Poa abyssinica : espèce de graminée
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ils en font aussi une espèce de bière en la laissant fermenter dans l'eau , et cette liqueur a un goût aigrelet qui a pu la faire confondre avec la boisson faite de tamarins. Mi sujet de la langue des Abyssins, que j'ai dit (page 179) n'avoir aucune règle, M. Bruce observe qu'il y a à la vérité plusieurs langues en Abyssinie, mais que toutes ces langues sont à peu près assujetties aux mêmes règles que les autres langues orientales : la manière d'écrire des Abyssins est plus lente que celle des Arabes, ils écrivent néanmoins presque aussi vite que nous. Au sujet de leurs habillements et de leur manière de se saluer, M. Bruce assure que les Jésuites ont fait des contes dans <eurs Lettres édifiantes, et qu'il n'y a rien de vrai de tout ce qu'ils disent sur cela : les Abyssins se saluent sans cérémonie, ils ne portent point d'écharpes, mais des vêtements fort amples, dont j'ai vu les dessins dans les portefeuilles de M. Bruce. Sur ce que j'ai dit des Acridophages ou mangeurs de sauterelles (page 179), M. Bruce observe qu'on mange des sauterelles, non-seulement dans les déserts voisins de l' Abyssinie, mais aussi dans la Libye intérieure, près le Palus-Tritonides , et dans quelques endroits du royaume de Maroc. Ces peuples font frire ou rôtir les sauterelles avec du beurre; ils les écrasent ensuite pour les mêler avec du lait et en faire des gâteaux. M. Bruce dit avoir souvent mangé de ces gâteaux sans en avoir été incommodé. J'ai dit (page 180) que vraisemblablement les Arabes ont autrefois envahi l'Ethiopie ou Abyssinie, et qu'ils en ont chassé les naturels du pays. Sur cela M. Bruce observe que les historiens Abyssins qu'il a lus assurent q :e de tout temps, ou du moins trèsanciennement , l'Arabie Heureuse appartenait au contraire à l'empire d' Abyssinie; et cela s'est en effet trouvé vrai à l'avènement de Mahomet. Les Arabes ont aussi des époques ou dates fort anciennes de l'invasion des Abyssins en Arabie, et de la conquête de leur propre pays. Mais il est vrai qu'après Mahomet les Arabes se sont répandus dans les contrées basses de l' Abyssinie, les ont envahies et se sont étendus le long des côtes de la mer jusqu'à Mélinde, sans avoir jamais pénétré clans les terres élevées de l'Ethiopie ou Haute- Abyssinie : ces deux noms n'exprimenl que la même région, connue des anciens sous le nom d'Ethiopie, et des modernes sous celui d' Abyssinie.
(Page 195.) J'ai fait une erreur en disant que les Abyssins et les peuples de Mélinde ont la même religion; car les Abyssins sont chrétiens , et les habitants de Mélinde sont mahométans , comme les Arabes qui les ont subjugués ; cette différence de religion semble indiquer que les Arahes ne se sont jamais établis à demeure dans la Ilaute- Ahyssinie.
Au sujet des llottentots et de cette excroissance de peau que les voyageurs ont appelée le tablier des Hottentotes, et que Thévenot dit se trouver aussi chez les Égyptiennes, M. Bruce assure, avec toute raison, que ce fait n'est pas vrai pour les Égyptiennes, et très-douteux pour les Hottentotes Voici ce qu'en rapporte M. le vicomte deQuerhoënl dans le journal de son voyage , qu'il a eu la honte de nie communiquer '; « Il est faux que les femmes hottentotes aient un tablier naturel qui recouvre les g parties de leur sexe; tous les habitants du cap de Bonne-Espérance assurent le con- . traire, et je l'ai ouï dire au lord Gordon , qui était allé passer quelque temps chez « ces peuples pour en être certain; mais il m'a assure en même temps que toutes les • femmes qu'il avait vues avaient deux protubérances charnues qui sortaient d'entre
les grandes lèvres au-dessus du clitoris, et tombaient d'environ deux ou trois travers de doigt ; qu'au premier coup «l'ouil ces deux excroissances ne paraissaient point séparées Il m'a dit aussi que quelquefois ces femmes s'entouraient le ventre de quelque membrane d'animal , et que c'est ce qui aura pu donner lieu à l'histoire du tablier
Remai s d'histoire naturelle, laites a. bord du vaisseau du Roi la Pïcfofrs, pendant '.es
années nvii et 1774 , par M. le vicomte de Querhuent, enseigne de vaisseau.
« Il est fort difficile de faire cette vérification , elles sont naturellement très-modestes, « il tant les enivrer pour en venir à bout. Ce peuple n'est pas si excessivement laid que « la plupart des voyageurs veulent le faire accroire; j'ai trouvé qu'il avait les traits plus « approchants des Européens que les Nègres d'Afrique. Tous les Hottentots que j'ai vus « étaient d'une taille très-médiocre; ils sont peu courageux, aiment avec excès les <• liqueurs fortes et paraissent fort flegmatiques. Uu Hottentot et sa femme passaie ni « dans une rue l'un auprès de l'autre, et causaient sans paraître émus ; tout d'un coup « je vis le mari donner à sa femme un soufflet si fort qu'il retendit par terre; il parut « d'un aussi grand sang-froid après cette action qu'auparavant; il continua sa route « sans faire seulement attention à sa femme qui, revenue un instant après de son étour « dissement, hâta le pas pour rejoindre son mari. » Par une lettre que M. de Querhoënt m'a écrite le 15 février 1775, il ajoute : « J'eusse désiré vérifier par moi-même si le tablier des Hottentotes existe, mais c'est « une chose très-difficile, premièrement par la répugnance qu'elles ont de se laisser « voir à des étrangers , et en second lieu par la grande distance qu'il y a entre leurs « habitations et la ville du Gap dont les Hottentots s'éloignent même de plus en plus ; « tout ce que je puis vous dire à ce sujet , c'est que les Hollandais du Cap qui m'en ont « parlé croient le contraire, et M. Bergh , homme instruit , m'a assuré qu'il avait eu la « curiosité de le vérifier par lui-même. »
Ce témoignage de M. Bergh et celui de M. Gordon me paraissent suffire pour faire tomber ce prétendu tablier, qui m'a toujours paru contre tout ordre de nature. Le fait , quoique affirmé par plusieurs voyageurs, n'a peut-être d'autre fondement que le ventre pendant de quelques femmes malades ou mal soignées après leurs couches. Mais à l'égard des protubérances entre les lèvres , lesquelles proviennent du trop grand accroissement des nymphes , c'est un défaut connu et commun au plus grand nombre des femmes africaines. Ainsi l'on doit ajouter foi à ce que M. de Querhoënt en dit ici d'après M. Gordon, d'autant qu'on peut joindre à leurs témoignages celui du capitaine Cook. Les Hottentotes (dit-il) n'ont pas ce tablier de chair dont on a souvent parlé : un médecin du Cap , qui a guéri plusieurs de ces femmes de maladies vénériennes , assure qu'il a seulement vu deux appendices de chair ou plutôt de peau , tenant à la partie supérieure des lèvres, et qui ressemblaient en quelque sorte aux tettes d'une vache , excepté qu'elles étaient plates; il ajoute qu'elles pendaient devant les parties naturelles et qu'elles étaient de différentes longueurs dans ditférentes femmes; que quelques-unes n'en avaient que d'un demi-pouce, et d'autres de trois à quatre pouces de long ' « .
