LIVRE
gardé, par les nouveaux venus, comme vil et méprisable1. 1ori Mais l'aversion violente qu'inspiraient aux Normands les 1c72. saints anglais tenait à des raisons politiques, autres que leur dédain commun pour tout ce qu'honoraient les vaincus. Souvent la vénération religieuse n'avait été pour les Anglo- Saxons qu'un reflet du patriotisme, et parmi les saints qu'on invoquait alors en Angleterre , plusieurs l'étaient devenus en mourant de la main de l'ennemi , au temps des invasions danoises, comme Elfeg , archevêque de Canterbury, et. Edmund, roi de l'Est-Anglie2. De pareils saints devaient porter ombrage aux nouveaux envahisseurs , car leur culte alimentait l'esprit de révolte, et consacrait de vieux souvenirs de courage et d'indépendance. Aussi les prélats étrangers, et à leur tête l'archevêque Lanfranc , ne tardèrent-ils pas à proclamer que les saints saxons n'étaient pas de vrais saints , les martyrs saxons de vrais martyrs 3. Guérin de Lire attaqua saint Adhelm; Lanfranc entreprit de dégrader saint Elfeg , en rabaissant les mérites de sa mort si belle et si patriotique : « Ce qui fait le martyr , « disait le primat , c'est la cause ef non le supplice ; je ne « vois là qu'un homme tué par des païens faute d'une ran- « çon qu'il ne pouvait payer et qu'il ne voulut pas mettre « à la charge d' autrui \ »
Des violences faites à la conviction populaire , soit raisonnable , soit superstitieuse , excitent souvent le courage
1 Pene cuncta quae ab Anglis antiquitus quasi sacro sancta celebrabantur, nunc vix postremte auctorilalis... habenlur. (Eadmeri Hist.nov., p. 426, éd. Selden.)
2 Voyez livre n, t. I, p. 103 et 126.
:1 Angli... inlerquos vivimus, quosdam sibi institueront sanetos , quorum incerta sunt mérita. (Johan. Sarisburiensis, de Vita Anselmi archiep. canluar. ; Anglia sacra, t. II, p. 16-2.)
'' Cùm itaque marlyrem non faciat pœna sed causa... eum ob hoc a paganis... inleremptum deprehendo , quod, ad redemptionem corporis sui , pecuniam , quœ exigebatur, noluit extorquere- (Ibid.)
m LIVRE V.
<07i des opprimés plus que la perte même de la liberté et du 107a bien-être. Les insultes prodiguées aux objets d'une ancienne dévotion , les souffrances des évêques, une sorte de haine fanatique contre les innovations religieuses de la conquête , agitèrent fortement les esprits , et devinrent le mobile d'une grande conspiration, qui s'étendit sur toute r Angleterre4. Beaucoup de prêtres s'y engagèrent, et trois prélats en furent les chefs : c'étaient Frithrik , abbé de Saint-Alban , Wulfstan , évêque de "Worcester , le seul homme de race anglaise qui eût encore un évêché, et Walter, évêque de Hereford, Flamand de naissance, le seulparmi les étrangers, évêque avant la conquête, qui se soit montré fidèle à la cause de sa patrie adoptive2. Le nom du jeune roi Edgar fut prononcé de nouveau; il circula des chants populaires où on l'appelait le beau , le brave, l'enfant chéri de l'Angleterre9. Les deux frères Edwin et Morkar quittèrent pour la seconde fois la cour du Normand. La ville de Londres , jusque-là paisible et résignée à la domination étrangère , commença à se montrer turbulente, et, comme disent les vieux historiens dans un langage malheureusement trop vague , à résister en face au roi Guillaume *.
Pour'conjurer ce nouveau péril , Guillaume prit le parti qui lui avait déjà réussi plus d'une fois, celui de promettre
1 Plures convocando, exercitum numerosum ac forlissimum conflaverunl. (Matth. Paris, Vilœ abbatum S. Albani, 1. 1, p. 48.)
2 Ibid., p. 47.
'■' Spcciosissimum cl forlissimum... unde in Angliam laie exiil eulogium :
« Jïdgnr, Elbelinge, « Engelondes dereling. »
(Ibid., p. 48)
