Voyez la note précédente et la note 2 de la page
sauvage, à laquelle il ne donne point de nom, est l'adive; mais il dil dans un autre endroit ° que ces chiens indiens viennent du tigre l et d'un chien, ce qui nie paraît encore plus difficile à croire, parce que le tigre est d'une nature et d'une forme bien plus différentes de celles du chien que le loup, le renard ou l'adiré. 11 faut convenir qu'Aristote semble lui-même infirmer son témoignage à cet égard , car après avoir dit que les chiens indiens \ iennenl d'une hèle sauvage semblable au loup ou au renard, il dit ailleurs qu'ils viennent du tigre, et sans énoncer si c'est du tigre et de la chienne, ou du chien et de latigresse, il ajoute seulement que la chose ne réussit pas d'abord, mais seulement à la troisième portée; que de la première fois il ne résulte encore que des tigres; qu'on attache les chiens dans les déserts, et qu'à moins que le tigre ne soit en chaleur, ils sont souvent dévorés ; que ce qui fait que l'Afrique produit souvent des prodiges et des monstres, c'est que l'eau y étant très-rare et la chaleur fort grande, les animaux de différentes espèces se rencontrent assemblés en grand nombre dans le même lieu pour boire ; que c'est là qu'ils se familiarisent, s'accouplent et produisent. Tout cela me paraît conjectural, incertain, et même assez suspect pour n'y pas ajouter foi; car plus on observe la nature des animaux, plus on voit que l'indice le plus sûr pour en juger c'est l'instinct. L'examen le plus attentif des parties intérieures ne nous découvre que les grosses différences; le cheval et l'âne, qui se ressemblent parlaiteinenl par la conformation des parties intérieures, sont cependant des animaux d'une nature différente; le taureau, le bélier et le bouc, qui ne diffèrent en rien les uns des autres pour la conformation intérieure de Ions les viscères, sont d'espèces encore plus éloignées que l'âne et le cheval, et il en est de même du chien, du renard et du loup. L'inspection de la forme extérieure nous éclaire davantage; mais comme dans plusieurs espèces, et surtout dans celles qui ne soid pas éloignées, il y a, même à l'extérieur, beaucoup plus de ressemblance que de différence, cette inspection ne suffit pas encore pour décider si ces opèce- sont différentes ou les mêmes : enfin lorsque les nuances sont encore plus légères, nous ne pouvons les saisir qu'en combinant les rapports de l'instinct; c'esl en effel par le naturel des animaux qu'on doit juger de leur nature; et si l'on supposait deux animaux tout semblables pour la forme, mais toul différents pour le naturel , ces deux animaux qui ne voudraient pas se joindre , el qui ne pourraient produire ensemble, seraient, quoique semblable-, de deux espèces différentes J.
n. Aii-t'.t. , iiist. itniiii., îib. vin , cap. txvm.
i. Le tigre et le chien ne peuvi i ensemble (voye ta note 7 de la page < 55 et 1 la
i ni' connai re © rap] orta intimi s , profonds , <|i i lient
les i et que non w dé :oin rona <pi Buffbn les
' ' (cellent. L'instinct e l l'indice Le plus bûi de i . t nature de l'animal.
lui . ni point ensemble , ne ont pa delà même ttpi t. El même il
Ce môme moyen, auquel on est obligé d'avoir recours pour juger de la différence des animaux dans les espèces voisines, est, à plus forte raison, celui qu'on doit employer de préférence à tous autres, lorsqu'on veut ramener à des points fixes les nombreuses variétés que l'on trouve dans la même espèce : nous en connaissons trente dans celle du chien, et assurément nous ne les connaissons pas toutes. De ces trente variétés il y en a dix-sept que l'on doit rapporter à l'influence du climat, savoir, le chien de berger, le chien-loup, le chien de Sibérie, le chien d'Islande et le chien de Laponie, le malin, les lévriers, le grand danois et le chien d'Irlande, le chien courant, les braques, les bassets, les épagneuls et le barbet, le petit danois, le chien turc et le dogue; les treize autres, qui sont le chien turc métis, le lévrier à poil de loup, le chien-bouffe, le chien de Malte ou bichon, le roquet, le dogue de forte race, le doguin ou mopse, le chien de Calabre, le burgos, le chien