Sur la couleur des Nègres.
Tout ce que j'ai dit sur la cause de la couleur des Nègres me paraît de la plus grande vérité : c'est la chaleur exce-sive dans quelques contrées du globe qui donne cette couleur, ou pour mieux dire cette teinture aux hommes, et cette teinture pénètre à l'intérieur, car le sang des Nègres est plus noir que celui des hommes blancs. Or cette chalour excessive ne se trouve dans aucune contrée montagneuse, ni dans aucune terre tort élevée sur le globe , et c'est par cette raison que sous l'équateur même les habitants du Pérou et ceux de l'intérieur de l'Afrique ne sont pas noirs. De même cette chaleur excessive ne se trouve poiut sous l'équateur, sur les côtes ou terres basses voisines de la mer du côté de l'orient, parce que ces terres basses sont continuellement rafraîchies
a. Voyage du capitaine Cook , chap. xn , p. 323 et suiv. 1 . Voyez la note de la page 190.
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par le vent d'est qui passe sur de grandes mers avant d'y arriver; et c'est par cette raison que les peuples de la Guyane , les Brésiliens , etc. , en Amérique, ainsi que les peuples de Mélinde et des autres côtes orientales de l'Afrique , non plus que les habitants des îles méridionales de l'Asie, ne sont pas noirs. Cette chaleur excessive ne se trouve donc que sur les côtes et terres basses occidentales de l'Afrique, où le vent d'est qui règne continuellement, ayant à traverser une immense étendue de terre, ne peut que -'échauffer en passant, et augmenter par conséquent de plusieurs degrés la temperature naturelle de ces contrées occidentales de l'Afrique. C'est par cette raison , c'està-dire par cet excès de chaleur provenant des deux circonstances combinées de la dépression des terres et de l'action du vent chaud , que sur cette côte occidentale de l'Afrique on trouve les hommes les plus noirs. Les deux mêmes circonstances produisent à peu près le même effet en Nubie et dans les terres de la Nouvelle -Guinée, parce que dans ces deux contrées basses le vent d'est n'arrive qu'après avoir traversé une vaste étendue de terre. Au contraire , lorsque ce même vent arrive après avoir traversé de grandes mers , sur lesquelles il prend de la fraîcheur, la chaleur seule de la zone torride, non plus que celle qui provient de la dépression du terrain, ne suffisent pas pour produire des nègres , et c'est la vraie raison pourquoi il ne s'en trouve que dans ces trois régions sur le globe entier, savoir: 1° le Sénégal, la Guinée et les autres côtes occidentales de l'Afrique ; 2° la Nubie ou Nigritie ; 3° la terre des Papous ou Nouvelle - Guinée; ainsi le domaine des Nègres n'est pas aussi vaste, ni leur nombre à beaucoup près aussi grand qu'on pourrait l'imaginer, et je ne sais sur quel fondement M. P. prétend que le nombre des Nègres est à celui des Blancs comme un est à vingt-trois « ; il ne peut avoir sur cela que des aperçus bien vagues, car, autant que je puis en juger, l'espèce entière des vrais nègres est beaucoup moins nombreuse; je ne crois pas même qu'elle fasse la centième partie du genre humain , puisque nous sommes maintenant informés que l'intérieur de l'Afrique est peuplé d'hommes blancs.
M. P. prononce affirmativement sur un grand nombre de choses sans citer ses garants; cela serait pourtant à désirer, surtout pour les faits importants.
« Il faut absolument , dit-il , quatre générations mêlées pour faire disparaître entière- « ment la couleur des Nègres, et voici l'ordre que la nature observe dans les quatre « générations mêlées :
« 1° D'un nègre et d'une femme blanche naît le mulâtre à demi noir, à demi blanc, « à longs cheveux;
« 2° Du mulâtre et de la femme blanche provient le quarteron basané, à cheveux « longs;
« 3° Du quarteron et d'une femme blanche sort l'octavon , moins basané que le « quarteron ;
« 4" De l'octavon et d'une femme blanche vient un enfant parfaitement blanc.
« Il faut quatre filiations en sens inverse pour noircir les blancs.
« 1° D'un blanc et d'une négresse sort le mulâtre à longs cheveux ;
« 2" Du mulâtre et de la négresse vient le quarteron , qui a trois quarts de noir et « un quart de blanc;
« 8° Du quarteron et d'une négresse provient l'octavon , qui a sept huitièmes de « noir et un huitième de blanc;
« 4° De cet octavon et de la négresse vient enfin le vrai nègre, à cheveux enlor- - tlllés <-.
a, Rêchtrchet tw Ut Américain!, i. i, p. 215.
b. l&m . ibid. , I. 1, l». 217.
Je ne veux pas contredire ces assertions de M. P. ' , je voudrais seulement qu'il nous eût appris d'où il a tiré ces observations, d'autant que je n'ai pu m'en procurer d'aussi précises , quelques recherches que j'aie faites. On trouve dans \" Histoire de V Académie des Sciences , année 1724, page 17, l'observation ou plutôt la notice suivante :
« Tout le monde sait que les enfants d'un blanc et d'une noire ou d'un noir et d'une « blanche, ce qui est égal , sont d'une couleur jaune, et qu'ils ont des cheveux noirs, • courts et frisés; on les appelle mulâtres. Les enfants d'uu mulâtre et d'une noire ou
d'un noir ou d'une mulâtresse, qu'on appelle grij/es , sont d'un jaune plus noir et « ont les cheveux noirs , de sorte qu'il semble qu'une nation originairement formée de « noirs et de mulâtres retournerait au noir parfait. Les enfants des mulâtres et des « mulâtresses, qu'on nomme casques, sont d'un jaune plus clair que les griffes, et •> apparemment une nation qui en serait originairement formée retournerait au blanc. »
II paraît par cette notice, donnée à l'Académie par M. de Ilauterive , que non seulement tous les mulâtres ont des cheveux et non de la laine, mais que les griffes, nés d'un père nègre et d'une mulâtresse, ont aussi des cheveux et point de laine , ce dont je doute; il est fâcheux que l'on n'ait pas sur ce sujet important un certain nombre d'observations bien faites.
