retombèrent sous la loi de l'étranger; les habitants rendirent leurs armes; quelques braves seulement, qui voulurent les garder, se retirèrent sur les dunes de la mer ou sur la cime des montagnes. Ils continuèrent de guerroyer, péniblement et sans avantages, contre les petits corps isolés, dressant, à l'entrée des bois et dans les vallées étroites , des embûches pour le soldat égaré ou le coureur aventureux, ou le messager qui portait Tordre des chefs; mais les grandes routes , les cités, les bourgs, s'ouvrirent aux bataillons ennemis. La terreur remplaça l'espoir dans le cœur des vaincus : ils s'évitèrent au lieu de s'unir; et tout le pays du sud-ouest rentra encore une fois dans le silence.

Au nord , la cité d'York était toujours l'extrême limite de la conquête; les soldats normands qui occupaient cette ville ne cherchaient point à s'avancer au delà , et même leurs excursions sur la contrée au sud d'York n'étaient point sans danger pour eux. Hugues, fils de Baudry, vicomte ou gouverneur de la ville, n'osait descendre jusqu'à Selby et passer la rivière d'Ouse sans se faire suivre d'une nombreuse escorte. Les soldats normands n'étaient plus en sûreté dès qu'ils s'éloignaient des rangs

runt, quibus incoltc civilalis, cum Edrico Guilda [Wild)... aliisqùe fcrocibua Anglis auxilio fuerunt. (lbid.) 1 lbid.

1069. et quittaient leurs armes; car ces bandes d'insurgés, aussitôt ralliées que dissoutes, harcelaient continuellement les corps de troupes en marche, et même la garnison d'York 1. Guillaume Malet , collègue du fils de Baudry dans le commandement de cette garnison , alla jusqu'à déclarer, dans ses dépêches, que sans de prompts secours il ne répondait plus de son poste 2. Cette nouvelle, portée au quartier du roi Guillaume , y causa une grande alarme. Le roi lui-même partit en hâte, et arriva devant la ville d'York , au moment où les citoyens , ligués avec les gens du plat pays , assiégeaient la forteresse normande. Il les attaqua vivement avec des forces supérieures, n'épargna personne, disent les chroniques 3, dispersa ceux qu'il ne tua pas, et jeta les fondements d'un second château fort, dont il confia les travaux et la garde à son confident le plus intime, Guillaume, fils d'Osbern, son sénéchal et son maréchal pour la Normandie et l'Angleterre 4.

Après son départ , les Anglais se rallièrent encore, et firent à la fois le siège des deux châteaux ; mais ils furent repoussés avec perte, et les Normands achevèrent en sûreté leurs nouveaux ouvrages de défense 3. Assuré de la possession d'York, le conquérant reprit l'offensive, et tenta de reculer jusqu'à Durham les limites du pays subjugué; ce fut un certain Robert, surnommé Comine ou de

1 Comitabatur eum non modica mililiœ multitude, fregit hoc in ï) lis llnibus, Anglorum indomita ferocitas et invicta constantia, qui semper ad vindietam suam in Gallos insurgeâtes... ( Bist. monast. selebiensis, apml Labbe , Nova bibliotb. mss., t. I , p. 602.)

2 Penuneiavil se defecturuni, nisi nialurum fessis conférât auxiliiiiii. (Ordcr. Vital. Hist. ecclesiast., lib. iv, apud Script, rer. normann., p. 512)

3 Nec ulli pepercit. (Ibid.)

• Ibid.

* Ibid.

Connues, qu'il chargea de cette expédition hasardeuse. <o69. Robert partit avec le titre anticipé de comte du Northumherland '. Son année était peu considérable; mais sa confiance en lui-même était grande, et s'accrut au delà de toute mesure quand il se vit presque au terme de sa route sans avoir trouvé de résistance. Déjà il apercevait les tours de Durhani, que les Normands appelaient la forteresse des rebelles du nord2, lorsque Eghelwin, l'évêque saxon de la ville, accourut au-devant de lui, et l'avertit d'être prudent et de craindre une surprise 3. « Qui m'atta- « querait? répondit Comine. Nul de vous, je pense, ne « l'osera *. » Les Normands entrèrent dans Durham et y massacrèrent quelques hommes sans armes, comme pour insulter et défier les Anglais3; les soldats campèrent sur les places, et leur chef prit pour quartier la maison de l'évêque*