d'Àlicante, le chien-lion, le petit barbet, et le chien qu'on appelle artois, islois ou quatre-vingt, ne sont que des métis qui proviennent du mélange des premiers; et, en rapportant chacun de ces chiens métis aux deux races dont ils sont issus, leur nature est dès lors assez connue; mais, à l'égard des dix-sept premières races, si l'on veut connaître les rapports qu'elles peuvent avoir entre elles, il faut avoir égard à l'instinct, à la forme et à plusieurs autres circonstances. J'ai mis ensemble le chien de berger, le chien-loup, le chien de Sibérie, le chien de Laponie et le chien d'Islande, parce qu'ils se ressemblent plus qu'ils ne ressemblent aux autres par la figure et par le poil, qu'ils ont tous cinq le museau pointu à peu près comme le renard, qu'ils sont les seuls qui aient les oreilles droites, et que leur instinct les porte à suivre et garder les troupeaux. Le mâtin, le lévrier, le grand danois et le chien d'Irlande ont, outre la ressemblance de la forme et du long museau, le même naturel; ils aiment à courir, à suivre les chevaux, les équipages; ils ont peu de nez, et chassent plutôt à vue qu'à l'odorat. Les vrais chiens de chasse sont les chiens courants, les braques, les bassets, les épagneuls et les barbets: quoiqu'ils diffèrent un peu par la forme du corps, ils ont cependant tous le museau gros; et comme leur instinct est le même, on ne peut guère se tromper en les mettant ensemble. L'épagneul, par exemple, a été appelé, par quelques naturalistes, canis aviarius terrcslris, et le barbet, canis aviarius aquaticus; et en effet, la seule différence qu'il y ait dans le naturel de ces deux chiens, c'est ([ne le barbet, avec son poil touffu, long et frisé, va plus volontiers u l'eau que l'épagneul, qui a le poil lisse et moins fourni, ou que les trois autres, qui l'ont trop court et trop clair pour ne pas craindre de se mouiller la peau. Enfin, le petit danois et le chien turc ne peuvent manquer d'aller
ne suffit pas qu'ils s'accouplent et produisent ensemble pour qu'on puisse les regarder comme étant de la même espèce , car la fécondité bornée ne donne que le genre : la seule fécondiW continue donne l'espèce. ( Voyez la note de la page 264 et celle de la page 415. )
ensemble, puisqu'il est avéré que le chien turc n'est qu'un petit danois qui
a perdu son poil. Il ne reste que le dogue, qui, par son mu-eau court, semble se rapprocher du petit danois plus que d'aucun autre chien, mais qui en diffère à tant d'autres égards qu'il parait seul former une variété différente de toutes les autres, tant pour la forme que pour l'instinct : ii semble aussi affecter un climat particulier, il vient d'Angleterre, et l'on a peine à en maintenir la race en France; les métis qui en proviennent, et qui sont le dogue de forte race et le doguin, y réussissent mieux : tous ces chiens ont le nez si court qu'ils ont peu d'odorat, et souvent beaucoup d'odeur : il parait aussi que la finesse de l'odorat, dans les chiens, dépend de la grosseur plus que de la longueur du museau, parce que le lévrier, le mâtin et le grand danois, qui ont le museau fort allongé, ont beaucoup moins de nez que le chien courant, le braque et le basset, et même que l'épagneul et le barbet, qui ont tous, ù proportion de leur taille, le museau moins long, mais plus gros que les premiers.
La plus ou moins grande perfection des sens, qui ne fait pas dans l'homme une qualité éminente, ni même remarquable, fait dans les animaux tout leur mérite1, et produit, comme cause, tous les talents dont leur nature peut être susceptible. Je n'entreprendrai pas de faire ici l'énumération de toutes les qualités d'un chien de chasse : on sait assez combien l'excellence de l'odorat, jointe à l'éducation, lui donne d'avantage et de supériorité mu les autres animaux; mais ces détails n'appartiennent que de loin à l'histoire naturelle; et d'ailleurs les ruses et les moyens, quoique émanés de la simple nature, que les animaux sauvages mettent en œuvre pour se dérober à la recherche, ou pour éviter la poursuite et les atteintes des chiens, sont peut-être plus merveilleux que les méthodes les plus Unes de l'art de la chasse.