Sur les Nains de Madagascar.
Les habitants des côtes orientales de l'Afrique et de l'île de Madagascar, quoique plus ou moins noirs, ne sont pas nègres, et il y a dans les parties montagneuses de cette grande île, comme dans l'intérieur de l'Afrique, des hommes blancs. On a même nouvellement débité qu'il se trouvait, dans le centre de l'île dont les terres sont les plus élevées, un peuple de na:ns blancs; M. Meunier, médecin, qui a fait quelque séjour dans cette ile, m'a rapporté ce fait, et j'ai trouvé, dans les papiers de feu M. Commerson, la relation suivante :
« Les amateurs du merveilleux, qui nous auront sans doute su mauvais gré d'avoir « réduit à six pieds de bout la taille prétendue gigantesque des Patagons, accepteront <• peut-être en dédommagem ut une race de pygmées qui donne daus l'excès opposé; « je veux parler de ces demi-hommes qui habitent les hautes montagnes de l'intérieur « dans la grande île de Madagascar, et qui y forment un corps de nation considérable « appelée Quimos ou Kimos en langue Madécasse. Otez-leur la parole ou donnez-la « aux singes grands et petits, ce serait le passage insensible de l'espèce humaine à la » gent quadrupède. Le caractère naturel et distinctif de ces petits hommes est d'être « blancs ou du moins plus pâles en couleur que tous les noirs connus; d'avoir les bras « très-allongés, de façon que la main atteint au-dessous du genou sans plier le corps, et « pour les femmes de marquer à peine leur sexe par les mamelles, excepté dans le temps « qu'elles nourrissent; encore veut-on assurer que la plupart sont forcées de recourir « au lait de vache pour nourrir leurs nouveaux nés. Quant aux facultés intellectuelles, « ces Quimos le disputent aux autres Malgaches (c'est ainsi qu'on appelle en général tous « les naturels de Madagascar) que l'on sait être fort spirituels et fort adroits , quoique « livrés à la plus grande paresse. Mais on assure que les Quimos , beaucoup plus actifs, « sont aussi plus belliqueux ; de façon que leur courage étant , si je puis m'expriimr
1, Pauw n'était qu'un compilateur, et n'est point une autorité : il devait , comme dit Buffon , citer ses garants. Cependant je crois que ce qu'il dit ici est fondé. Mes expériences sur le croisement de diverses espèces (expériences que je poursuis depuis plusieurs années) m'ont appris, m effet , qu'il faut quatre générations pour faire passer une espèce dans l'autre : l'espèce du S/iien, par exemple . dans celle du chacal ou du loup , et réciproquement.
« ainsi, en raison double de leur taille, ils n'ont jamais pu être opprimés par leurs
« voisins qui ont souvent inaille à partir avec eux. Quoique attaqués avec des forées et « des armes inégales (car ils n'ont pas l'usage de la poudre et des fusils comme leurs « ennemis), ils se sont toujours battus courageusement et maintenus libres dans leurs « roebers, leur difficile accès contribuant sans doute beaucoup à leur conservation , « ils y vivent de riz, de différents fruits, légumes et racines, et y élèvent un grand « nombre de bestiaux (bœufs à bosse et moutons à grosse queue), dout ils empruntent « aussi en partie leur subsistance. Ils ne communiquent avec les différentes castes ■• Malgacbes dont ils sont environnés ni par commerce, ni par alliances, ni de quel- « que autre manière que ce soit, tirant tous leurs besoins du sol qu'ils possèdent. « Comme l'objet de toutes les petites guerres, qui se font entre eux et les autres babitants « de cette île , est de s'enlever réciproquement quelque bétail ou quelques esclaves , « la petitesse de nos Quimos, les mettant presque à l'abri de cette dernière injure, ils « savent par amour de la paix se résoudre à souffrir la première jusqu'à un certain « point; c'est-à-dire que, quand ils voient du haut de leurs montagnes quelque for- •• midable appareil de guerre qui s'avance dans la plaine , ils prennent d'eux-mêmes le « parti d*attacber à l'entrée des défilés, par où il faudrait passer pour aller à eux, « quelque superflu de leurs troupeaux , dont ils font , disent-ils , volontairement le « sacrifice à l'indigence de leurs frères aînés: mais avec protestation en même temps « de se battre à tou e outrance, si l'on passe à main armée plus avant sur leur ter- « rain : preuve que ce n'est pas par sentiment de faiblesse, encore moins par làcbeté « qu'ils font précéder les présents ; leurs armes sont la zagaie et le trait, qu'ils lancent « on ne peut pas plus juste; on prétend que s'ils pouvaient, comme ils eu ont grande « envie, s'aboueber avec les Européens et en tirer des fusils et des munitions de guerre, <• ils passeraient volontiers de la défensive à l'offensive contre leurs voisins, qui seraient « peut-être alors trop beureux de pouvoir entretenir la paix.
« A trois ou quatre journées du fort Dauphin (qui est presque dans l'extrémité du « sud de Madagascar), les gens du pays montrent avec beaucoup de complaisance une « suite de petits mondrains ou tertres de terre élevés en forme de tombeaux qu'ils assu- « rent devoir leur origine à un grand massacre de Quimos défaits en plein champ par « leurs ancêtres, ce qui semblerait prouver que nos braves petits guerriers ne se sont pas « toujours tenus cois et rencoignés dans leurs liantes montagnes, qu'ils ont peut-être « aspiré à la conquête du plat-pays, et que ce n'est qu'après cette défaite calamiteuse « qu'ils ont été obligés de regagner leurs Apres demeures. Quoi qu'il en soit, celte tradi- « lion constante dans ces cantons, ainsi qu'une notion généralement répandue par tout •• Madagascar, de l'existence encore actuelle des Quimos, ne permettent pas de douter ' qu'une partie au moins de ce qu'on en raconte ne soit véritable. Il est étonnant que « iout ce qu'on sait de cette nation ne soit que recueilli des témoignages de celles qui « les avoisinent , qu'on n'ait encore aucunes observations faites sur les lieux, et que, « soit les gouverneurs des îles de Fiance et de Bourbon , soit les commandants parti-
• culiers des différents postes que nous avons tenus sur les côtes de Madagascar, n'aient « pas entrepris de faire pénétrer à l'intérieur des terres dans le dessein de joindre cette « découverte à tant d'autres qu'on aurait pu faire en même temps. I. a chose a été tentée « dernièrement , mais sans succès : l'homme qu'on y envoyait, manquant de résolution,
■ abandonna à la seconde journée son monde cl ses bagages, et n'a laissé, lorsqu'il a
• fallu réclamer ces derniers, que le germe d'une guerre où il a péri quelques blancs et
■ un grand nombre de noirs; la mésintelligence qui, depuis lors, a succède à la con-
• fiance qui régnait précédemment entre les deux nations, pourrait bien pour la troi«
a sieine lois devenir funeste h celle poignée de français qu'on a laissés au forl Dauphin,
• en retirant <-<[i\ qui y étaient anciennement. Je dis pour la troisième fois, pane qu'il
« y a déjà eu deux Saint- Bar thélemi complètement exercées sur nos garnisons dans <• cette île, sans compter celle des Portugais et des Hollandais qui nous y avaient « précédés.