La nuit vint , et alors les habitants des rives de la Tyne allumèrent, sur toutes les hauteurs, des feux qui leur servirent de signaux : ils se rassemblèrent en grand nombre et firent diligence vers Durham. Au point du jour, ils étaient arrivés devant les portes , qu'ils forcèrent6 ; et les Normands furent assaillis de toutes parts , au milieu des rues, dont ils ignoraient les détours 7. Ils cherchèrent à se rallier dans la maison épiscopale, où était le logement de

1 Donavit Roberlo... eomitatum in Nortbymbrorum terra. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 174.)

2 Willelm. Gemet. Bist. Normann., apud Script, rer. ûormann, p.290.

3 Insidias prœcavere prîPmonuit. (Aluredi Beverlacensis Annal, de gest. reg. Brilann., lib. ix, p. i28, éd. Hearne.)

4 Dicens eos talia praesumere non audere. (Cliron. Walteri Hemingford., lib. i, apud rer. anglic. Script., t. II, p. 458 , éd. Gale.)

5 Oceisisethim nonnullis. (Alured. Beverlac, loe. supr. cit.)

6 Tota nocte festinanles, Dunelmum sumina in diluculo per portas irrumpunt. (Ibid.)

7 Imparaloa ubique locorum interficiunt. (Ibid.)

mc.'.i. leur comte, y firent des barricades, et la défendirent quelque temps, tirant leurs flèches d'en haut sur les Saxons. Mais ceux-ci terminèrent le combat en mettant le feu à la maison , qui fut brûlée tout entière avec les hommes qui s'y étaient renfermés1. Robert Comine fut du nombre. Il avait amené avec lui douze cents cavaliers complètement armés; mais on ne sait pas au juste combien de gens de service et de fantassins les accompagnaient 2. Cette terrible défaite produisit une telle impression sur les Normands, que des troupes nombreuses, envoyées pour tirer vengeance du massacre, s'avancèrent jusqu'à Elfertun , aujourd'hui Northallerton , à égale distance d'York et de iHirham, et qu'arrivées à ce point, elles refusèrent de passer outre, saisies d'une terreur panique. Le bruit courut qu'elles avaient été frappées d'immobilité par une force surnaturelle, par la puissance d'un saint appelé Cuthbert, dont le corps reposait à Durham, et qui protégeait sa dernière demeure 3.

Les Northumbriens , qui remportèrent cette grande victoire, étaient fils d'anciens colons danois, et il n'avait point cessé d'exister entre eux et la population du Danemark des relations d'amitié réciproque , fruits de leur commune origine. Du moment qu'ils se virent menacés par l'invasion normande, ils adressèrent aux Danois des demandes de secours , au nom de l'ancienne fraternité de leurs ancêtres , et de semblables sollicitations parvinrent aussi aux rois de Danemark de la part des habitants an-

1 Scil cum nec ferrent jacula defendentium , doinum cum inhabilantibus concremaverunt. (Alured. Bevcrlac. Annal, de gest. reg. Britann., Ii!>. ix, p. 1-28, éd. Hearne.)

2 Chron. saxon., éd. Gibson , p. 174. — Roger, de Ilovcd. Anna)., pars prior, apud rcr. anglic. Script., p. 450 et 451, éd. Savile.

Chron Sanctœ-Oucis Edinburg. ; Anglia sacra , t. I, p. <59.

