T. \', années L675 et ictg
I La douve du foie [fasciola hepatica. Linn.) Ce ver parasite se trouve, ou, plus ex«cle, i , h t( dan le vaisseaux hépatiques des mouton*, des bœufs, etc.
« très, le sang séreux, sans presque aucune partie rouge sensible , la langue :< aride et resserrée, le nez rempli d'un mucus jaunâtre, glaireux et puru- :< lent, avec une débilité extrême, quoique mangeant beaucoup, et qu'enfin :< toute l'économie animale tombait en décadence. Plusieurs recherches x exactes ont appris que ces animaux avaient dans le foie des papillons blancs « ayant des ailes assorties, la tète semi-ovale, velue, et de la grosseur de « ceux des vers à soie : plus de soixante-dix que j'ai fait sortir en compri- « mant les deux lobes, m'ont convaincu de la réalité du fait; le foie se dila- « niait en même temps sur toute la partie convexe; l'on n'en a remarqué « que dans les veines, et jamais dans les artères; on en a trouvé de petits , « avec de petits vers, dans le conduit cystique. La veine-porte et la capsule « de Glisson, qui paraissent s'y manifester comme dans l'homme, cédaient « au toucberle plus doux. Le poumon et les autres viscères étaient sains, etc.» Il serait à désirer que M. le docteur Gachet de Beausort nous eût donné une description plus détaillée de ces papillons, afin d'ôter le soupçon qu'on doit avoir que ces animaux qu'il a vus ne sont que les vers ordinaires du foie1 de mouton, qui sont fort plats, fort larges, et d'une figure si singulière, que du premier coup d'oeil on les prendrait plutôt pour des feuilles que pour des vers.
Tous les ans on fait la tonte de la laine des moutons, des brebis et des agneaux : dans les pays chauds , où l'on ne craint pas de mettre l'animal tout à fait nu, l'on ne coupe pas la laine, mais on l'arrache, et on fait souvent deux récoltes par an; en France, et dans les climats plus froids, on se contente de la couper une fois par an avec de grands ciseaux, et on laisse aux moutons une partie de leur toison, afin de les garantir de l'intempérie du climat. C'est au mois de mai que se fait cette opération, après les avoir bien lavés, afin de rendre la laine aussi nette qu'elle peut l'être : au mois d'avril il fait encore trop froid, et si l'on attendait les mois de juin et de juillet, la laine ne croîtrait pas assez pendant le reste de l'été pour les garantir du froid pendant l'hiver. La laine des moulons est ordinairement plus abondante et meilleure que celle des brebis; celle du cou et du dessus du dos est la laine de la première qualité; celle des cuisses, de la queue, du ventre, de la gorge, etc., n'est pas si bonne, et celle que l'on prend sur des bêles mortes ou malades est la plus mauvaise. On préfère aussi la laine blanche à la grise, à la brune et à la noire, parce qu'à la teinture elle peut prendre toutes sortes de couleurs : pour la qualité, la laine lisse vaut mieux que la laine crépue ; on prétend même que les moutons dont la laine e.-t trop frisée ne se portent pas aussi bien que les autres. On peut encore tirer des moulons un avantage considérable en les faisant parquer, c'est-à-dire, en les laissant séjourner sur les terres qu'on veut améliorer : il faut pour
i. C'est-à-ilhe la douve. Voyez la note de la page précédente.
cela enclore le lorrain et y renfermer le troupeau toutes les nuits pendant l'été; le fumier, l'urine et la chaleur du corps de ces animaux ranimeront en peu de temps les terres ('[misées, ou froides et infertiles; cent moutons amélioreront, en un été, huit arpents de terre pour six ans.