« Pour revenir à nos Quimos et en terminer la note, j'attesterai, comme témoin « oculaire, que dans le voyage que je viens de faire au fort Dauphin (sur la fin de 1770) « M. le comte de Modave , dernier gouverneur, qui m'avait déjà communiqué une partie « de ces observations, me procura enfin la satisfaction de me faire voir, parmi ses <• esclaves, une femme Quimose âgée d'environ trente ans , haute de trois pieds sept a « huit pouces , dont la couleur était en etfet de la nuance la plus éclaircie que j'aie vue « parmi les habitants de cette ile; je remarquai qu'elle était très-membrue dans sa petite « stature, ne ressemblant point aux petites personnes fluettes, mais plutôt à une femme « de proportions ordinaires dans le détail , mais seulement raccourcie dans sa hau-
« teur ; que les bras en étaient effectivement très-longs et atteignant, sans qu'elle
« se courbât, à la rotule du genou; que ses cheveux étaient courts et laineux, la phy- « sionomie assez bonne , se rapprochant plus de l'Européenne que de la Malgache , « qu'elle avait habituellement l'air riant , l'humeur douce et complaisante, et le bon « sens commun, à en juger par sa conduite , car elle ne savait pas parler français. <• Quant au fait des mamelles, il fut aussi vérifié, et il ne s'en trouva que le bouton, « comme dans une fille de dix ans , sans la moindre flaccidité de la peau qui pût faire « croire qu'elles fussent passées. Mais cette observation seule est bien loin de suffire « pour établir une exception à la loi commune de la nature : combien de filles et de « femmes européennes à la (leur de leur âge n'offrent que trop souvent cette défectueuse conformation... Enfin, peu avant notre départ de Madagascar, l'envie de « recouvrer sa liberté, autant que la crainte d'un embarquement prochain, portèrent la « petite esclave à s'enfuir dans les bois; on la ramena bien quelques jours après, mais « tout exténuée et presque morte de faim , parce que se défiant des noirs comme des « blancs , elle n'avait vécu pendant son marronnage que de mauvais fruits et de racines « crues; c'est vraisemblablement autant à cette cause qu'au chagrin d'avoir perdu de « vue les pointes des montagnes où elle était née, qu'il faut attribuer sa mort, arrivée « environ un mois après a Saint-Paul , île de Bourbon , où le navire qui nous ramenait <■ à l' ile de France a relâché pendant quelques jours. M., de Modave avait eu cette « Quimose en présent d'un chef malgache; elle avait passé par les mains de plusieurs
• maîtres, ayant été ravie fort jeune sur les confins de son pays.
« Tout considéré , je conclus (autant sur cet échantillon que sur les preuves acces- « soires) par croire assez fermement à cette nouvelle dégradation de l'espèce humaine,
« qui a son signalement caractéristique comme ses mœurs propres Et si quelqu'un,
« trop difficile à persuader, ne veut pas se rendre aux preuves alléguées (qu'on désire- « rait vraiment plus multipliées) , qu'il fasse du moins attention qu'il existe des Lapons
« à l'extrémité boréale de l'Europe que la diminution de notre taille à celle du
« Lapon est à peu près graduée comme celle du Lapon au Quimos que l'un et
« l'autre habitent les zones les plus froides , ou les montagnes les plus élevées de la
o terre que celles de Madagascar sont évidemment trois ou quatre fois plus exhaus-
<> sées que celles de l'île de France , c'est-à-dire d'environ seize à dix-huit cents toises
« au-dessus du niveau de la mer les végétaux qui croissent naturellement sur ces
« plus grandes hauteurs ne semblent être que des avortons, comme le pin et le bou- « leau nains et tant d'autres , qui de la classe des arbres passent à celle des plus hum- « blés arbustes , par la seule raison qu'ils sont devenus alpicoles , c'est-à-dire habitants
« des plus hautes montagnes qu'enfin ce serait le comble de la témérité que de
« vouloir, avant de connaître toutes les variétés de la nature, en fixer le terme, comme
• si elle ne pouvait pas s'être habituée dans quelques coins de la terre à faire sur toute
27s ADDITIONS
« une race ce quelle ne nous paraît avoir qu'ébauché , comme par écart , sur cer- « taii^ individus qu'on a vus parfois ne s'élever qu'à la taille des poupées ou des " marionnettes. »
Je me suis permis de donner ici cette relation en entier à cause de la nouveauté, (pioique je doute encore beaucoup de la vérité des faits allégués et de l'existence réelle d'un peuple de trois pieds et demi de taille1, cela est au moins exagéré; il en sera de < < s Quimos de trois pieds et demi , comme des Patagons de douze pieds; ils se sont réduits à sept ou huit pieds au plus, et les Quimos s'élèveront au moins à quatre pieds ou quatre pieds trois pouces ; si les montagnes où ils habitent ont seize ou dix-huit cents toises au-dessus du niveau de la mer, il doit y faire assez froid pour les blanchir et rapetisser leur taille à la même mesure que celle des Groënlandais ou des Lapons , et il serait assez singulier que la nature eût placé l'extrême du produit du froid sur l'espèce humaine dans des contrées voisines de l'équateur; car on prétend qu'il existe dans les montagnes du Tucuman une race de pygmées de trente et un pouces de hauteur, audessus du pays habité par les Patagons. On assure même que les Espagnols ont transporté en Europe quatre de ces petits hommes sur la fin de l'année 17.Vi <". Quelques voyageurs parlent aussi d'une autre race d'Américains blancs et sans aucun poil sur le corps , qui se trouve également dans les terri s voisines du Tucuman ; mais tous ces faits ont grand besoin d'être vérifiés.