' Cives Londoniae in faciem resliterunt. (Matth. Paris., Vilae abbatum
S. Albani. I. I, p. 47.)
et de mentir. Frithrik et les autres chefs des insurgés, io~i invités par ses messages à se rendre à Berkhamsted, pour traiter de la paix, vinrent à ce lieu de mauvais augure, où pour la première t'ois des mains saxonnes avaient touché, eu signe de sujétion, la main armée du conquérant. Ils y trouvèrent le roi et le primat Lanfranc , son conseiller le plus intime. Tous deux affectèrent à leur égard un air de douceur et de bonne foi ' ; et il y eut , sur les intérêts réciproques , une longue discussion qui se termina par un accord. Toutes les reliques de l'église de Saint-Alban avaient été portées au lieu des conférences; un missel fut ouvert sur ces reliques, à la page de l'Évangile : et le roi Guillaume , se plaçant dans la situation où lui-même autrefois avait placé Harold, jura, par les saints ossements et par les sacrés Évangiles , d'observer inviolablement les bonnes et anciennes lois que les saints et pieux ri lis d'Angleterre, et surtout le roi Edward, avaient établies ci-devant2. L'abbé Frithrik et les autres Anglais, satisfaits de cette concession, répondirent au serment de Guillaume par le serment de fidélité qu'on prêtait aux anciens rois, et se séparèrent ensuite, rompant la grande association qu'ils avaient formée pour la délivrance du pays3. L'évêque Wulfstan fut député vers l'ouest, dans la province de Chester, pour y calmer les esprits , et faire une visite pastorale dont aucun prélat normand n'osait encore se charger4.
1 Et serena facie vocavit eos ad pacem. ( Ibid., p. 48.)
2 Juravit super omnes reliquias eeclesiaî Saacli Albani, lactisque sacrosanctis Evangeliis... bonas et approbatas antiquas regni leges... inviolabililer observare. ( Ibid., p. 48.)
3 Ad propria lœti recesserunt. (Ibid. p. 48.) * Episcopatus ei cestrensis à Lanfranco... visilalio commissa est... ea
eniin provincia... erat adbuc .. Normannis inaccessa et impacata. (Willhetm. Mulmesb., de Vil.i S. Wulfstaui, Vib. i, cap. i, Anglia sacra , t. II , p. 2.",(î.)
im Ces bonnes et antiques lois, ces lois d'Edward , dont la promesse avait le pouvoir d'apaiser les insurrections , n'étaient point un code particulier, un système de dispositions écrites , et Ton entendait simplement par ces mots l'administration douce et populaire qui avait existé en Angleterre au temps des rois nationaux. Durant la domination danoise , le peuple anglais , dans ses prières adressées au vainqueur, demandait, sous le nom de lois d'Ethelred, l'anéantissement du régime odieux de la conquête ' ; demander les lois d'Edward, sous la domination normande, c'était former le même souhait, mais un souhait inutile, et que , en dépit de ses promesses, le nouveau conquérant ne pouvait remplir. Quand bien même il eût maintenu, de bonne foi, toutes les pratiques légales de l'ancien temps, quand même il les eût fait observer à la lettre par ses juges étrangers, elles n'auraient point porté leurs anciens fruits. Il y avait erreur de langage dans les demandes de la nation anglaise ; car ce n'était pas le défaut d'observance de ses vieilles lois criminelles ou civiles qui rendait sa situation si désastreuse , mais la ruine de son indépendance et de son existence comme nation2. Ni Guillaume ni ses successeurs ne montrèrent jamais une grande haine pour la législation saxonne , soit civile , soit criminelle ; ils la laissèrent observer en beaucoup de points, et les Saxons ne s'en trouvèrent pas mieux. Ils laissèrent le taux des amendes pour le vol et le meurtre commis contre des Anglais, varier comme avant la conquête , suivant la division des grandes provinces 3 ; ils laissèrent le Saxon accusé
1 Voyez livre n , t. I , p. 183.
J Ils requirent... estre tenus et gouvernez comme le Roy Edouarl les avoit gouvernez. (Chron. de Normandie; Recueil des hist. de la France, t. XIII, p. 239.)
3 Si home occil altre... xx 1. en Merchenelac et xxv 1. en Wesfsaxenlae.
de meurtres et de brigandage se justifier, selon l'antique *«n
usa-v, par le fer rouge et l'eau bouillante, tandis que le um. Français, accusé par un Saxon, se défendait par le duel ou simplement par le serment, selon la loi de Normandie'. Cette différence de procédure, toute au détriment de la population vaincue, ne disparut qu'après un siècle et demi, quand les décrets de l'église romaine eurent interdit partout les jugements du feu et de l'eau2.
D'ailleurs, parmi les anciennes lois saxonnes, il s'en rencontrait quelques-unes qui devaient être spécialement favorables à la conquête , comme celle qui rendait les habitants de chaque district responsables de tout délit commis dans le district, et dont l'auteur serait inconnu3; loi commode entre les mains de l'étranger pour mettre la terreur dans le pays. Quant à ces sortes de lois, il était de l'intérêt du conquérant de les maintenir; et, quant aux autres , relatives à des transactions particulières , leur maintien lui était à peu près indifférent. Aussi exécuta-t-il en ce sens la promesse qu'il avait faite aux conjurés saxons, sans s'inquiéter si eux-mêmes comprenaient autrement cette promesse. Il fit venir auprès de lui, à Londres, douze hommes de chaque province, qui déclarèrent, sous le serment, les anciennes coutumes du pays4; ce qu'ils dirent
(Leges Willhelmi régis; Hist. Ingulf. Croyland., apud rer. anglic. Script., t. I, p. 89, éd. Gale.)