Les anciens ont dit que tous les animaux ruminants avaient du suif; cependant cela n'est exactement vrai que de la chèvre et du mouton, et (•(«lui du mouton est plus abondant, plus blanc, plus sec, plus ferme et de meilleure qualité; qu'aucun autre. La graisse diffère du suif en ce qu'elle reste toujours molle, au lieu que le suif durcit en se refroidissant. C'est surtout autour des reins que le suif s'amasse en grande quantité", cl le rein gauche en est toujours plus chargé que le droit; il y en a aussi beaucoup dans l'épiploon et autour des intestins, mais ce suif n'est pas à beaucoup près aussi ferme ni aussi bon que celui des reins, de la queue et des autres parties du corps. Les moutons n'ont pas d'autre graisse que le suif, et cette matière domine si fort dans l'habitude de leur corps , que toutes les extrémités de la chair en sont garnies; le sang même en contient une assez grande quantité, et la liqueur séminale en est si fort chargée, qu'elle parait être d'une consistance différente de celle de la liqueur séminale des autres animaux : la liqueur de l'homme, celle du chien, du cheval, de l'âne, et probablement celle de tous les animaux qui n'ont pas de suif, se liquéfie par le froid, se délaie à l'air, et devient d'autant plus fluide qu'il y a plus de temps qu'elle est sortie du corps de ranimai; la liqueur séminale du bélier, et probablement celle du bouc et des autres animaux qui ont du sait, au lieu de se délayera l'air, se durcit comme le suif, et perd toute sa liquidité avec sa chaleur. J'ai reconnu cette différence en observant au microscope ces liqueurs séminales; celle du bélier se Gge quelques secondes après qu'elle est sortie du corps , et pour 5 voir les molécules organiques vivantes qu'elle contient en prodigieuse quantité, il faut chauffer le porteobjet du microscope, afin de la conserver dans son état de fluidité.
Le goût de la chair du mouton, la finesse de la laine, la quantité du suif, et même la grandeur et la grosseur du corps de ces animaux, varient beaucoup suivant les différents pays. En France, le Berriest la province où ils sont plus abondants; yeux des environs de béarnais sont le- plus gras et les plus chargés de suif, aussi bien que ceux de quelques autres endroits de
la Normandie; Us sont très-bon-, en Bourgogne, niais les meilleurs (Pitons
eont ceux des côtés sablonneuses de nos provinces maritimes. Les laines vl Italie, d'Espagne, et même d'Angleterre, sont plus unes que les laines de France. Il y a en Poitou, en Provence, aux environs de Bayonne et dans
quelques aubes endroits de la fiance, des brebis qui paraissent être de
races étrangères, et qui sont plus grandes, plus fortes et plus chargées de laine que celles de la race commune : ces brebis produisent aussi beaucoup plus que les aube-, et donnent souvent deux agneaux à la fois, mi deux
agneaux par an; les béliers de cette race engendrent avec les brebis ordinaires, ce qui produit une race intermédiaire qui participe des deux dont elle sort. En Italie et en Espagne il y a encore un plus grand nombre de variétés dans les races des brebis, mais toutes doivent être regardées comme ne formant qu'une seule et même espèce avec nos brebis, et cette espèce si abondante et si variée ne s'étend guère au delà de l'Europe. Les animaux à longue et large queue, qui sont communs en Afrique et en Asie, et auxquels les voyageurs ont donné le nom de moulons de Barbarie, paraissent être d'une espèce différente ' de nos moutons, aussi bien que la vigogne et le lama d'Amérique.
Comme la laine blanche est plus estimée que la noire, on détruit presque partout avec soin les agneaux noirs ou tachés ; cependant il y a des endroits uù presque toutes les brebis sont noires, et partout on voit souvent naître d'un bélier blanc et d'une brebis blanche des agneaux noirs. En France , il n'y a que des moutons blancs, bruns, noirs et tachés ; en Espagne , il y a des moutons roux; en Ecosse, il y en a de jaunes; mais ces différences et ces variétés dans la couleur sont encore plus accidentelles que les différences et les variétés des races , qui ne viennent cependant que de la différence de la nourriture et de l'influence du climat.