\u reste . l'opinion ou le préjugé de l'existence des pygmées est extrêmement ancien : Homère , Hésiode et \ristote en l'ont également mention. M. l'abbé Banier a fait une savante dissertation sur ce sujet, qui se trouve dans la collection des Mémoires de [' académie des belles-lettres, tome V, page 101. Après avoir comparé tous les témoignages des anciens sur cette race de petits hommes, il est d'avis qu'ils formaient en effel un peuple dans les montagnes d'Ethiopie, et que ce peuple était le même que celui que les historiens et les géographes ont désigné depuis sous le nom de Péchiniens; il ais il pense avec raison que ces hommes, quoique de très-petite taille, avaient bien plus d'une (<u deux coudées de hauteur, et qu'ils étaient à peu près de la taille des Lapons. I.es Quimos des montagnes de Madagascar et les Péchiniens d'Ethiopie pour- ;it bien n'être que la même race qui s'est maintenue dans les plus hautes montagnes de celle partie du inonde.
Sur les Patagons.
Nous u'avons rien a ajouter a ce que nous avons écrit sur les autres peuples de
i sien continent ; el comme nous venons de parler des plus petits hommes , il faut
aussi faire mention des plus grands : ce sont certainement les Patagons1; mais comme il \ a encore beaucoup d'incertitudes sur leur grandeur et sur le pays qu'ils habitent, • crois faire plaisir au lecteur en lui mettant sous les yeux un extrait Adèle de tout ce qu'on en sait.
a H est bien singulier, «lit m. Commerson, qu'on ne veuille pas revenir de l'erreur
que les Patagons soient des géants, cl je ne puis assez m'elonner qui des gens que j'aurais pris à témoin du contraire, en leur supposant quelque amour pour la vérité,
a. \ oyez les notei ur la dernière édition di Lamotl -1 vaj r, t. IX, p. 83.
i. " i Indrant ii ont de pcupli pastcui et lâches. 11 naît quelquefois des nains
« parmi i tu La po ition di leui ; corn pond a 1 1 lie qu on a \ i nail an p tya de ci a pygmées
u lu fàmoi , donl on a parlé com d'uni aati le nains M. Fressange dit qu'il n'a \ u
■ qu'un seul nain madéca se, et il assure qu'ils n'ont jamais f té de race. »(PrichMdi
f/i i mit <ic i homme , t. U, p. 61
t. Voyea la aob I de lapa -• 109.
« osent, contre leur propre conscience, déposer vis-à-vis du public d'avoir vu au détroit « de Magellan ces titans prodigieux qui n'ont jamais existé que dans l'imagination
« échauffée des poètes et des marins Ed io anche : et moi aussi je les ai vus, ces
« Patagons! je me suis trouvé au milieu de plus d'une centaine d'eux (sur la fin de « 1769) avec M. de Bougainville et M. le prince de Nassau , que j'accompagnai dans « la descente qu'on fit à la baie Boucault ; je puis assurer, et ces messieurs sont trop « vrais pour ne le pas certifier de même , que les Patagons ne sont que d'une taille un « peu au-dessus de la nôtre ordinaire, c'est à-dire, communément de cinq pieds huit
< pouces à six pieds. J'en ai vu bien peu qui excédassent ce terme , mais aucun qui « passât six pieds quatre pouces. Il est vrai que dans cette hauteur ils ont presque la « corpulence de deux Européens , étant très-larges de carrure et ayant la tête et les " membres en proportion. Il y a encore bien loin de là au gigantisme, si je puis me servir de ce terme inusité , mais expressif. Outre ces Patagons avec lesquels nous restâmes environ deux heures à nous accabler mutuellement de marques d'amitié, nous en avons vu un bien plus grand nombre d'autres nous suivre au galop le long de leurs
<•■ cotes; ils étaient de même acabit que les premiers. Au surplus , il ne sera pas hors >• de propos d'observer, pour porter le dernier coup aux exagérations qu'on a débitées
sur ces sauvages , qu'ils vont errants comme les Scythes et sont presque sans cesse à « cheval. Or, leurs chevaux n'étant que de race espagnole, c'est-à-dire de vrais bidets, « comment est-ce qu'on prétend leur affourcher des géants sur le dos ? Déjà même « nos Patagons , quoique réduits à la simple toise , sont-ils obligés d'étendre les pieds « eu avant , ce qui ne les empêche pas d'aller toujours au galop , soit à la montée, soit « à la descente, leurs chevaux sans doute étant formés à cet exercice de longue main. « D'ailleurs l'espèce s'en est si fort multipliée dans les gras pâturages de l'Amérique « méridionale, qu'on ne cherche pas à les ménager.
M. de Bougainville, dans la curieuse relation de son grand voyage, confirme les faits que je viens de citer d'après M. Commerson.
« Il paraît attesté, dit ce célèbre voyageur, par le rapport uniforme des Français, qui ■<■ n'eurent que trop le temps de faire leurs observations sur ce peuple des Patagons, « qu'ils sont, en général, de la stature la plus haute et de la complexion la plus robuste « qui soient connues parmi les hommes : aucun n'avait au-dessous de cinq pieds cinq à
■ mx pouces, et plusieurs avaient six pieds. Leurs femmes sont presque blanches et « d'une figure assez agréable; quelques-uns de nos gens qui ont hasardé d'aller jusqu'à « leur camp y virent des vieillards qui portaient encore sur leur visage l'apparence de
- la vigueur et de la santé ". Dans un autre endroit de sa relation , M. de Bougainville
< dit que ce qui lui a paru être gigante>que dons la stature des Patagons c'est leur
torme carrure, la grosseur de leur tète et l'épaisseur de leurs membres; ils sont
■ , )bustes et bien nourris ; leurs muscles sont tendus et leur chair ferme et soutenue; • leur figure u'est ni dure ni désagréable; plusieurs l'ont jolie; leur visage est long et « un peu plat ; leurs yeux sont vifs et leurs dents extrêmement blanches, seulement trop « larges. Ils portent de longs cheveux noirs, attachés sur le sommet de la tète. Il y en a <• qui ont sous le nez des moustaches qui sont plus longues que bien fournies; leur « couleur est bronzée comme l'est, sans exception , celle de tous les Américains , tant <• de ceux qui babitent la zone torride que de ceux qui naissent sous les zones tempérées « et froides de ce même continent; quelques-uns de ces Patagons avaient les joues « peintes en rouge; leur langue est assez douce et rien n'annonce en eux un caractère <■ féroce. Leur habillement est un simple bragué de cuir qui leur couvre les parties
- naturelles, et un grand manteau de peau de guanaque (lama) ou desourillos (proba
a. Voyage autour du monde, par M. de Bougainville, t. I, in-S°, p. 87 et Ss
« blement le zorilla, espèce de moufette); ce manteau est attaché autour du corps avec « une ceinture, il descend jusqu'aux talons, et ils laissent communément retomber en
• bas la partie faite pour couvrir les épaules; de sorte que, malgré la rigueur du climat, « ils sont presque toujours nus de la ceinture en haut. L'habitude les a sans doute « rendus insensibles au froid, car quoique nous fussions ici en été, dit M. de Bougain- « ville, le thermomètre de Réaumur n'y avait encore monté qu'un seul jour à dix degrés « au-dessus de la congélation Les seules armes qu'on leur ait vues sont deux cail-
• loux ronds attachés aux deux bouts d'un boyau cordon né, semblable à ceux dont on « se sert dans toute cette partie de l'Amérique. Leurs chevaux petits et fort maigres, « étaient sellés et bridés à la manière des habitants de la rivière de la Plata. Leur « nourriture principale paraît être la chair des lamas et des vigognes ; plusieurs en « avaient des quartiers attachés à leurs chevaux; nous leur en avons vu manger des « morceaux crus. Ils avaient aussi avec eux des chiens petits et vilains, lesquels, ainsi « que leurs chevaux, boivent -de l'eau de mer, l'eau douce étant fort rare sur cette côte « et même dans les terres. Quelques-uns de ces Patagons nous dirent quelques mots « espagnols; il semble que, comme les Tartares, ils mènent une vie errante dans les « plaines immenses de l'Amérique méridionale, sans cesse à cheval , hommes, femmes « et enfants, suivant le gibier et les bestiaux dont les plaines : ont couvertes, se vêtant « et se cabanant avec des peaux. Je terminerai cet article, ajoute M. de Bougainville, en « disant que nous avons depuis trouvé dans la mer Pacifique une nation d'une taille « plus élevée que ne l'est celle des Patagons «. » Il veut parler des habitants de 1 île d'Otbaïti, dont nous ferons mention ci-après.