1 Anglicus se purget ad judicium... defendat se Francigena per bellum, et si Anglicus non audeat eum probare per bellum , defendat se Francigena pleno juramento. ( Le^es Willhelmi régis ; Chron. Johan. Bromton , apud hist. angl. Script., t. I, col. 982, éd. Selden.)
2 Seldeni notae ad Eadmeri Hist. nov., p. 204.
3 Borhs, frith-borhs, borhs-holders. ( Vid. Canciani Leg. antiq. barbar., t. IV, p. 273, 338 et 340.)
* Electi sunt de singulis totius Angliœ eotuilatibus xn viri sapienliores, quibus jurejurando injunctum erat coram rege Willbclmo ut, quoad possenl... legum suarum consiietudinmnqiie sancita palefacerent, ni]
fut rédigé en une espèce de code dans l'idiome français du temps, seul langage légal reconnu par le gouvernement de la conquête. Ensuite , les hérauts normands allèrent criant à son de cor, dans les villes et dans les bourgades , « les lois que le roi Guillaume octroyait à tout le peuple m d'Angleterre, les mêmes que le roi Edward, son cousin, « avait tenues avant lui '. »
Les lois d'Edward furent publiées, mais le temps d'Edward ne revint pas pour l'Angleterre, et les chefs du mouvement patriotique éprouvèrent les premiers le peu de valeur de cette concession. Du moment que leur ligue fut dissoute, ils se virent persécutés à outrance par le pouvoir qu'ils avaient contraint de capituler avec eux2. L'évêque Walter s'enfuit dans le pays de Galles ; les soldats normands eurent ordre de le poursuivre jusque dans ce pays, sur lequel ne s'étendait point la domination du roi Guillaume ; mais il leur échappa, à la faveur des forêts et des montagnes3. Le roi Edgar, s'apercevant qu'on lui dressait des pièges , prit de nouveau la fuite vers l'Ecosse. Quant à l'évêque Wulfstan, homme faible d'esprit et de caractère , il donna toutes les sûretés qu'on exigeait de lui , et de cette manière il trouva grâce auprès du conquérant : il offrit à l'abbé de Saint-Alban d'obtenir au même prix son pardon; mais Frithrik fut plus fier'1. 11 assembla tous
praelermil lentes, nil addeules. (Thotna? Rudljorne, Hist. major, winton.; Anglia sacra, t. I , p. 259.)
1 Ces sourit les leis et les custumes que li reis Will. grenlat a tut le puple de Engleterre... iceles mesmes que li reis Edward sun cosin tint devant lui. (Leges Willhelmi régis; Hist. Ihgulf. Croyland, apud rer. anglic Script., 1. I, p. 88, éd. Gale.)
2 Tj'ranuus inexorabilis, quosnon poterat conl'œderalos et congregalos superare, singulos dispersos ac semotos.... studuit... iufestare... et Subpeditare. ( Matth. Paris. Vitœ abbatum S. Albani, t. I, p. 48.)
3 In abdilis Walliœ vix tutus latitavit. (Ibid., p. 49.)
* El, cùni possil ipsum Wulfstanus... régi vel archiepiscopo pacificare, ipse alibas nolens ei credere. ( Ibid.)
ses moines dans la salle du chapitre, et, prenant congé i<jm creux avec émotion : « -Mes frères, nies amis, leur dit-il, wi. « voici le moinentoù, selon les paroles de L'Écriture sainte, (( il nous faut fuir de ville en ville devant la face de nos « persécuteurs'. » Emportant avec lui quelques provisions et des livres, il gagna secrètement l'île d'Ély et le camp du refuge, où il mourut peu de temps après2.
Le roi Guillaume, irrité de cette fuite d'un homme qu'il croyait dangereux, tourna toute sa fureur contre le monastère de Saint-Alban. Il en saisit les domaines, en fit arracher les forêts, et résolut de le détruire de fond en comble 3. Mais le primat Lanfranc lui en fit des reproches, et, à force d'instances, obtint de lui la conservation du couvent, et la permission d'y mettre un abbé de son choix. Lanfranc avait amené en Angleterre un jeune homme appelé Paul, qui passait pour être son tils ; c'est à lui qu'il conféra l'abbaye vacante4. Le premier acte administratif du nouvel abbé fut de démolir les tombeaux de tous ses prédécesseurs, qu'il qualifiait de brutes et d'idiots parce qu'ils étaient de race anglaise5. Paul fit venir de Normandie ses parents , et leur distribua les offices et une partie des biens de son église6 : « Ils étaient tous, dit l'an- « cien historien, sans la moindre culture littéraire, et de
1 Fratres ac filii... lugiendum est a facie persequentium, a civitale in civitatem (Ibid.)
2 Ibid.
3 Extirpatis silvis et depaupcratis hominibus... et nisi correptionibus Lanfranci refrenaretur, irrestaurabiliter lotum cœnobium destruxisst t. ( Ibid.)
