‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 101 sur 126 · oy< / ur toul ccswj < ••■ ■ ' ' I · texte numérisé non relu

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* Mus ralh s (Linn.), - 1 1 ire li (longeui Cuv.).

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l'une d'entre elles venait à manquer, le vide en ce genre serait à peine sensible; c'est ce grand nombre d'espèces voisines qui a donné l'idée des genres aux naturalistes; idée que l'on ne peut employer qu'en ce sens, lorsqu'on ne voit les objets qu'en gros, mais qui s'évanouit dès qu'on l'applique à la réalité, et qu'on vient à considérer la nature en détail.

Les hommes ont commencé par donner différents noms aux choses qui leur ont paru distinctement différentes, et en même temps ils ont fait des dénominations générales pour tout ce qui leur paraissait à peu près semblable. Chez les peuples grossiers et dans toutes les langues naissantes il n'y a presque que des noms généraux , c'est-à-dire des expressions vagues et informes de choses du même ordre, et cependant très-différentes entre elles; un chêne, un hêtre, un tilleul, un sapin, un if, un pin, n'auront d'abord eu d'autre nom que celui d'arbre; ensuite le chêne, le hêtre, le tilleul se seront tous trois appelés chêne, lorsqu'on les aura distingués du sapin, du pin, de l'if, qui tous trois se seront appelés sapin. Les noms particuliers ne sont venus qu'à la suite de la comparaison et de l'examen détaillé qu'on a fait de chaque espèce de choses : on a augmenté le nombre île ces noms à mesure qu'on a plus étudié et mieux connu la nature; plus on l'examinera, plus on la comparera, plus il y aura de noms propres et de dénominations particulières. Lorsqu'on nous la présente donc aujourd'hui par des dénominations générales, c'est-à-dire par des genres, c'est mous renvoyer à l'A B G de toute connaissance, et rappeler les ténèbres de l'enfance des hommes : l'ignorance a fait les genres, la science a fait et fera les noms propres , et nous ne craindrons pas d'augmenter le nombre des dénominations particulières, toutes les fois que nous voudrons désigner des espèces différentes '.

L'on a compris et confondu, sous ce nom générique de rat, plusieurs espèces de petits animaux; nous ne donnerons ce nom qu'au rat commun qui est noirâtre et qui habite dans les maisons; chacune des autres espèces aura sa dénomination particulière parce que, ne se mêlant point ensemble, chacune est différente de toutes les autres. Le rat est assez connu par l'incommodité qu'il nous cause; il habite ordinairement les greniers où l'on entasse le grain , où l'on serre les fruits , et de là descend et se répand dans la maison. Il est carnassier, et même omnivore; il semble seulement préférer les choses dures aux plus tendres; il ronge la laine, les étoffes, les meubles, perce le bois, fait des trous dans les murs, se loge dans l'épaisseur des planchers, dans les vides de la charpente ou de la boiserie; il en sort pour chercher sa subsistance, et souvent il y transporte tout ce

1. 11 faut une dénomination particulière pour chaque espèce distincte; et il faut réunir on rjaves déterminés t- utes les espèces vo'sines. (Voyez, touchant les préventions de Buffon contre l,i méthode, la note de la page G du I" vol'-np. — Voyez en outre, sur le mot (/enre , la note •de la page 20 i de ce volume-ci.)

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qu'il peut traîner; il y fait même quelquefois magasin, surtout lorsqu'il a des petits. Il produit plusieurs fuis par an, presque toujours en été; les p >rtées ordinaires sont de cinq ou six. Il cherche les lieux chauds et se niche en hiver auprès des cheminées ou dans le foin, dans la paille. Malgré les chats, le poison, les pièges, les appâts, ces animaux pullulent si fort qu'ils causent souvent de grands dommages; c'est surtout dans les vieilles maisons à la campagne, où l'on garde du blé dans les greniers, et où le voisinage des granges et des magasins à foin facilite leur retraite et leur multiplication, qu'ils sont en si grand nombre qu'on serait obligé de démeubler, de déserter, s'ils ne se détruisaient eux-mêmes; mais nous avons vu par expérience qu'ils se tuent, qu'ils se mangent entre eux pour peu que la faim les presse; en sorte que, quand il y a disette à cause du trop grand nombre, les plus forts se jettent sur les plus faibles, leur ouvrent la télé et mangent d'abord la cervelle, et ensuite le reste du cadavre; le lendemain la guerre recommence, et dure ainsi jusqu'à la destruction du plus grand nombre; c'est par celte raison qu'il arrive ordinairement, qu'après avoir été infesté de ces animaux pendant un temps, ils semblent souvent disparaître tout à coup cl quelquefois pour longtemps. 11 en est dj même des mulots, dont la pullulation prodigieuse n'est arrêtée que par les cruautés qu'ils exercent entre eux dès que les vivres commencent à leur manquer. Arislole a attribué culte destruction subite à l'effet des pluies; mais les rats n'y sont point exposés, et les mulots savent s'en garantir ; car les Irons qu'ils habitent sous terre ne sont pas même humides.