Ces récits de MM. Bougainville et Commerson me paraissent très-fidèles, mais il faut considérer qu'ils ne parlent que des Patagons des environs du détroit, et que peut-être il y en a d'encore plus grands dans l'intérieur des terres. Le commodore Byron assure qu'à quatre ou cinq lieues de l'entrée du détroit de Magellan, on aperçut une troupe d'hommes , les uns à cheval , les autres à pied , qui pouvaient être au nombre de cinq cents ; que ces hommes n'avaient point d'armes, et que les ayant invités par signes, l'un d'entre eux vint à sa rencontre; que cet homme était d'une taille gigantesque ; la peau d'un animal sauvage lui couvrait les épaules; il avait le corps peint d'une manière bideuse; l'un de ses yeux était entouré d'un cercle noir et l'autre d'un cercle blanc. Le reste du visage était bizarrement sillonné par des ligues de diverses couleurs : sa hauteur paraissait avoir sept pieds anglais.
Ayant été jusqu'au gros de la troupe, on vit plusieurs femmes proportionnées aux hommes pour la taille; tous étaient peints et à peu près de la même grandeur; leurs dents, qui ont la blancheur de l'ivoire, sont unies et bien rang. es. La plupart étaient nus, à l'exception de celte peau d'animal qu'ils portent sur les épaules avec le poil en dedans; quelques-uns avaient des bottines, ayant à chaque talon une cheville de bois qui leur sert d'éperon. Ce peuple parait docile et paisible. Il avaient avec eux un grand nombre de chiens et de Ires-petits ebevaux , mais tres-vites à la course j les brides sont des courroies de cuir avec un bâton pour servir de mors; leurs selles ressemblent aux coussinets dont les paysans se servent en Angleterre. Les femmes montent à cheval comme les hommes et sansétriers ''. Je pense qu'il n'y a point d'exagération dans ce récit , et que ces Patagons, vus par Byron , peuvent être un peu plus grands que ceux qui ont été \us par m m. de Bougainville et Commerson.
Le même voyageur, Byron, rapporte que, depuis le cap Monday jusqu'à la sortie du détroit, on voit le long de la baie Tuesdo} d'autres sauvages très-stupides et nus
a. Voyage autour du mondé , p ir le i ommodore Bj ton , chap. ni, p. its jusqu'à ii7. u Idem , ibid. . | . Bt et buïv.
malgré la rigueur du froid, ne portant qu'une peau de loup de mer sur les épaules; qu'ils sont doux et dociles; qu'ils vivent de chair de baleine, etc. a; mais il ne fait aucune mention de leur grandeur, eu sorte qu'il est à présumer que ces sauvages sont différents des Patagons, et seulement de la taille ordinaire des hommes.
RI. P. observe avec raison le peu de proportion qui se trouve entre les mesures de ces hommes gigantesques, données par différents voyageurs : qui croirait, dit-il, que les différents voyageurs qui parlent des Patagons varient entre eux de quatre-vingtquatre pouces sur leur taille? Cela est néanmoins très-vrai.
Selon La Giraudais, ils sont hauts d'environ 6 pieds.
Selon Pigafetta 8
Selon Byron 9
Selon Harris 10
Selon Jautzon 11
Selon Argensola 13
Ce dernier serait, suivant M. P., le plus menteur de tous, et RI. de La Giraudais le seul des six qui fût véridique ; mais indépendamment de ce que le pied est fort différent chez les différentes nations, je dois observer que Byron dit seulement que le premier Patagon qui s'approcha de lui était d'une taille gigantesque, et que sa hauteur paraissait être de sept pieds anglais; ainsi la citation de RI. P. n'est pas exacte à cet égard. Samuel Wallis, dont on a imprimé la relation à la suite de celle de Byron, s'exprime avec plus de précision. Les plus grands, dit-il, étant mesurés , se trouvèrent avoir six pieds sept pouces; plusieurs autres avaient six pieds cinq pouces, mais le plus grand nombre n'avaient que cinq pieds dix pouces; leur teint est couleur de cuivre foncé; ils ont les cheveux droits et presque aussi durs que les soies de cochon... Ils sont bien faits et robustes; ils ont de gros os, mais leurs pieds et leurs mains sont d'une
petitesse remarquable Chacun avait à sa ceinture une arme de trait d'une espèce
singulière : c'étaient deux pierres rondes couvertes de cuir et pesant chacune environ une livre, qui étaient attachées aux deux bouts d'une corde d'environ huit pieds de long ; ils s'en servent comme d'une fronde , en tenant une des pierres dans la main et faisant tourner l'autre autour de la tête jusqu'à ce qu'elle ait acquis une force suffisante ; alors ils la lancent contre l'objet qu'ils veulent atteindre; ils sont si adroits à manier cette arme , qu'à la distance de quinze verges ils peuvent frapper un but qui n'est pas plus grand qu'un schelling. Quand ils sont à la chasse du guanaque (le lama), ils jettent leur fronde de manière que la corde rencontrant les jambes de l'animal , les enveloppe par la force de la rotation et du mouvement des pierres, et l'arrête *.