Quoique les espèces dans les animaux soient toutes séparées par un intervalle que la nature ne peut franchir, quelques-unes semblent se rapprocher par un si grand nombre de rapports qu'il ne reste, pour ainsi dire, entre elles que l'espace nécessaire pour tirer la ligne de séparation; et lorsque nous comparons ces espèces voisines, et que nous les considérons relativement à nous, les unes se présentent comme des espèces de première utilité, et les autres semblent n'être que des espèces auxiliaires, qui pourraient, à bien des égards, remplacer les premières, et nous servir aux mêmes usages. L'âne pourrait presque remplacer le cheval ; et de même , si l'espèce de la brebis venait à nous manquer, celle de la chèvre pourrait y suppléer. La chèvre fournit du lait comme la brebis, et même en plus grande abondance; elle donne aussi du suif en quantité; son poil, quoique plus rude que la laine, sert à faire de très-bonnes étoffes ; sa peau vaut mieux que colle du mouton; la chair du chevreau approche assez de celle de l'agneau, etc. Ces espèces auxiliaires sont plus agrestes, plus robustes que les espèces princi-
1. Le mouton de Barbarie n'est qu'une variété de nos montons ordinaires. La vigogne et la lama diffèrent des moutons , aon-seiilement par Yespèce , mais par le genre. * Capra hircus (Linn.). — Ordre d> s Ruminants: Genre Chèvre (Cuv.).
4oi LA CHÈVRE.
pales; l'âne et la chèvre ne demandent pas autant de soin que le cheval et la brebis; partout ils trouvent à vivre et broutent également les plantes de toute espèce, les herbes grossières, les arbrisseaux chargés d'épines; ils sont moins affectés de l'intempérie du climat, ils peuvent mieux se passer du secours de l'homme : moins ils nous appartiennent, plus ils semblent appartenir à la nature; et au lieu d'imaginer que ces espèces subalternes n'ont été produites que par la dégénération des espèces premières, au lieu de regarder l'âne comme un cheval dégénéré, il y aurait plus de raison de dire que le cheval est un âne perfectionné, que la brebis n'est qu'une espèce de chèvre plus délicate que nous avons soignée, perfectionnée, propagée pour notre utilité, et qu'en général les espèces les plus parfaites, surtout dans les animaux domestiques, tirent leur origine de l'espèce moins parfaite des animaux sauvage- qui en approchent le plus, la nature seule ne pouvant faire autant que la nature et l'homme réunis.
Quoi qu'il en soit, la chèvre est une espèce distincte, et peut-être encore plus éloignée de celle de la brebis que l'espèce de l'âne ne l'est de celle du cheval. Le bouc s'accouple volontiers avec la brebis, comme l'âne avec la jument, et le bélier se joint avec la chèvre comme le cheval avec l'ânesse; niais, quoique ces accouplements soient assez fréquents, et quelquefois prolifiques, il ne s'est point formé d'espèce intermédiaire entre la chèvre cl la brebis; ces deux espèces sont distinctes, demeurent constamment séparées et toujours à la même distance l'une de l'autre; elles n'ont donc point été altérées par ces mélanges, elle- n'ont point fait de nouvelles souebes, de nouvelles races d'animaux mitoyens, elles n'ont produit que des différences individuelles qui n'influent pas sur l'unité' de ebacune des espèces primitives, et qui confirment, au contraire, la réalité de leur différence caractéristique.