Les rats sont aussi lascifs que voraces; ils glapissent dans leurs amours et crient quand ils se battent; ils préparent \\\\ lit à leurs petits et leur apportent bientôt à manger; lorsqu'ils commencent à sortir de leur trou, la mère les veille, les défend, et se bat même contre les chats pour les sauver. Un gros rat est plus méchant et presque aussi fort qu'un jeune chat; il a I, dente de devant longues et fortes; le chat mord mal, et comme il ne se guère que (le ses griffes, il faut qu'il soit non-seulement vigoureux, mai- aguerri. La belette, quoique plus petite, est un ennemi plus dangei. .. et que le rat redoute parce qu'elle le suit dans son trou : le combat dure quelquefois longtemps; la force est au moins égale, mais l'emploi irme e i différent : le rat ne peut blesser qu'à plusieurs reprises et par les dents de devant, lesquelles sont plutôt faites pour ronger que pour mordre, et qui ('tant posées à L'extrémité du levier de; la mâchoire ont I eu de force; tandis qui' la belette mord de toute la mâchoire avec achar eut, et qu'au lieu de démordre, elle suce le sang de l'endroit entamé , ans i h' rai succombe ! il toujours.

On trouve de, variétés dans celle espèce comme dan- toutes celles

qui onl tri -nombreuses en individus; outre les rats ordinaires , qui

noirâtres, il yen a de bruns, de presque noirs, d'autres d'un gris

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plus blanc ou plus roux, et d'autres tout à fait blancs : ces rats blancs ont les yeux rouges comme le lapin blanc, la souris blanche, et comme tous les autres animaux qui sont tout à fait blancs. L'espèce entière, avec ses variétés, paraît être naturelle aux climats tempérés de notre continent, et s'est beaucoup plus répandue dans les pays chauds que dans les pays froids. Il n'y en avait point en Amérique a, et ceux qui y sont aujourd'hui, et en très-grand nombre, y ont débarqué avec les Européens; ils multiplièrent d'abord si prodigieusement, qu'ils ont été pendant longtemps le fléau des colonies, où ils n'avaient guère d'autres ennemis que les grosses couleuvres qui les avalent tout vivants : les navires les ont aussi portés aux Indes orientales et dans toutes les îles l de l'archipel indien : il s'en trouve aussi beaucoup en Afrique c. Dans le Nord, au contraire, ils ne se sont guère multipliés au delà de la Suède, et ce qu'on appelle des rats en Norwége ', en Laponie, etc., sont des animaux différents de nos rats.

La souris, beaucoup plus petite que le rat, est aussi plus nombreuse, plus commune et plus généralement répandue; elle a le même instinct, le même tempérament, le même naturel, et n'en diffère guère que par la faiblesse et parles habitudes qui l'accompagnent ; timide par nature, familière par nécessité, la peur ou le besoin font tousses mouvements; elle ne sort de son trou que pour chercher à vivre; elle ne s'en écarte guère, y rentre à la première alerte , ne va pas , comme le rat, de maisons en maisons à moins qu'elle n'y soit forcée, fait aussi beaucoup moins de dégât, a les mœurs plus douces et s'apprivoise jusqu'à un certain point, mais sans s'attacher : comment aimer en effet ceux qui nous dressent des embûches? Plus faibje, elle a plus d'ennemis auxquels elle ne peut échapper, ou plutôt se soustraire que par son agilité, sa petitesse même. Les chouettes, tous les oiseaux de nuit, les chats, les fouines, les belettes, les rats même lui font la guerre; on l'attire, on la leurre aisément par des appâts, on la détruit à milliers; elle ne subsiste enfin que par son immense fécondité.

a. Voyez la Description des Antilles, par le P. du Tertre. Paris , 16G7, t. II, p. 303; l'Histoire naturelle des iles Antilles. Rotterdam, 1G5S, p. 2G1 ; Nouveaux voyages aux iles de l'Amérique. Paris , 17-22 , t. III, p. 1G0 ; Voyage de Dampier. Rouen, 1715, t. IV, p. 225.

b. Voyez les Lettres édifiantes , Recueil XVIII, p. 161.

c. Voyez le Voyage de Guinée, par Bosman. Utrecbt, '<705, p. 241. Voyez aussi l'Histoire général: des Voyages, par M. l'abbé Prévost, t. IV, p. 23S.

i. Le lemming (Mus lemmus. Linn.), si singulier par ses migrations. * Mus musculus ( Liun. ). — Ordre des Rongeurs ; genre Rat [Car. ).

J'en ai vu qui avaient mis bas dans des souricières; elles produisent dans toutes les saisons, et plusieurs fois par an; les portées ordinaires sont de cinq ou six petits; en moins de quinze jours ils prennent assez de force et de croissance pour se disperser et aller chercher à vivre : ainsi la durée de la vie de ces petits animaux est fort courte , puisque leur accroissement est si prompt; et cela augmente encore l'idée qu'on doil avoir de leur prodigieuse multiplication. Aristote * dit, qu'ayant mis une souris pleine dans un vase à serrer du grain, il s'y trouva peu de temps après cent vingt souris toutes issues de la même mère.

Ces petits animaux ne sont point laids, ils ont l'air vif et même assez fin ; l'espèce d'horreur qu'on a pour eux n'est fondée que sur les petites surprises et sur l'incommodité qu'ils causent. Toutes les souris sont blanchâtres -dus le ventre, et il y en a do blanches sur tout le corps; il y en a aussi de plus ou moins brunes et de plus ou moins noires. L'espèce est généralement répandue en Europe, en Asie, en Afrique; mais on prétend qu'il n'y en avait point en Amérique, et que celles qui y sont actuellement en grand nombre viennent originairement de notre continent : ce qu'il y a devrai, c'est qu'il paraît que ce petit animal suit l'homme et fuit les pays inhabités, par l'appétit naturel qu'il a pour le pain, le fromage, le lard, l'huile, le beurre et les autres aliments que l'homme prépare pour lui-même.

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