1 Et, ut quidam autumanl, lilius. (Matlli. Paris. Vilae abbatum S. Albani , t. I, p. 49.)— Seldeni notai ad Eadmeri Hist. nov., p. 196.
s Quoa rudes et idiotas consuevit appellare... contemnendo eos quia Anjilicos. ( Mattli. Paris. Vitre abbatum S. Albani, t. 1 , p. 52.)
e Pareutibus suis normannis, de substantia ecdesiae... ( Ibid., p. .">:), )
"fi « mœurs ignobles à tel point qu'on ne saurait récrire'. » 1072. II faut que le lecteur se reporte maintenant vers l'île d'Ély, vers cette terre marécageuse et plantée de roseaux, comme s'expriment les chroniques du temps , qui était le dernier asile de l'indépendance anglo-saxonne 2. L'archevêque Stigand et l'évêque Eghelwin quittèrent l'Ecosse pour s'y rendre3. Edwin et Morkar, après avoir quelque temps erré par les forêts et les campagnes, y arrivèrent aussi avec d'autres chefs *. Le roi, qui venait de réussir, par sa seule ruse, à dissoudre la conjuration des prêtres patriotes, essaya de même la tromperie, avant d'employer 4072. la force contre les Saxons du camp d'Ély. Morkar fut, pour la troisième fois , dupe de ses fausses paroles : il se laissa persuader d'abandonner le camp du refuge et de retourner à la cour5 ; mais à peine eut-il mis le pied hors des retranchements élevés par ses compagnons, qu'il fut saisi, et mis aux fers dans \nw forteresse dont le gardien était Roger, fondateur et propriétaire du château de Beaumont en Normandie6. Edwin quitta aussitôt File d'Ély, non pour se soumettre comme son frère, mais pour travailler à le délivrer. Durant six mois il chercha du seeours et rassembla des amis en Angleterre, en Ecosse , et dans le pays de Galles 7 ; mais, au moment où il se trouvait assez fort pour exécuter son entreprise , deux traîtres le dénon-
1 Littérature ignaris, et origine ac moribus ignobilibus quae non possunlseribi. (Matth. Paris., Vilaî abbatum S. Albani, 1. I, p. 53.)
- Paludum terra. (Cliron. saxon, éd. Gibson, p. 176.)
:1 Thomœ Eliensis Hisl. eliensis; Anglia sacra, 1. 1, p. 609.
1 Vagati sunl per Bilvas elcampos(Chron saxon., éd. (ïibson, p. 181.)
• Falsis allegationibus simpliciter acquievit. (Order. Vital. H ist ecclesiasl., lib. îv, apud Script, rer. normann., p. 521.)
,; Cautelse Rogerii , oppidani Belmontis, mancipavit. (lbid.) — Beaumont-le-Roger, département de l'Eure.
' Sex igitur mensibus a Scotis et Guallis vel Anglis auxilia sibi qupesivjt. (Order. Vital., loc. supr. cit.)
cèrenl el lf vendirent aux Normands. Il se défendit long- iotstemps, avec vingt cavaliers, contre dos forces supérieures. Ge combat eut lieu près des côtes de la mer du Nord, vers laquelle le chef saxon faisait retraite, espérant trouver quelque moyen de s'y embarquer; mais il fut arrêté par un ruisseau que la marée montante avait grossi. Accablé par le nombre, il succomba; ses ennemis lui coupèrent la tête, et la portèrent au conquérant1, qui s'attendrit et pleura, disent quelques historiens, sur le sort d'un homme qu'il aimait et qu'il aurait voulu attacher à sa fortune.
Tel fut le destin d'Edwin et de .Morkar, fils d'Alfgar, beaux-frères du roi Harold, tous deux victimes de la cause qu'ils avaient plusieurs fois abandonnée. Leur sœur, nommée Lucie, éprouva le sort de toutes les femmes anglaises demeurées sans protecteur. Elle fut livrée en mariage à Ives Taille-Bois, chef d'auxiliaires angevins, qui reçut, avec elle, tous les anciens domaines de la famille d'Alfgar -. La plus grande partie de ces terres était située aux environs de Spalding, vers les confins des provinces de Cambridge et de Lincoln , dans la contrée marécageuse qu'on appelait Holland , c'est-cà-dire le pays bas, près du camp des réfugiés d'Ély. Ives Taille-Bois s'établit dans ce lieu; il devint , pour les fermiers de l'ancien domaine , ce que , dans la langue saxonne, on appelait le hlaford , et, par contraction, le lord de la terre3. Ce nom signifiait ordinairement distributeur du pain , et c'est ainsi que dans la vieille Angleterre on désignait le chef d'une grande mai-
1 Ad hoc facinus exaistualio marina Normannos adjuvit... prodilores... pro favore illius, ci caput domini sui deferebanl. (lbid.)