glo-danôis d'York, de Lincoln e1 de Norwich •'. Une foule de réfugiés saxons plaidaient la cause de leur pays auprès des peuples septentrionaux, les pressant avec, instance d'entreprendre la guerre contre les Normands qui opprimaient une nation de la grande famille teutonique, après avoir tué son roi , proche parent de plusieurs rois du Nord 2. Guillaume, qui , de sa vie, n'avait su prononcer un seul mot de la langue septentrionale que ses aïeux avaient jadis parlée, prévit, dès le commencement , cette alliance naturelle des Anglais avec les Danois, et c'est ce qui lui lit bâtir tant de forteresses sur les côtes orientales de l'Angleterre. Il envoya aussi , plusieurs fois , à Sven , roi de Danemark , des ambassadeurs accrédités , des négociateurs habiles, des évêques à la parole insinuante, avec de riches présents, pour lui persuader de demeurer en paix3. Mais l'homme du Nord ne se laissa point séduire, et ne consentit point, disent les chroniques danoises, à laisser le peuple anglais en servitude sous un peuple de race et de langue étrangères. Il rassembla sa flotte et ses soldats *. Deux cent quarante vaisseaux partirent pour la Bretagne, conduits par Osbiorn , frère du roi Sven , et par ses deux fils Harald et Knut. A la nouvelle de leur départ , les An-

1 Principes Anglorum oflensi Svenonem de auxiliis sollicitant. (Legatîo Helsini in Daniam, apud Script, rer. danic, t. III, p. 255, in nota n ad cale, pag.)

- Ad ulciscendam consanguinei necem, Haroldi scilicet a Francigenis inlerempti, et Angliain pristinœ libertati restituendam... Ut et mortem pjus vindicarct, cl terram sibi subigeret. (Legatio Helsini in Daniam, apud Script, rer. danic, t. III, p. 253 et 254.)

3 Misit solempnes nuntios... cum illis... plurima dona et exennia. (Henrici Knyghton, de Event. Angl. lib. n, apud hist. angl. Script., t. II, col 2343, éd. Selden.) - Torltei Hist. rer. norveg. , t. III, p. 385 et 386.

1 Audienles Daci Angliam esse subjectam Normannis seu Franeigenis, graviler sunt indignati..., arma parant, classem aptant. (Legatio Helsini in Daniam. apud Script, rer. danic. t. III, p. 254.)

1069. ^lais comptaient avec impatience les jours qui devaient s'écouler jusqu'à l'arrivée de ces enfants de la Baltique, autrefois si terribles pour eux, et prononçaient avec amour des noms que leurs pères avaient maudits '. L'on attendait pareillement des troupes enrôlées à prix d'argent sur les côtes de l'ancienne Saxe et de la Frise 2, et les Saxons réfugiés en Ecosse promettaient aussi quelques secours. Encouragés par leur victoire, les habitants du Northumberland faisaient de fréquentes excursions, au sud de leur pays, sur les cantonnements des étrangers3. Le gouverneur de l'un des châteaux d'York fut tué dans une de ces rencontres *.

Ce fut dans l'intervalle des deux fêtes de la Vierge Marie, en automne, que le fils du roi Sven , Osbiorn son frère, et cinq autres chefs danois de haut rang, abordèrent en Angleterre 5. Ils tentèrent hardiment une descente sur la partie des côtes la mieux gardée, celle du sud-est; mais, successivement repoussés de Douvres, de Sandwich et de Norwich, ils remontèrent vers le nord et entrèrent dans le golfe de rilumber, comme faisaient jadis leurs aïeux, mais sous de tout autres auspices6. Dès que le bruit- de leur approche se fut répandu dans les lieux d'alentour, de toutes parts les chefs de race anglaise, tous les Anglais en masse, sortirent des bourgs , des maisons et des champs,

1 Voyez livre n, passim.

- Frisia pro anylicis opibus auxiliares lurma.s miltebat. (Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. iv, apud Script, rer. normann., p. 513.)

3 Diversos cxcursus crebro agitantes..., Danorum... prœslolantes adventum. (Willelm. Gemet. Hist. Normann., apud Script, rer. normann., p. 290.)

1 Order. Vidal. Hist. ecclesiast, lib. îv, p. 512.

:' Maltli. Weslmonast. Flor. bistor., p. 226. — Malth. Paris., t. I, p. 6.

6 Order. Vital. Hist. ecclesiast., lib. iv, apud Script, rer. normann , p. 513.

pour faire amitié avec les Danois et se joindre à eux '. Le 1069. jeune roi Edgar, Merlsweyn , Gospatrik, Siward Beorn, et beaucoup d'autres réfugiés, accoururent promptement de l'Ecosse. On vit arriver aussi Waltheof, fils de Siward, échappé, comme Edwin et son frère , du palais du roi Guillaume : il était encore très-jeune, et se faisait remarquer, de même qu'autrefois son père, par une taille élevée et une grande vigueur de corps 2.

