‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 103 sur 126 · LE MULOT · texte numérisé non relu

LE MULOT

espaces : l'une qu'ils ont appelée le grand rat des champs a, et l'autre le mulot b; Ray, qui le premier est tombé dans cette erreur en les indiquant sous deux: dénominations, semble avouer qu'il n'en connaît c qu'une espèce. Et quoique les courtes descriptions qu'il donne de l'une et de l'autre espèce paraissent différer, on ne doit pas en conclure qu'elles existent toutes deux : 1° parce qu'il n'en connaissait lui-même qu'une; 2° parce que nous n'en connaissons qu'une, et que, quelques recherches que nous ayons faites, nous n'en avons trouvé qu'une ; 3° parce que Gessner et les autres anciens naturalistes ne parlent que d'une sous le nom de mus agrestis major, qu'ils disent être très-commune, et que Ray dit aussi que l'autre, qu'il donne sous le nom de mus domesticus médius, est très-commune : ainsi il serait impossible que les uns ou les autres de ces auteurs ne les eussent pas vues toutes deux, puisque de leur aveu toutes deux sont si communes; 4° parce que, dans cette seule et même espèce, comme il s'en trouve de plus grands et de plus petits, il est probable qu'on a été induit en erreur et qu'on a fait une espèce des plus grands et une autre espèce des plus petits; 5° enfin, parce que les descriptions de ces deux prétendues espèces n'étant nulle part ni exactes ni complètes, on ne doit pas tabler sur les caractères vagues et sur les différences qu'elles indiquent.

Les anciens, à la vérité, font mention de deux espèces, l'une sous la dénomination de mus agrestis major, et l'autre sous celle de mus agrestis minor; ces deux espèces sont fort communes, et nous les connaissons comme les anciens : la première est notre mulot; mais la seconde n'est pas le mus domesticus médius de Ray, c'est un autre animal qui est connu sous le nom de mulot à courte queue, ou de petit rat des champs l; et comme il est fort différent du rat ou du mulot, nous n'adoptons pas le nom générique de petit rat des champs, ni celui de muht à courte queue, parce qu'il n'est ni rat ni mulot, et nous lui donnerons un nom particulier d. Il en est

a. Mus agrestis major, macrouros Gessneri. Ray, Synops. animal, quadrup. , p. 219.

Le grand rat dis champs. Mus caudd longissimâ fuscus , ad latera rufus .... Mus camprstris major. Brisson, Regn. animal. , p. 171.

b. Mus domesticus médius. Ray, Synops. animal, quadrup. , p. 2J8.

Le mulot. Mus caudd longâ, supra fusco flavescens , infra ex albo cincrascens Brisson, Regn. animal , p. 274.

c. De hac specie mihi non undequaque satisfaclum est. Ray, Synops. quadrup. , p. 219.

d. Je l'appelle Campagnol, de son nom en italien Campagnoli 2.

1. Il y a deux espèces de mulots : le mulot proprement dit (le mulot de Buffon , mus sylvaticus de Gmelin, mus domesticus médius de Ray), et le mulot nain de Fréd. Cuvier (mus campestris de Desmarest.) Ces deux mulots diffèrent par la taille et les proportions : dans le premier, la queue est plus courte que le corps, elle est plus longue que le corps dans le second, etc.

2. Le campagnol diffère du mulot surtout par sa queue, qui est très-courte et toute \elne. Il en diffère aussi par ses dents molaires, qui offrent des lignes d'émail transversales, au lieu de tubercules mousses, etc. (Voyez, plus loin, l'histoire du campagnol.)

f!0 LE MULOT.

rie même d'une espèce nouvelle1 qui s'est répandue depuis quelques années, el qui s'est beaucoup multipliée autour de Versailles et dans quelques provinces voisines de Paris, qu'on appelle rots des bois, rots sauvages, gros rots des champs, qui sont très-voraces , très-méchants, tirs-nuisibles, et beaucoup plus grands que nos rats; nous lui donnerons aussi un nom particulier, parce qu'elle diffère de toutes les autres, et que, pour éviter toute confusion, il faut donner à chaque espèce un nom. Comme le mulot et le mulot à courte queue, que nous appellerons campagnol, sont tous deux très-communs dans les champs et dans les bois, les gens de la campagne les ont désignés par la différence qui les a le plus frappés : nos paysans, en Bourgogne, appellent le mulot la ratte à la grande queue, et le campagnol la ratte couette; dans d'autres provinces on appelle le mulot le rat sauterelle, parce qu'il va toujours par saul?; ailleurs on l'appelle souris de terre lorsqu'il est petit, et mulot lorsqu'il est grand; ainsi on se souviendra que la souris de terre, le rat sauterelle, la rai te à la grande queue, le grand rat des champs, le rat domestique moyen, ne sont crue des dénominations différents de l'animal que nous appelons mulot.

Il habite, comme je l'ai dit, les terres sèches et élevées; on le trouve en grande quantité dans les bois et dans les champs qui en sont voisins. 11 se retire dans des trous qu'il trouve tout faits, ou qu'il se pratique sous des buissons et des troncs d'arbres; il y amasse une quantité prodigieuse de gland, de noisettes ou de faîne; on en trouve quelquefois jusqu'à un boisseau dans un seul trou, et celte provision, au lieu d'être proportionnée à ses besoins, ne l'est qu'à la capacité du lieu; ces trous sont ordinairement de plus d'un pied sous terre, et souvent partagés en deux loges, l'une où il habite avec ses petits, et l'autre où il fait son magasin. J'ai souvent éprouvé le dommage très-considérable que ces animaux causent aux plantations; ils emportent les glands nouvellement semés, ils suivent le sillon tracé par la charrue, déterrent chaque gland l'un après l'autre et n'en laissent pas un : cela arrive surtout dans les années où le gland n'est pas fort abondant; comme ils n'en trouvent pas assez dans les bois, ils viennent le chercher dans les terres semées, ne le mangent pas sur le lieu, mais l'emportent dans leur trou, où ils reniassent et le laissent souvent sécher et pourrir. Eux seuls font plus de tort à un semis do bois que tous les oiseaux el ions les autres animaux ensemble : je n'ai trouvé d'autre moyen pour éviter ce ;rand dommage que do tondre (\c< pièces de dix pas on dix pas dans toute l'étendue de la terre semée; il ne faut qu'une noix grillée pour appel son-' une pierre plate soutenue par une liùcliotlo; ils viennent pour manger la

« qu'ils préfèrent au gland; comme elle est attachée à la bûchette, dès qu'il v touchenl la pierre leur tombe sur le corps el les étouffe ou les

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