3 Quorum sororem, nomine Luciam, cum omnibus terris eorum, Ivoni Taylboys, tum ande^avensi coiniti, maritavil. (Monast. anglic., Dugdale, t. I, p. 306.)
3 Dorninus Spaldyngœ et tolius Holandia\ ( Hist. IngulF. Croyland., apud rer. anglic. Script., t. 1, p. 71, ed Gale.)
son , celui dont la table nourrissait beaucoup d'hommes. Mais à cette signification inoffensive se substituèrent d'autres idées, des idées de domination et de servitude, lorsque les hommes de la conquête reçurent des indigènes le nom de lords. Le lord étranger fut un maître ; les habitants du domaine tremblèrent en sa présence, et n'approchèrent qu'avec terreur de son manoir ou de sa halle , comme parlaient les Saxons, demeure autrefois hospitalière, dont la porte était toujours ouverte et le foyer toujours allumé, maintenant fortifiée, murée, crénelée, garnie d'armes et de soldats , à la fois citadelle pour le maître et prison pour le voisinage.
« Aussi , dit un contemporain , tous les gens du pays « bas avaient grand soin de paraître humbles devant Ives « Taille-Bois , et de ne lui adresser la parole qu'un ge- « non en terre ' ; mais , quoiqu'ils s'empressassent de lui « rendre tous les honneurs possibles, et de payer tout ce « qu'ils lui devaient, et au delà, en redevances et en ser- « vices , de son côté il n'avait pour eux ni affabilité ni « bienveillance. Au contraire, il les vexait, les tourmen- « tait, les torturait, les emprisonnait, les accablait de-cora vées, et, par ses cruautés journalières, contraignait la « plupart d'entre eux de vendre le peu qu'ils possédaient « encore, et de s'en aller en d'autres pays 2. Par un instinct « diabolique , il se plaisait à malfaire pour le mal seul : « souvent il lançait ses chiens à la poursuite du bétail des « pauvres gens, dispersait les animaux domestiques à tra- « vers les marécages, les noyait dans les lacs , ou les mu-
1 Omnea Hoylandenses cum... genu ilcxo deprecabantur. (Ilisl. Iiil-iiII. Croyland , apud rer. anglic. Script., t. I, p. 71, éd. Gale.)
2 8ed torquens et Iribulans , angena et angarians, incarcerans el o\cruciuna , ac quolidie novis aervitiia onerans, plurimos omnia sua w ndere', ae alias patriaa petere, crudeliter compellebat. ( Ibid.i
« tilait do diverses manières, et les rendait incapables de «<>' « servir en leur brisant les membres ou le dos1. »
Une partie des moines anglais de l'abbaye de Groyland habitaient près de Spalding , dans une succursale que le monastère possédait à la porte même du manoir de ce redoutable Ànge\in. Il leur fit éprouver encore plus violemment qu'au reste du voisinage les effets de sa manie destructive contre tout ce qui était Saxon , ou appartenait à des Saxons2. Il estropiait leurs chevaux et leurs bœufs, tuait leurs moutons et leurs oiseaux de basse-cour , accablait leurs fermiers d'exactions, et faisait assaillir leurs serviteurs sur les routes à coups de bâton ou d'épée3 . Les moines essayèrent auprès de lui les supplications et les offres; ils donnèrent des présents à ses valets; «ils tentè- « renttoutet souffrirent tout, dit l'histoire contemporaine'''; « puis, voyant que leurs efforts étaient superfins et que la « malice du tyran et des siens ne faisait que s'accroître , « ils prirent avec eux les vases sacrés , leurs lits et leurs «livres, et, laissant leur habitation en la main de Dieu « tout-puissant, secouant la poussière de leurs pieds contre « les fils du feu éternel, ils retournèrent à Groyland5. »
Ives Taille -Bois, joyeux de leur retraite, fit partir promptement un message pour Angers , sa ville natale , demandant qu'on lui envoyât des moines, auxquels il offrait , disait-il, une maison honnête et suffisante pour un
1 Diabolico instinctu... animalia in mariscis cuni canibus suis insectuns,... el crebro spinis ac tibiis jument orum fractis. (Ibid. )
- Inejus jaunis... Iota die... conversantes, tanta tyrannide denaccliatur. (Ibid.)
3 Utjumentiseorum, lam bonus quam equis, multoties mutilatis, ovibusac avibus qnolidic imparcatis... famuli prions... gladiis et fustibus in compiiis saepius caederentur... (Ibid.)
* Post innumera suis niinistris donaria, post peracla omnia. (Ibid.)