Mais il y a bien des cas où nous ne pouvons ni distinguer ces caractères, ni prononcer sur leur- différences avec autant de certitude; il y en a beaucoup d'autres où nous sommes obligés de suspendre notre jugement, et encore une infinité d'autres sur lesquels nous n'avons aucune lumière; car, indépendamment de l'incertitude où nous jette la contrariété dis témoignages sur les faits qui nous ont été transmis, indépendamment du doute qui résulte du peu d'exactitude de ceux qui on! observé la nature, le plus grand obstacle qu'il y ait à l'avancement de nus connaissances est l'ignorance presque forcée dans laquelle nous sommes d'un Lrès-grand nombre d'effets que le temps seul n'a pu présenter à nos yeux, et qui ne se dévoileronl môme a ceux de la postérité que par de- expériences cl des observations combinées : en attendanl , nous errons dans les ténèbres, ou nous marchons avec perplexité entre des préjugés cl des probabilités, ignoranl même jusqu'à la possibilité des choses, el confondant à toul moment les
opinions des l es avec le- actes de la nature. Les exemples se présentent
en foule; mai-, sans en prendre ailleurs que dans nuire sujet, nous savons
LÀ CHÈVRE. 4"»i
que le bouc et la brebis s'accouplent et produisent ensemble, mais personne ne nous a dit encore s'il en résulte un mulet stérile ou un animal fécond qui puisse faire souche pour des générations nom elles ou semblables aux premières : de même, quoique nous sachions que le bélier s'accouple avec la chèvre, nous ignorons s'ils produisent ensemble ' et quel est ce produit; nous croyons que les mulets en général, c'est-à-dire les animaux qui viennent du mélange de deux espèces différentes, sont stériles, parce qu'il ne parait pas que les mulets qui viennent de l'âne et de la jument, non plus que ceux qui viennent du cheval et de l'ânesse, produisent rien entre eux ou avec ceux dont ils viennent; cependant cette opinion est mal fondée peut-être ; les anciens disent positivement que le mulet peut produire à l'âge de sept ans, et qu'il produit avec la jument -a : ils nous disent que la mule peut concevoir, quoiqu'elle ne puisse perfectionner son fruit ('; il serait donc nécessaire de détruire ou de confirmer ces faits, qui répandent de l'obscurité sur la distinction réelle des animaux et sur la théorie de la génération : d'ailleurs, quoique nous connaissions assez distinctement les espèces de tous les animaux qui nous avoisinent, nous ne savons pas ce que produirait leur mélange entre eux ou avec des animaux étrangers : nous ne sommes que très-mal informés des jumarts3, c'est-à-dire du produit de la vache et de l'âne, ou de la jument et du taureau : nous ignorons si le zèbre4 ne produirait pas avec le cheval ou l'âne ; si l'animal à large queue, auquel on a donné le nom de mouton de Barbarie 5, ne produirait pas avec notre brebis; si le chamois n'est pas une chèvre sauvage0 ; s'il ne formerait pas avec nos chèvres quelque race intermédiaire ; si les singes7 diffèrent réellement par les espèces, ou
a. « Mulus septennis implore potest, et jam cum equà conjunctus liinnum procreavit. » Arist. Hist. animal. , lib. vi , cap. xxiv.
b. « Itaque concipere quiJcm aliquando mula potest, quod jam factum est; sed enutrire « atque in finem perducere non potest. Mas generare interdum potest. » Arist. de Générât, animal. , lib. n, cap. vi.
1. Le bélier produit avec la chèvre, comme le bouc avec la brebis. J'ai vu, dans mes expériences, deux produits moins connus : celui de l'union croisée du mouflon avec la brebis, et ■celui de ce même mouflon avec la chèvre.
2. On a quelques exemples de l'union prolifique de la mule avec le cheval, ou du mulet avec la jument ; mais en a-t-on de la mule avec le mulet? Ce serait là le fait important.
3. 11 n'y a point de jumart. La jument et le taureau appartiennent à deux ordres différents. De nombreuses expériences m'ont prouvé que deux espèces distinctes ne produisent ensemble qu'autant qu'elles sont du même genre.
4. Le zèbre a produit avec le cheval et avec Ydne, dans notre ménagerie. Tout récemment Yliùnione y a produit avec Yûne.
5. Le bélier de Barbarie produit avec nos brebis, dont il n'est qu'une variété. (Voyez la note 1 de la page 453. )
6. Le chamois n'est pas une chèvre sauvage. La chèvre sauvage est Yœgagre. Le chamois fait comme le passage des chèvres aux antilopes. L'expérience indiquée par liuffon a été tentée . mais d'une manière imparfaite. Elle mérite d'être reprise.