Les Saxons se placèrent à L' avant-garde , les Danois formèrent le corps d'armée , et c'est dans cet ordre qu'ils marchèrent sur York, les uns à cheval , les autres à pied, dit la chronique saxonne, tous remplis de joie et d'espoir3. Des messagers les devancèrent pour avertir les citoyens que leur délivrance approchait , et bientôt la ville fut investie de toutes parts. Dans le huitième jour du siège, les Normands qui gardaient les deux châteaux , craignant que les maisons voisines ne fournissent aux assaillants des ma- ' tériaux pour combler les fossés , mirent le feu à ces maisons '. L'incendie gagna rapidement, et ce fut à la lueur des flammes que les insurgés et leurs auxiliaires , aides par 1rs habitants , pénétrèrent dans la ville et forcèrent les étrangers de se renfermer dans l'enceinte de leurs citadelles: le même jour, les deux citadelles furent emportées d'assaut 5. 11 périt dans ce combat décisif plusieurs mil-

1 Chron. saxon. Fragm. sub anno ML XVIII, apudGloss. Ed. Lye, t. II, ad finem. — Mutth. Paris., t. I, p. 6.

- Nervosus lacertis, robustus pectore et procerus toto corpore. (Matth Weslmonast., Flor. histor., p. 229.) — Voyez livre m, t. I , p. 204. '

3 Equitantes et iter facientes cum immenso agmine, valde exultantes. {Chron. saxon. Fragm. sub anno MLXVIII, apud Gloss. Ed. Lye, t. Il, ad finem.)

1 Timentes ne domus, qnse prope castella erant, adjumenta Danis ad fossas implendas essent. (Alured. Bevcrlac. Annal, de Gest. reg. Britann., lib. îx, p. 128, éd. Hearne.)

5 Dani et Nordhimbri eadem die castella fregerunl. (Ibid.)

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1069. liers d'hommes de France, comme s'expriment les chroniques anglaises'. Waltheof, placé en embuscade à Tune des portes des châteaux , tua , de sa propre main , à coups de hache, beaucoup de Normands qui cherchaient à s'enfuir2. Il poursuivit cent chevaliers jusque dans un petit bois voisin , et pour s'épargner la peine d'une plus longue course , il fit mettre le feu au bois , où les cent cavaliers furent tous brûlés. Un Danois, guerrier et poète à la fois, composa sur ce fait d'armes un chant où il louait le chef saxon d'être brave comme Odin , et le félicitait d'avoir servi aux loups d'Angleterre un bon repas de cadavres normands3.

Les vainqueurs firent grâce de la vie aux deux commandants d'York , Gilbert de Gand et Guillaume Malet , à la femme et aux enfants de ce dernier, et à un petit nombre d'autres qui furent emmenés sur la flotte danoise. Ils renversèrent de fond en comble, peut-être imprudemment, les fortifications bâties par l'étranger, afin d'effacer tout vestige de son passage4. Le jeune Edgar, redevenu roi dans York, conclut, suivant l'ancienne coutume saxonne, un pacte d'alliance avec les citoyens5 ; et ainsi fut relevée, pour quelques moments, la royauté nationale des Anglo- Saxons. Son domaine et le pouvoir d'Edgar s'étendait de

1 Mullos centenos hominum francorum necarunt. (Chron. saxon. Fragm. sub anno MLXV1II, apud Gloss. Ed. Lje, t. II, ad linem. — Huila ibidem hominum millia. (Malth. Paris, I. I, p. 6.)

2 Unos et unosper portas gradientes decapilans. (Origo etgesla Sivardi ducis, apud Script, rer. danic, t. III . p. 299.)

Torva tuenti appositus fuitcibus

Alni equo (lupo) ex cadaveribus Francorum.

(Sagan af Haralde Hardrada, cap. ci; Snorrc's Heimskringla, t. III, p. 168.

1 Chron. saxon., éd. Gibson, p. 174.

■s Cives cum co Indus iniverunt. (Chron. saxon. Fragm. sub anno MLXVIII, apud Gloss. Ed. Lye, t. Il, ad linem.)

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