5 Relieta eella in manu Domini, excutientes pulverem pedum suorum in fi I i os ignis selerni. (Ibid.)
I2i LIVRE V.
prieur et cinq religieux, toute bâtie, toute meublée , bien pourvue de terres et de fermages ' . Les moines français passèrent le détroit et s'emparèrent de la succursale de Croyland. L'abbé du lieu, qui, par hasard, était encore un Anglais , eut la bardiesse d'adresser quelques plaintes au conseil du roi contre le chef angevin ; mais Ives Taille- Bois fut absous et félicité même de tout ce qu'il avait commis en vexations, en pillages et en meurtres 2. « Ces « étrangers se soutenaient mutuellement, dit l'ancien narrateur; ils formaient une ligue étroite, serrés les uns « contre les autres , comme sur le corps du dragon l'é- « caille est jointe à l'écaillé3. »
Il y avait dans ce temps, en Flandre, un Saxon nommé Hereward, anciennement établi dans ce pays, et à qui des émigrés anglais , fuyant leur patrie après y avoir tout perdu , annoncèrent que son père était mort, que son héritage paternel était la propriété d'un Normand, et que sa vieille mère avait subi et subissait encore une foule d'afflictions et d'insultes 4. A cette nouvelle , Hereward se mit en route pour l'Angleterre, et arriva, sans être soupçonné, au lieu habité autrefois par sa famille ; il se fit reconnaître de ceux de ses parents et de ses amis qui avaient survécu à l'invasion , les détermina à se réunir en troupe armée , et, à leur tête, attaqua le Normand qui avait insulté sa mère et occupait son héritage3. Hereward l'en chassa et
1 Paratam et œdificatam, eliam terris et tenemenlis satis ditatam. ( Ilisl. lngulf Croyland., apud n r anglie. Script., t. I, p. 72, fd. Gale.)
2 Prsedas et pressuras, caedes et cœieras injurias universas Ivonia Taibois... justifirant et acceptant. ( Ibid.)
3 Velut in corpore Beliemolli squama squamœ conjuncta fuissel. (ibid.)
4 Paternam hareditalem... munere régie-, cuidain Normanno donari , matremque viduara mullis injuriis el maximis molesliis afiligi... [Ibid., p. 70.)
s Collectaque cognatorum noncontemnenda manu... de sua hseredilate procul filial el éliminai. ( Ibid.)
prit sa place: mais contraint , pour sa propre sûreté, de lova ne point s'en tenir à ce seul exploit , il continua la guerre de partisan aux environs de sa demeure, et soutint, contre les gouverneurs des forteresses et des villes voisines, de nombreux combats, où il se signala par sa bravoure, sou adresse et sa force extraordinaires'. Le bruit de ses actions d'éclat se répandit par toute l'Angleterre , et les regards des vaincus se tournèrent vers cet homme avec un sentiment d'espérance; on fit sur ses aventures et à sa louange des vers populaires cpù maintenant ont péri , et qui furent chantés dans les rues aux oreilles des conquérants, grâce à leur ignorance de l'idiome du peuple anglais2.
L'héritage reconquis sur les Normands par le Saxon Hereward était situé à Brunn, aujourd'hui Boum, au sud de la province de Lincoln , près de l'abbaye de Croyland, non loin de celle de Peterborough et des îles d'Ély et de Thorneye : les insurgés de ces cantons ne tardèrent pas à pratiquer des intelligences avec les bandes que commandait le brave chef de partisans. Frappés de sa renommée et de son habileté, ils l'invitèrent à se rendre auprès d'eux, pour être leur capitaine, et Hereward, cédant à leur prière , passa au camp du refuge avec tous ses compagnons3. Avant de prendre le commandement d'hommes dont plusieurs étaient membres de la haute milice saxonne, espèce de confrérie ou de corporation autorisée par les anciennes lois du pays, il voulut s'y faire agréger lui-même, et devenir, suivant l'expression des auteurs contempo-
1 Ingentia praelia et mille pericula , tam contra regem Anglire, quam comités et barones , contra prrefectos et prœsides. ( Ibid., p. 68.)
2 Prout adhuc in triviis canunlur. (Ibid.)
3 Céleri inincio... ad eos accersitus, rtux belli et magister militum efficilur. ( tbid., p. 71.)
io72. rains, un homme de guerre légitime'. L'institution d'une classe supérieure parmi ceux qui se vouaient aux armes, et de cérémonies sans lesquelles nul ne pouvait être admis dans cet ordre militaire , avait été apportée et propagée dans tout l'occident de l'Europe par les peuples germaniques qui démembrèrent l'empire romain. Cette coutume existait en Gaule , et, dans la langue romane de ce pays , un membre de la haute milice se nommait cavalier ou chevalier, parce que les guerriers à cheval étaient alors , dans toute la Gaule, et en général sur le continent, la principale force des armées. Il n'en était point de même en Angleterre ; la perfection de la science équestre n'entrait pour rien dans l'idée qu'on s'y formait de l'homme de guerre accompli ; les deux seuls éléments de cette idée étaient la jeunesse et la force , et , en langue saxonne, on appelait knit , c'est-à-dire jeune homme, celui que les Français, les Normands, les Gaulois méridionaux et même les Allemands, appelaient homme de cheval2.