Le chien, lorsqu'il vient de naître, n'est pas encore entièrement achevé : dans celle espèce, comme dans celles de tous les animaux qui produisent en grand nombre, les petits, au moment de leur naissance, ne sont pas au>>i parfaits que dans les animaux qui n'en produisent qu'un ou ^^u\. Lis chiens naissent communément avec les yeux fermés; les deux paupières ne sont pas simplement collées, mais adhérentes par une membrane qui se déchire lorsque le muscle de la paupière supérieure est devenu assez fut pour la relever et vaincre cet obstacle, cl la plupart des chiens n'ont les yeux ouverts qu'au dixième ou douzième jour. Dans ce même temps, les os du crâne ne sont pas achevés, le corps est bouffi, le museau gonflé, et leur forme n'est pas encore bien dessinée ; mais en moins d'un mois il> apprennent a faire usage de tous leurs sens, el prennent ensuite de la force et un prompl accroissement. Au quatrième mois ils perdent quelques-unes de
•i. ii' marque au i ju te qu'él vée , et qui contredit toute une philosophie : la tupériorité ù» 1 ii mme ne rti al pas du ses sens.
leurs dents, qui, comme dans les autres animaux, sont bientôt remplacées par d'autres qui ne tombent plus : ils ont en tout quarante-deux dents, savoir, six incisives en haut et six en bas, deux canines en haut et deux en bas, quatorze mâchelières en haut et douze en bas; mais cela n'est pas constant, et il se trouve des chiens qui ont plus ou moins de dents mâchelières '. Da:is ce premier âge les mâles comme les femelles s'accroupissent un peu pour pisser ; ce n'est qu'à neuf ou dix mois que les mâles, et même quelques femelles, commencent à lever la cuisse, et c'est dans ce même temps qu'ils commencent à être en état d'engendrer. Le mâle peut s'accoupler en tout temps, mais la femelle ne le reçoit que dans des temps marqués; c'est ordinairement deux fois par an, et plus fréquemment en hiver qu'en été; sa chaleur dure dix, douze, et quelquefois quinze jours; elle se marque par des signes extérieurs; les parties de la génération sont humides, gonflées et proéminentes au dehors; il y a un petit écoulement de sang tant que cette ardeur dure, et cet écoulement, aussi bien que le gonflement de la vulve, commence quelques jours avant l'accouplement : le mâle sent de loin la femelle dans cet état et la recherche , mais ordinairement elle ne se livre que six ou sept jours après qu'elle a commencé à entrer en chaleur. On a reconnu qu'un seul accouplement suffit pour qu'elle conçoive, même en grand nombre; cependant, lorsqu'on la laisse en liberté , elle s'accouple plusieurs fois par jour avec tous les chiens qui se présentent : on observe seulement que lorsqu'elle peut choisir elle préfère toujours ceux de la plus grosse et de la plus grande taille, quelque laids et quelque disproportionnés qu'ils puissent être ; aussi arrive-t-il assez souvent que de petites chiennes qui ont reçu des mâtins périssent en faisant leurs petits.
Une chose que tout le inonde sait, et qui cependant n'en est pas moins une singularité de la nature, c'est que dans l'accouplement ces animaux ne peuvent se séparer, même après la consommation de l'acte de la génération : tant que l'état d'érection et de gonflement subsiste, ils sont forcés de demeurer unis, et cela dépend sans doute de leur conformation. Le chien a non-seulement, comme plusieurs autres animaux, un os dans la verge, mais les corps caverneux forment dans le milieu une espèce de bourrelet fort apparent, et qui se gonfle beaucoup dans l'érection : la chienne, qui de toutes les femelles est peut-être celle dont le clitoris est le plus considérable et le plus gros dans le temps de la chaleur, présente de son côté un bourrelet, ou plutôt une tumeur ferme et saillante, dont le gonflement, aussi bien que celui des parties voisines, dure peut-être bien plus longtemps que celui du mâle, et suffit peut-être aussi pour le retenir malgré
1. F. Cuvier, en comparant les unes aux autres les diverses races de chiens , a trouvé des caces à une dent de plus , soit à l'une , soit à l'autre mâchoire , et jusqu'à des races à un di igt le plus, s it au pied de devant, soit à celui de derrière.
lui; car, au moment que l'acte est consommé, il change de position, il se remet à pied pour se reposer sur ses quatre jambes, il a même l'air triste, et les efforts pour se séparer ne viennent jamais de la femelle.
Les chiennes portent neuf semaines, c'est-à-dire soixante-trois jours, quelquefois soixante-deux ou soixante-un, et jamais moins de soixante; elles produisent six, sept, et quelquefois jusqu'à douze petits; celles qui sont de la plus grande et delà plus forte taille produisent en plus grand nombre que les petites, qui souvent ne font que quatre ou cinq, et quelquefois qu'un ou deux petits, surtout dans les premières portées, qui sont toujours moins nombreuses que les autres dans tous les animaux.