7. Les singes forment un grand ordre : l'ordre des quadrumanes ; et cet ordre se compose non-seulement de plusieurs espèces, mais de plusieurs genres. Ici, comme dans tout le reste <iu règne animal, les seules espèces du même genre sont fécondes entre elles. Nous avons eu,
s'ils ne font, comme les chiens ', qu'une seule et même espèce, mais variée par un grand nombre de races différentes; si le chien peut produire avec le renard et le loup-; si le cerf produit avec la vache, la biche avec le daim3, etc. Notre ignorance sur tous ces faits est, comme je l'ai dit, presque forcée, les expériences qui pourraient les décider demandant plus de temps, de soii^ et de dépense que la vie et la fortune d'un homme ordinaire ne peuvent le permettre. J'ai employé quelques années à faire des tentatives 4 de cette espèce : j'en rendrai compte lorsque je parlerai des mulets; mais je conviendrai d'avance qu'elles ne m'ont fourni que peu de lumières, et que la plupart de ces épreuves ont été sans succès.
De là dépendent cependant la connaissance entière des animaux, la division exacte de leurs espèces, et l'intelligence parfaite de leur histoire; de là dépendent aussi la manière de l'écrire et l'art de la traiter; mais, puisque nous sommes privés de ces connaissances si nécessaires à notre objet, puisqu'il ne nous est pas possible, faute de faits, d'établir des rapports et de fonder nos raisonnements, nous ne pouvons pas mieux faire que d'aller pas à pas, de considérer chaque animal individuellement, de regarder comme des espèces différentes toutes celles qui ne se mêlent pas sous nos yeux, et d'écrire leur histoire par articles séparés, en nous réservant de les joindre mi de les fondre ensemble, dès que, par notre propre expérience, ou par celle des autres, nous serons plus instruits.
C'e.>l par cette raison que, quoiqu'il y ait plusieurs animaux qui ressemblent à la brebis et à la chèvre, nous ne [tarions ici que de la chèvre et de la brebis domestiques. Nous ignorons si les espèces étrangères pourraient produire et former de nouvelles races avec ces espèces communes. Nous somnn^ donc fondés à les regarder comme des espèces différentes, jusqu'à ce qu'il soit prouvé par le fait que les individus de chacune de ces espèces étran gères peuvent se mêler avec l'espèce commune , et produire d'autres indi-
dans notre ménagerie, un mulet provenant de L'union croisée de deux espèces du genre macaque: le macaque proprement dit et \c bonnet cliinuis.
1. Les chiens ne forment qu'une seule et même espèce, mais variée par un grand nombre de races.
2. Le chien produit avec le loup 1 1 ne produit |i int arec le renard. (Voyez mon livra Intitulé: lie l'instinct et de l'intelligence des animaux, à l'article de la Distinction iujjit,i espèces. )
8. Le cerf m- produirait sûrement pas avec la vache: le cerf et la vache appartiennent à des genre différents; et , je viens de le dire, il n'y a que i de mèmi genre qui pro-
duisent ensemble. La ' ■' he el le daim sonl deux i tpèt i beaucoup plus rapprochées; et L'expé-
4. Buffon m1 '' t pas borné à faire quelques tentatives. Le développement, que lui doit le Jardin des plantes , a mis a la di po ition de a ucci cuis le temps, les soins et la dépense que demandent ces expériences. Je riens do rappeler quelques-uns des résultats obtenus d< lui. -i i , A pui plu ieui annéi , on en embli d'expérieni e i qui me permettront , ,ji:
l'( père, d'éclaircir ci el fonda ntalcs questions du genre, de l'espèce et des races.