Malgré cette différence , les cérémonies par lesquelles un guerrier était agrégé à la haute milice nationale, en Angleterre et sur tout le continent, étaient exactement les mêmes: l'aspirant devait se confesser un soir, veiller dans l'église toute la nuit, et le matin, à l'heure de la messe, placer son épée sur l'autel , la recevoir des mains de l'officiant, et communier après l'avoir reçue3. Tout combattant qui s'était soumis à ces diverses formalités était dès lors réputé un homme de guerre en titre , et capable de
1 Necdum militari more balteo légitime se accinclum... légitima! militiav. legitimum militem... (Hist. Ingulf. Croyland-, apud rer. anglic Script., t. I, p. 70, éd. Gale.)
2 Al. Knicjhi, aut Cild. al. Child. Les Allemands avaient pareillement employé le mot llild ou Held, avant celui de Reiter ou Hitler.
3 Anglorum erat consuetudo quod qui militise légitime consecrandus esset vespere prœcedente.... (ifoid., p. 70.)
commander dans tous les grades1. C'était do cette ma- iot2 nière qu'un homme d'armes était fait chevalier en France et dans toute la Gaule, à l'exception de la .Normandie, où, par un reste des usages danois, l'investiture de la chevalerie avait lieu sous des formes plus militaires et moins religieuses. Les Normands avaient même coutume de dire que celui qui s'était fait ceindre l'épéepar un clerc n'était point un vrai chevalier, mais un bourgeois sans prouesse2. Ce propos dédaigneux fut proféré contre le Saxon Hereward, quand les chevaliers avec lesquels il s'était souvent mesuré apprirent qu'il venait d'aller au monastère de Peterborough prendre le baudrier militaire de la main d'un abbé saxon. Toutefois, il y eut alors, de la part des Normands, autre chose que leur aversion habituelle pour les rites qui faisaient dépendre la chevalerie du sacerdoce ; ils ne voulaient pas qu'un Anglais rebelle obtînt , de quelque manière que ce fût, le droit de s'intituler chevalier comme eux. Leur orgueil de conquérants semble avoir été, dans cette occasion, plus vivement blessé que leur point d'honneur comme guerriers ne l'était par la cérémonie religieuse ; car eux-mêmes, dans la suite, se soumirent à cette cérémonie, et accordèrent aux évoques le droit de conférer la chevalerie3.
Le monastère de Peterborough était alors gouverné par ce même Brand qui, après son élection par les moines du lieu, était allé demander à Edgar la confirmation de son titre d'abbé *, Cet homme , d'un esprit fier et incapable de plier, ne songeait en aucune manière à rentrer en grâce
1 Donuo miles Iegilimua permanerel ( Ibid. )
- Hanc consecranrti militis consuetudinem Normanni abominantes, non militent légitimant talem tenebant, sed socordem equitem et quirilem dégénèrent deputahant. ( Ibifl.;
3 Voyez Sharon Turner, Hist. des Anglo-Normands, 1. 1, p. 140.
'• Voyez livre îv, t. II , p. 19-
•073. auprès du roi Guillaume. En se prêtant à faire pour un chef de rebelles la cérémonie de la bénédiction des armes, il donna un second exemple de courage patriotique et de mépris pour le pouvoir étranger. Sa perte était inévitable ; mais la mort l'enleva de ce monde avant que les soldats normands vinssent le saisir au nom du roi ; et c'est alors que fut envoyé comme son successeur, à l'abbaye de Peterborough , le Normand Turauld , ce moine batailleur déjà nommé ci-dessus '. Turauld menant avec lui cent soixante hommes bien armés, s'arrêta dans la ville de Stamford, à quelques lieues de Peterborough, et envoya des coureurs pour observer la position des réfugiés anglais, et s'assurer des obstacles qu'il trouverait à prendre possession de l'abbaye2. De leur côté , les réfugiés, avertis de rapproché du Normand , firent une descente au monastère , et, trouvant les moines peu résolus à se défendre contre l'abbé et ses hommes d'armes , ils enlevèrent tous les objets précieux qu'ils trouvèrent, des croix, des vases, des étoffes, et les transportèrent, par eau, dans leur quartier, afin d'avoir, disaient-ils, des gages de la fidélité du couvent3. Le couvent ne fut pas fidèle, et reçut les étrangers sans résistance.