Le premier ouvrage où l'on ait fait mention des Patagons est la relation du voyage de Magellan, en 1519, et voici ce qui se trouve sur ce sujet dans l'abrégé qu'IIarris a fait de cette relation.
« Lorsqu'ils eurent passé la ligne et qu'ils virent le pôle austral , ils continuèrent « leur route sud et arrivèrent à la côte du Brésil environ au vingt-deuxième degré; ils « observèrent que tout ce pays était un continent , plus élevé depuis le cap Saint-Au- " gustiu. Ayant continué leur navigation encore à deux degrés et demi plus loin, tou- « jours sud , ils arrivèrent à un pays habité par un peuple fort sauvage et d'une stature « prodigieuse; ces géants faisaient un bruit effroyable, plus ressemblant au mugisse- « ment des bœufs qu'à des voix humaines. Nonobstant leur taille gigantesque, ils étaient « si agiles qu'aucun Espagnol ni Portugais ne pouvait les atteindre à la course. »
a. Voyage autour du monde , par le commodore Byron , chap. vu , p. 107.
b. Voyage de Samuel Wallis, chap. i, p. 15.
J'observerai que d'après cette relation il semble que ces grands hommes on! été trou- \(s ;i vingt-quatre degrés et demi de latitude sud; cependant à la vue de la carte, il paraît qu'il y a ici de l'erreur, car le cap Saint-Augustin , que la relation place à vingtdeux degrés de latitude sud , se trouve sur la carte à dix degrés , de sorte qu'il est douteux si ces premiers géants ont été rencontrés à douze degrés et demi ou à vingt quatre degrés et demi; car si c'est à deux degrés et demi au delà du cap Saint- Vuguslin . ils ont été trouvés à douze degrés et demi ; mais si c'est à deux degrés e*. demi au delà de cette partie à l'endroit de la côte du Brésil que l'auteur dit être a vingt-deux degrés, ils ont été trouvés à vingt-quatre degrés et demi : telle est l'exactitude d'ilarris. Quoi qu'il en soit, la relation poursuit ainsi :
« Us poussèrent ensuite jusqu'à quarante-neuf degrés et demi de latitude sud , où la <■ rigueur du temps les obligea de prendre des quartiers d'hiver et d'y rester cinq mois. « Ils crurent longtemps le pays inhabité, mais enfin un sauvage des contrées voisines « vint les visiter; il avait l'air vif, gai, vigoureux, chantant et dansant tout le long du « chemin. Étant arrivé au port, il s'arrêta et répandit de la poussière sur sa tète; sur « cela quelques gens du vaisseau descendirent, allèrent à lui, et ayant répandu de même <■ delà poussière sur leur tête, il vint avec eux au vaisseau sans crainte ni soupçon : sa « taille était si haute que la tête d'un homme de taille moyenne de l'équipage de
« Magellan ne lui allait qu'à la ceinture , et il était gros à proportion
" Magellan fit boire et manger ce géant, qui fut fort joyeux jusqu'à ce qu'il eut
« regardé par hasard un miroir qu'on lui avait donné avec d'autres bagatelles; il tres-
« saillit, et reculant d'effroi il renversa deux hommes qui se trouvaient près de lui. Il
■ fut longtemps à se remettre de sa frayeur. Nonobstant cela il se trouva si bien avec les
Espagnols que ceux-ci eurent bientôt la compagnie de plusieurs de ces géants, dont
•• l'un surtout se familiarisa promptement, et montra tant de gaieté et de bonne humeur,
•■ que les Européens se plaisaient beaucoup avec lui.
• Magellan eut envie de faire prisonniers quelques-uns de ces géants : pour cela on
leur emplit les mains de divers colifichets dont ils paraissaient curieux , cl pendant
qu'ils les examinaient on leur mit des fers aux pieds; ils crurent d'abord que c'était
une autre curiosité , et parurent s'amuser du cliquetis de ces fers , mais quand ils se
• trouvèrent serrés et trahis , ils implorèrent le secours d'un être invisible el supérieur, < sous le nom de Setebos. Dans cette occasion leur force parut proportionnée à leur « stature, car l'un d'eux surmonta tous les efforts de neuf hommes , quoiqu'ils l'eussent terrassé et qu'ils lui eussent fortement lié les mains; il se débarrassa de tousses liens el s'échappa malgré tout ce qu'ils purent faire. Leur appétit était proportionné
« aussi à leur taille; Magellan les nomma Patagons. »
Tels sont les détails que donne Marris touchant les Patagons, après avoir, dit-il, pris les plus grandes peines à comparer les relations des divers écrivains espagnols et por« tugais.
Il es) ensuite question de ces géants dans la relation d'un voyage autour du monde par Thomas Cavendish , donl voici l'abrégé par le même Barris.
« En faisant voile du cap Frio dan- le Brésil , ils arrivèrent sur la côte d" Amérique, « à quarante-sept degrés vingt minutes de latitude sud. ils avancèrent jusqu'au porl
Désiré, à cinquante degrés de latitude. I.à les sauvages leur blessèrent deux hommes
ivec «les lleehcs qui étaient faites de roseau et armées de caillou, ('.'étaient des gens BUvages et grossiers, et, à ce qu'il parut, une race de géants, la mesure d'un de
• leurs pieds axant dix-huit pouces de long ; ce qui, en suivant la proportion ordinaire ,
• donne environ sept pieds el demi pour leur stature. ■
Barris ajoute que cela s'accorde parfaitement avec le récit de Magellan; mais, dans i ai abrégé de la relation de Magellan , il dil que la tête d'un h me de taille moyenne
de l'équipage de Magellan n'atteignait qu'à la ceinture d'un Patagon. Or, en supposant que cet homme eût seulement cinq pieds ou cinq pieds deux pouces , cela fait au moins huit pieds et demi pour la hauteur du Patagon. Il dit, à la vérité, que Magellan les nomma Patagons, parce que leur stature était de cinq coudées ou sept pieds six pouces, mais si cela est il y a contradiction dans son propre récit; il ne dit pas non plus dans quelle langue le mot Patagon exprime cette stature.
Sebald de Veert ', Hollandais, dans son voyage autour du monde, aperçut dans une île voisine du détroit de Magellan sept canots à bord desquels étaient des sauvages qui lui parurent avoir dix à onze pieds de hauteur.
Dans la relation du voyage de George Spilbergen , il est dit que sur la côte de la Terre-de-Feu, qui est au sud du détroit de Magellan , ses gens virent un homme d'une stature gigantesque, grimpant sur les montagnes pour regarder la flotte; mais quoiqu'ils allassent sur le rivage ils ne virent point d'autres créatures humaines : seulement ils virent des tombeaux contenant des cadavres de taille ordinaire ou même au-dessous, et les sauvages qu'ils virent de temps à autre dans des canots leur parurent au-dessous de six pieds.