\ i notede La pagi 175 eto Lie de La pa a B87.J
vidus qui produiraient entre eux , ce caractère seul constituant la réalité et l'unité de ce que l'on doit appeler espèce1, tant dans les animaux que dans les végétaux.
La chèvre a de sa nature plus de sentiment et de ressource que la brebis; elle vient à l'homme volontiers, elle se familiarise aisément, elle est sensible aux caresses et capable d'attachement; elle est aussi plus forte, plus légère, plus agile et moins timide que la brebis ; elle est vive, capricieuse, lascive et vagabonde. Ce n'est qu'avec peine qu'on la conduit et qu'on peut la réduire en troupeau : elle aime à s'écarter dans les solitudes, à grimper sur les lieux escarpés, à se placer, et même à dormir sur la pointe des rochers et sur le bord des précipices; elle cherche le mâle avec empressement, elle s'accouple avec ardeur et produit de très-bonne heure; elle est robuste, aisée à nourrir : presque toutes les herbes lui sont bonnes, et il y en a peu qui l'incommodent. Le tempérament, qui dans tous les animaux influe beaucoup sur le naturel , ne paraît cependant pas dans la chèvre différer essentiellement de celui de la brebis. Ces deux espèces d'animaux , dont l'organisation intérieure est presque entièrement semblable, se nourrissent, croissent et multiplient de la même manière, et se ressemblent encore par le caractère des maladies, qui sont les mêmes, à l'exception de quelques-unes auxquelles la chèvre n'est pas sujette; elle ne craint pas, comme la brebis, la trop grande chaleur; elle dort au soleil, et s'expose volontiers à ses rayons les plus vifs sans en être incommodée , et sans que cette ardeur lui cause ni étourdissements ni vertiges; elle ne s'effraie point des orages, ne s'impatiente pas à la pluie , mais elle parait être sensible à la rigueur du froid. Les mouvements extérieurs, lesquels, comme nous l'avons dit, dépendent beaucoup moins de la conformation du corps que de la force et de la variété des sensations relatives à l'appétit et au désir, sont par cette raison beaucoup moins mesurés, beaucoup plus vifs dans la chèvre que dans la brebis. L'inconstance de son naturel se marque par l'irrégularité de ses actions; elle marche, elle s'arrête, elle court, elle bondit, elle saute, s'approche, s'éloigne, se montre, se cache ou fuit, comme par caprice et sans autre cause déterminante que celle de la vivacité bizarre de son sentiment intérieur; et toute la souplesse des organes, tout le nerf du corps suffisent à peine à la pétulance et à la rapidité de ces mouvements, qui lui sont naturels .
On a des preuves que ces animaux sont naturellement amis de l'homme, et que dans les lieux inhabités ils ne deviennent point sauvages. En 1G98, an vaisseau anglais ayant relâché à l'île de Bonavista, deux Nègres se présentèrent à bord cl offrirent gratis aux Anglais autant de boucs qu'ils en voudraient emporter. A l'étonnement que le capitaine marqua de celle offre, les Nègres répondirent qu'il n'y avait que douze personnes dans toute l'île,
. Voyez la note de la [>age 4 15.
que les boucs et les chèvres s'y étaient multipliés jusqu'à devenir incommodes, et que loin de donner beaucoup de peine à les prendre, ils suivaient les hommes avec une sorte d'obstination , comme les animaux domotiques a.