Turauld s'y installa comme abbé , et prit soixante-deux hydes de terre sur les domaines de l'Église pour le salaire ou le fief de ses soldats '*. L'Angevin Ives Taille-Bois, vicomte de Spalding, proposa bientôt à l'abbé , son voisin ,
1 Voyez liv. v, t. II , p. 108.
2 Venit Turoldus abbas et ceiilum et sexaginla liomines cum illo, omnes bene armali ... ( frencisce men mid him). ( Chron. saxon. , ed Gib- BOIl , p. 177.)
3 For thés mynslresshold-eipe. (Ibid.)
* Turoldus abbas .. lerras bene congregatas maie dislraxit, el dédit cas parentibus cl militibus suis. ( Ex Mb. Hugonis raonachi petriburgensis; Lelandi Collectanea, t. I, p. il.)
une expédition de guerre contre Hereward et le camp <lrs 1072 Saxons. Turauld parut accepter la proposition avec joie; niais comme sa bravoure était moins grande contre les gens armes que contre les moines , il laissa le vicomte angevin s'avancer seul à la découverte, au milieu des forêts de saules qui servaient de retranchements aux Saxons, el demeura fort en arrière avec quelques Normands de haut parage'. Pendant qu'Ives entrait d'un côté dans le bois, Hereward en sortit par l'autre, assaillit à l'improviste l'abbé et ses Normands, les fit tous prisonniers, et les retint dans ses marais jusqu'à ce qu'ils eussent payé une rançon de trente mille marcs d'argent 2.
Cependant la flotte danoise, qui, après avoir passé dans le golfe de l'Humber l'hiver de 1069, repartit au printemps sans livrer aucun combat, et causa ainsi la seconde prise de la ville d'York, était arrivée en Danemark. Ses chefs furent mal accueillis, à leur retour, par le roi Sven, dont ils avaient violé les ordres en se laissant gagner par Guillaume. Le roi irrité bannit son frère Osbiorn , et, prenant lui-même le commandement de la flotte, fit voile pour la Grande-Bretagne3; il entra dans l'Humber, et, au premier bruit de son approche, les habitants de la contrée voisine se soulevèrent encore, vinrent au-devant des Danois, et tirent alliance avec eux4. Mais, dans ce pays si dévasté , si abattu par les exécutions militaires , il n'y avait plus assez de moyens pour entreprendre efficacement une grande résistance. Le roi danois repassa la mer, et ses
1 Sed venerabilis abbas, ac majores proceres angustiaa sylvarum ingredi formidantes... (Pelri Blesensis Ingulfi Continuât., apud rer. anglie. Script., I. I, p. 125, éd. Gale.)
- lu locis abditis eustodivil. ( lltid.)
3 Florent. Wigorn. cbron., p. 636.
'' Et ejus regionis incolae fi obviam venernnl, et fredus initiant cum eo. (Cbron. saxon., éd. Gibson, p. 176.)
1072. capitaines et ses guerriers, continuant leur route vers le sud , descendirent dans le golfe de Boston , et , par l'embouchure de TOuse et de la Glen, arrivèrent dans l'île d'Ély. Les réfugiés les y accueillirent comme des libérateurs et des amis ' .
Aussitôt que le roi Guillaume fut informé de l'apparition de la Hotte danoise, il envoya en toute hâte des messages et des présents au roi Svenen Danemark; et ce roi, qui, si peu de temps auparavant, avait puni son frère d'avoir trahi les Saxons, gagné lui-même on ne sait pourquoi , car il y a beaucoup de choses obscures dans l'histoire de ce temps, les trahit à son tour2 . Les Danois , stationnés sur leurs vaisseaux, près d'Ély, reçurent l'ordre de faire retraite : ils ne se contentèrent pas de s'éloigner simplement , mais ils enlevèrent et emportèrent avec eux une partie du trésor des insurgés, et , entre autres choses, les croix, les vases sacrés et les autres ornements de l'abbaye de Peterborough. Alors , de même qu'en l'année 1009, le roi normand rassembla toutes ses forces contre les Saxons délaissés. Le camp du refuge fut investi par terre et par eau, et les assaillants construisirent de toutes parts des digues et des ponts sur les marais. Hereward et les autres chefs , parmi lesquels on distinguait Siward Beorn, compagnon de la fuite du roi Edgar, résistèrent quelque temps avec bravoure. Guillaume commença, du côté de l'occident, à travers les eaux couvertes de saules et de joncs, une chaussée qui devait être longue de trois mille pas5; mais ses travailleurs étaient continuellement inquiétés et troublés dans leur ouvrage.
1 Deinde venerunt in Elijj... atque Angli de omni paludum terra iis sese ;idjunxerunt. (Chron. saxon., éd. Gilison , p. 176.)
2 Tune duo reges, Willhelinus et Swamis in graliam rediere. ( Ifoid.,
a Uhi adductis instruments et strucluris lignorum et lapidum et ex