Les chiens quoique très-ardents en amour, ne laissent pas de durer; il ne paraît pas même que l'âge diminue leur ardeur, ils s'accouplent et produisent pendant toute la vie, qui est ordinairement bornée à quatorze ou quinze ans, quoiqu'on en ait gardé quelques-uns jusqu'à vingt. La durée de la vie est dans le chien, comme dans les autres animaux, proportionnelle au temps de l'accroissement; il est environ deux ans à croître, il vit aussi sept fois deux ans. L'on peut connaître son âge par les dents, qui dans la jeunesse sont blanches, tranchantes et pointues, et qui, à mesure qu'il vieillit, deviennent noires, mousses et inégales : on le connaît aussi par le poil, car il blanchit sur le museau, sur le front et autour des yeux.
Ces animaux, qui de leur naturel sont très-vigilants, très-actifs, et qui sont laits pour le plus grand mouvement, deviennent dans nos maisons , par la surcharge de la nourriture, si pesants et si paresseux qu'ils passent toute leur vie à ronfler, dormir et manger. Ce sommeil, presque continuel, e-t accompagné de rêves, et c'est peut-être une douce manière d'exister; ils sont naturellement voraces ou gourmands, et cependant ils peuvent se passer de nourriture pendant longtemps. 11 y a, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences", l'histoire, d'une chienne, qui ayant été oubliée dans une maison de campagne, a vécu quarante jours sans autre nourriture que l'étoffe nu la laine d'un matelas qu'elle avait déchiré. Il parait que l'eau leur e t encore plus nécessaire que la nourriture, ils boivent souvent et abondamment; on croit même vulgairement que quand ils manquent d'eau pendanl longtemps il- deviennent enragés. Une chose qui leur esl particulière, c'esl qu'ils paraissent faire de- efforts et souffrir toutes les l'ois qu'ils rendent leurs excréments : ce u'esl pas, comme le dit Aristote b, parce (pic les intestins deviennent plus étroits en approchanl de l'anus; il est certain au contraire que dans le chien , comme dans le- bu très animaux, les gros boyaux B'élargissenl toujours de plus eu plus, ci que le rectum est plu- large que le colon : la sécheresi e du tempérament de ce! animal suflil pour produire cel effet, et les étranglements qui se trouvent dans le
a. Mrin-.ii. ' l'Académie dei Sciences, année 1706, p. 5. L. Aii lot. de i I imo.
L/UKDUK àes <'U,ll'y>\S
colon sont trop loin pour qu'on puisse l'attribuer à la conformation des intestins.
Pour donner une idée plus nette de l'ordre des chiens, de leur dégénération dans les différents climats , et du mélange de leurs races , je joins ici une table, ou, si l'on veut, une espèce d'arbre généalogique où l'on pourra voir d'un coup d'œil toutes ces variétés : celte table est orientée comme les cartes géographiques, et l'on a suivi, autant qu'il était possible, la position respective des climats.
Le chien de berger est la souche de l'arbre ' : ce chien , transporté dans les climats rigoureux du Nord , s'est enlaidi et rapetissé chez les Lapons , et paraît s'être maintenu et même perfectionné en Islande, en Russie, en Sibérie, dont le climat est un peu moins rigoureux, et où les peuples sont un peu plus civilisés. Ces changements sont arrivés par la seule influence de ces climats , qui n'a pas produit une grande altération dans la forme, car tous ces chiens ont les oreilles droites, le poil épais et long, l'air sauvage , et ils n'aboient pas aussi fréquemment ni de la même manière que ceux qui, dans des climats plus favorables, se sont perfectionnés davantage. Le chien d'Islande est le seul qui n'ait pas les oreilles entièrement druites, elles sont un peu pliées par leur extrémité : aussi l'Islande est, de tous ces pays du Nord, l'un des plus anciennement habités par des hommes à demi civilisés.
Le même cbien de berger, transporté dans des climats tempérés et chez des peuples entièrement policés, comme en Angleterre, en France, en Allemagne, aura perdu son air sauvage, ses oreilles droites, son poil rude, épais et long, et sera devenu dogue, chien courant et mâtin, par la seule influence de ces climats. Le mâtin et le dogue ont encore les oreilles en partie droites, elles ne sont qu'à demi pendantes, et ils ressemblent assez, par leurs mœurs et par leur naturel sanguinaire, au chien duquel ils tirent leur origine. Le chien courant est celui des trois qui s'en éloigne le plus; les oreilles longues, entièrement pendantes, la douceur, la docilité, et, si on peut le dire, la timidité de ce chien, sont autant de preuves de la grande dégénération , ou , si l'on veut , de la grande perfection qu'a produite une longue domesticité, jointe à une éducation soignée et suivie.