Le bouc peut engendrer à un an, et la chèvre dès l'âge de sept mois, mais les fruits de celte génération précoce sont faibles et défectueux, et l'on attend ordinairement que l'un et l'autre aient dix-huit mois ou deux ans avant de leur permettre de se joindre. Le bouc est un assez bel animal, très-vigoureux et très-chaud : un seul peut suffire à plus de cent cinquante chèvres pendant deux ou trois mois; mais celte ardeur qui le consume ne dure que trois ou quatre ans, et ces animaux sont énervés , et même vieux dès l'âge de cinq ou six ans. Lorsque l'on veut donc faire choix d'un bouc pour la propagation, il faut qu'il soit jeune et de bonne figure, c'est-à-dire, âgé de deux ans, la taille grande, le cou court et charnu, la tête légère, les oreilles pendantes, les cuisses grosses, les jambes fermes, le poil noir, épais et doux, la barbe longue et bien garnie. Il y a moins de choix à faire pour les chèvres : seulement on peut observer que celles dont le corps est grand, la croupe large, les cuisses fournies, la démarche légère, les mamelles grosses, les pis longs, le poil doux et touffu, sont les meilleures. Elles sont ordinairement en chaleur aux mois de septembre, octobre et novembre, et même pour peu qu'elles approchent du mâle en tout autre temps, elles sont bientôt disposées à le recevoir, et elles peuvent s'accoupler et produire dans toutes les saisons : cependant elles retiennent plus sûrement en automne, et l'on préfère encore les mois d'octobre et de novembre par une autre raison , c'est qu'il est bon que les jeunes chevreaux trouvent de l'herbe tendre lorsqu'ils commencent à paître pour la première fois. Les chèvres portent cinq mois, et mettent bas au commencement du sixième ; elles allaitent leur petit pendant un mois ou cinq semaines ; ainsi l'on doit compter environ six mois et demi entre le temps auquel on les aura fait couvrir, et celui où le chevreau pourra commencer à paitre.
Lorsqu'on les conduit avec les moutons, elles ne restent pas à leur suite, elles précèdent toujours le troupeau; il vaut mieux les mener séparément paître sur les collines ; elles aiment les lieux élevés et les montagnes , même les plus escarpées; elles trouvent autant de nourriture qu'il leur en faut, dans [es bruyères, dans les friches, dans les terrains incultes et dans les terres stériles : il faul les éloigner des endroits cultivés, les empêcher d'entrer dans les blés, dans les vignes, dans les bois ; elles font un grand dégât
dans le i taillis ; les arbres dont elles broutent avec a\ idilé les jeunes pousses
ei les écorces tendres, périssent presque tous; «'lies craignenl les lieux humides, les prairies marécageuses, les pâturages gras : on en élève rare-
a. Voyez 1 fli to ' 9 './■>i'' aie iet I oya^ 'M , 1. 1 , p. 518.
ment dans les pays de plaines, elles s'y portent mal et leur chair est de mauvaise qualité. Dans la plupart des climats chauds, l'on nourrit des chèvres en grande quantité, et on ne leur donne point d'étable : en France, elles périraient si on ne les mettait pas à l'abri pendant l'hiver. On peut se dispenser de leur donner de la litière en été, mais il leur en faut pendant l'hiver; et comme toute humidité les incommode beaucoup, on ne les laisse pas coucher sur leur fumier, et on leur donne souvent de la litière fraîche. On les fait sortir de grand matin pour les mener aux champs; l'herbe chargée de rosée, qui n'est pas bonne pour les moulons, fait grand bien aux chèvres. Comme elles sont indociles et vagabondes, un homme, quelque robuste et quelque agile qu'il soit, n'en peut guère conduire que cinquante. On ne les laisse pas sortir pendant les neiges et les frimas; on les nourrit à l'étable d'herbes et de petites branches d'arbres cueillies en automne, ou de choux, de navets et d'autres légumes. Plus elles mangent, plus la quantité de leur lait augmente; et pour entretenir ou augmenter encore cette abondance de lait, on les fait beaucoup boire et on leur donne quelquefois du salpêtre ou de l'eau salée. On peut commencer à les traire quinze jours après qu'elles ont mis bas; elles donnent du lait en quantité pendant quatre à cinq mois, et elles en donnent soir et matin.