Frézier parle de géants au Chili , de neuf ou dix pieds de hauteur.
M. Le Cat rapporte qu'au détroit de Magellan, le 17 décembre 1615 , on vit au port Désiré des tombeaux couverts par des tas de pierres, et qu'ayant écarté ces pierres et ouvert ces tombeaux, on y trouva des squelettes humains de dix à onze pieds.
Le P. d'Acuna parle de géants de seize palmes de hauteur, qui habitent vers la source de la rivière de Cuchigan.
M. de Brosse, premier président du parlement de Bourgogne a, parait être du sentiment de ceux qui croient à l'existence des géants patagons , et il prétend avec quelque fondement que ceux qui sont pour la négative n'ont pas vu les mêmes hommes, ni dans les mêmes endroits.
« Observons d'abord, dit-il, que la plupart de ceux qui tiennent pour l'affirmative « parlent des peuples patagons habitants des côtes de l'Amérique méridionale à l'est et « à l'ouest, et qu'au contraire la plupart de ceux qui soutiennent la négative parlent des « habitants du détroit à la pointe de l'Amérique sur les côtes du nord et du sud. Les « nations de l'un et de l'autre canton ne sont pas les mêmes ; si les premiers ont été « vus quelquefois dans le détroit , cela n'a rien d'extraordinaire à un si médiocre éloi- « gnement du port Saint-Julien, où il parait qu'est leur habitation ordinaire. L'équi- ■ page de Magellan les y a vus plusieurs fois , a commercé avec eux, tant à bord des a navires que dans leurs propres cabanes. »
M. de Brosse fait ensuite mention des voyageurs qui disent avoir vu ces géants patagons; il nomme Loise, Sarmiente, JNodal parmi les Espagnols; Caveudish , Hawkins, Knivet parmi les Anglais ; Sebald de Noort2, Le Maire, Spilberg parmi les Hollandais, nos équipages des vaisseaux de Marseille et de Saint-Malo parmi les Français ; il cite , comme nous venons de le dire , des tombeaux qui renfermaient des squelettes de dix à onze pieds de haut.
« Ceci, dit-il avec raison, est un examen fait de sang-froid , où l'épouvante n'a pu
« grossir les objets Cependant INarbrugh... nie formellement que leur taille soit
« gigantesque... son témoignage est précis à cet égard, ainsi que celui de Jacques l'Her- « mite, sur les naturels de la Terre-de-Feu, qu'il dit être puissants, bien proportionnés, « a peu près de la même grandeur que les Européens ; enfin , parmi ceux que M. de « Gennes vit au port de Famine, aucun n'avait six pieds de haut.
a. Histoire des navigations aux terres australes, t. Il, p. 327 et suiv. t Febald de Weerdt. — 2. Olivier de Noort.
28i ADDITIONS
« En voyant tous ces témoignages pour et contre, on ne peut guère se défendre de « croire que tous ont dit vrai, c'est-à-dire que cliacun a rapporté les choses telles qu'il « les a vues : d'où il faut conclure que l'existence de cette espèce d'hommes particulière « est un fait réel, et que ce n'est pas assez, pour les traiter d'apocryphes, qu'une partie « des marins n'aient pas aperçu ce que les autres ont fort bien vu. C'est aussi l'opinion « de M. Frézier, écrivain judicieux , qui a été à portée de rassembler les témoignages • sur les lieux mêmes
« Il paraît constant que les habitants des deux rives du détroit sont de taille ordi- « naire, et que l'espèce particulière (les Patagons gigantesques) faisait il y a deux <• siècles sa demeure habituelle sur les côtes de l'est et de l'ouest, plusieurs degrés
« au-dessus du détroit de Magellan Probablement la trop fréquente arrivée des
« vaisseaux sur ce rivage les a déterminés depuis à l'abandonner tout à fait, ou à n'y « venir qu'en certain temps de l'année, et à faire, comme on nous le dit, leur résidence « dans l'intérieur du pays. Anson présume qu'ils habitent dans les Cordillères, vers la « côte d'occident, d'où ils ne viennent sur le bord oriental que par intervalles peu « fréquents, tellement que si les vaisseaux qui depuis plus de cent ans ont touché sur « la côte des Patagons n'en ont vu que si rarement, la raison, selon les apparences, est « que ce peuple farouche et timide s'est éloigné du rivage de la mer depuis qu'il y voit « venir si fréquemment des vaisseaux d'Europe, et qu'il s'est , à l'exemple de tant d'au- « très nations indiennes, retiré dans les montagnes pour se dérober à la vue des étran- « gers. »
On a pu remarquer dans mon ouvrage que j'ai toujours paru douter de l'existence réelle de ce prétendu peuple de géants. On ne peut être trop en garde contre les exagérations, surtout dans les choses nouvellement découvertes ; néanmoins je serais fort porté à croire, avec M. de Brosse, que la différence Je grandeur donnée par les voyageurs aux Patagons ne vient que de ce qu'ils n'ont pas vu les mêmes hommes, ni dans les mêmes contrées, et que tout étant bien comparé, il en résulte que, depuis le vingtdeuxième degré de latitude sud jusqu'au quarante ou quarante-cinquième, il existe en effet une race d'hommes plus haute et plus puissante qu'aucune autre dans l'univers. Ces hommes ne sont pas tous des géants, mais tous sont plus hauts et beaucoup plus larges et plus carrés que les autres hommes; et comme il se trouve des géants, presque dans tous les climats, de sept pieds ou sept pieds et demi de grandeur, il n'est pas étonnant qu'il s'en trouve de neuf et dix pieds parmi les Patagons.
Des Américains.
A l'égard des autres nations qui habitent l'intérieur du nouveau continent, il me paraît que .M. P. prétend et affirme sans aucun fondement, qu'en général tous les Américains, quoique légers cl agiles à la course, liaient destitues de force, qu'ils succombaient sous le moindre fardeau, que l'humidité de leur constitution est cause qu'ils n'ont point de barbe' et qu'ils ne sont chauves que parce qu'ils ont le tempérament froid (page -12); et plus loin il dit que c'est parce que les Américains n'ont point de barbe qu'ils ont, comme les femmes, de longues chevelures, qu'on n'a pas vu un seul Américain à cheveux crépus* ou bouclés, qu'ils ne grisonnent presque jamais et ne perdent leurs cheveux à aucun ûijc (page 60), tandis qu'il vient d'avancer (page -12) que l'humidité de leur tempérament les rend chaînes, tandis qu'il De devait pas ignorer que les Caraïbes, les Irnquois, les Huions, les Flmidiens, les Mexicains, les Tlas-