La chèvre ne produit ordinairement qu'un chevreau, quelquefois deux , très-rarement trois, et jamais plus de quatre; elle ne produit que depuis l'âge d'un an ou dix-huit mois, jusqu'à sept ans. Le bouc pourrait engendrer jusqu'à cet âge , et peut-être au delà , si on le ménageait davantage; mais communément il ne sert que jusqu'à l'âge de cinq ans. On le réforme alors pour l'engraisser avec les vieilles chèvres et les jeunes chevreaux mâles que l'on coupe à l'âge de six mois, afin de rendre leur chair plus succulente et plus tendre. On les engraisse de la même manière que l'on engraisse les moutons; mais, quelque soin qu'on prenne, et quelque nourriture qu'on leur donne, leur chair n'est jamais aussi bonne que celle du mouton, si ce n'est dans les climats très-chauds, où la chair du mouton est fade et de mauvais goût. L'odeur forte du bouc ne vient pas de sa chair, mais de sa peau. On ne laisse pas vieillir ces animaux, qui pourraient peutêtre vivre dix ou douze ans : on s'en défait dès qu'ils cessent de produire, et plus ils sont vieux, plus leur chair est mauvaise. Communément les boucs et les chèvres ont des cornes; cependant il y a, quoiqu'on moindre nombre , des chèvres et des boucs sans cornes. Ils varient aussi beaucoup par la couleur du poil : on dit que les blanches , et celles qui n'ont point de cornes, sont celles qui donnent le plus de lait, et que les noires sont les plus fortes et les plus robustes de toutes. Ces animaux, qui ne coûtent presque rien à nourrir, ne laissent pas de faire un produit assez considérable; on en vend la chair, le suif, le poil et la peau. Leur lait est plus sain et meilleur que celui de la brebis ; il est d'usage dans la médecine, il se caille aisément,
et l'on en fait »li? Irès-bons fromages : comme il r.e contient que peu de parties l>ut\ reuses, l'on ne doit pas en séparer la crème. Les chèvres se laissent teter aisément, même par les enfants, pour lesquels leur lait est une trèsbonne nourriture ; elles sont, comme les vaches et les brebis, sujettes à être tétées parla couleuvre, et encore par un oiseau connu sous le nom de leltechèvre ou crapaud volant1, qui s'attache à leur mamelle pendant la nuit, el leur fait, dit-on, perdre leur lait.
Les chèvres n'ont point de dents incisives à la mâchoire supérieure; celles de la mâchoire inférieure tombent et se renouvellent dans le même temps et dans le même ordre que celles des brebis : les nœuds des cornes et les dents peuvent indiquer l'âge. Le nombre des dents n'est pas constant dans les chèvres ; elles en ont ordinairement moins que les boucs, qui ont aussi le poil plus rude , la barbe el les cornes plus longues que les chèi res. Ces animaux, comme les bœufs et les moutons, ont quatre estomacs et ruminent : l'espèce en est plus répandue que celle de la brebis; on trouve des chèvres semblables aux nôtres dans plusieurs parties du monde; elles sont seulement plus petites en Guinée et dans les autres pays chauds; elles sont plus grandes en Moscovie et dans les autres climats froids. Les chèvres d'Angora ou de Syrie, à oreilles pendantes, sont de la même espèce que les nôtres; elles se mêlent et produisent ensemble, même dans nos climats : le mâle a les cornes à peu près aussi longues que le bouc ordinaire, mais dirigées et contournées d'une manière différente; elles s'étendent horizontalement de chaque côté de la tête, et forment des spirales à peu près comme un lire-bourre. Les cornes de la femelle sont courtes cl se recourbent en arrière, en lias et eu avant, de sorte qu'elles aboutissent auprès de l'œil, et il paraît que leur contour et leur direction varient. Le bouc et la chèvre d'Angora, que nous avons vusà la ménagerie du roi, les avaient telles que nous venons de les décrire; et ces chèvres ont, comme presque tous les autres animaux de Syrie , le poil très-long, très-fourni el si lin qu'on en fait de- étoffes aussi belles et aussi lustrées que nos étoiles de soie.