Le chien courant, le braque et le basset ne font qu'une seule et même
î. « Le chien nous a donné son espèce entière , et à ce point que le type de cette espèce semble
« avoir disparu A défaut du chien primitif, F. Cuvier remonte jusqu'au chien le moins
« modifié par rii<>mme, c'est-à-dire jusqu'au chien de l'homme le plus grossier, le moins « industrieux de la terre, jusqu'au chien de l'habitant de la Nouvelle-Hollande. C'est ce chien « qu'il prend pour type de l'espèce. Après le chien de la Nouvelle-Hollande, celui qui se rap-
« proche le plus de l'état sauvage est le chien des Esquimaux Ils n'ont , ni l'un ni l'autre ,
« l'aboiement net et distinct de nos chiens domestiques; et ils ont, l'un et l'autre, sous leur « poil soyeux, une sorte de poil laineux ou de duvet que nos chiens domestiques ont entière- « ment perdu. » (Voyez mon ouvrage intitulé : De l'instinct et de l'intelligence des animaux.)
i96 LE CHIEN.
race de chiens; car l'on a remarqué que dans la même portée il se trouve assez souvent des chiens courants, des braques et des bassets , quoique la lice n'ait été couverte que par l'un de ces trois chiens. J'ai accole le braque de Bengale au braque commun, parce qu'il n'en diffère en effet que par la robe, qui est mouchetée; et j'ai joint de même le basset à jambes torses au basset ordinaire, parce que le défaut dans les jambes de ce chien ne vient originairement que d'une maladie semblable au rachitis, dont quelques individus ont été attaqués et dont ils ont transmis le résultat , qui est la déformation des os, à leurs descendants.
Le chien courant, transporté en Espagne et en Barbarie, où presque tous les animaux ont le poil fin, long et fourni, sera devenu épagneul et barbet; le grand et le petit épagneul, qui ne diffèrent que par la taille, transportés en Angleterre, ont changé de couleur du blanc au noir, et sont devenus, par l'influence du climat, grand et petit gredins, auxquels on doit joindre le pyrame, qui n'est qu'un gredin noir comme les autres, mais marqué de feu aux quatre pattes, aux yeux et au museau.
Le mâtin, transporte au Nord, est devenu grand danois, et, transporté au Midi, est devenu lévrier : les grands lévriers viennent du Levant, ceux de taille médiocre, d'Italie; et ces lévriers d'Italie, transportés en Angleterre, sont devenus levrons, c'est-à-dire lévriers encore plus petits.
Le grand danois, transporté en Irlande, en Ukraine, en Tartaiie, en Épire, en Albanie, est devenu chien d'Irlande, et c'est le plus grand de tous les chiens.
Le dogue , transporté d'Angleterre en Danemark , est devenu petit danois, et ce même petit danois, transporté dans les climats chauds, est devenu chien turc. Toutes ces rare-, avec leurs variétés, n'ont été produites que par l'influence du climat, jointe à la douceur de l'abri, à l'effet de la nourriture et au résultat d'une éducation soignée ; les autres chiens ne sont pas de races pures , et proviennent du mélange de ces premières race- : j'ai marqué par des lignes ponctuées la double origine de ces races métives.
Le lévrier et le mâtin ont produit le lévrier métis, que l'on appelle aussi lévrier à poil de loup; ce métis a le museau moins effilé que le franc lévrier, qui esl très-rare en France.
Le grand danois et le grand épagneul ont produit ensemble le chien de
Galabre, qui est un beau chien à longs poils touffus, et plus grand par la taille que les plus gin- malins.
L' épagneul et le bàssel produisent un autre chien que l'on appelle burgos.
L'épagneul el le pelil danois produisent le chien-lion, qui est maintenant foi i rare.
Les chiens à longs poils fins el frisés, que l'on appelle bouffes et qui sent
de la taille des plus grands barbets, viennent du grand épagneul et du barbet.
Le petit barbet vient du petit épagneul et du barbet.
Le dogue produit avec le mâtin un chien métis que l'on appelle dogue de forte race, qui est beaucoup plus gros que le vrai dogue, ou dogue d'Angleterre, et qui tient plus du dogue que du mâtin.
Le doguin vient du dogue d'Angleterre et du petit danois.
Tous ces cbiens sont des métis simples, et viennent du mélange de deux races pures; mais il y a encore d'autres chiens qu'on pourrait appeler doubles métis , parce qu'ils viennent du mélange d'une race pure et d'une race déjà mêlée.
Le roquet est un double métis qui vient du doguin et du petit danois.
Le chien d'Alicante est aussi un double métis, qui vient du doguin et du petit épagneul.
Le chien de Malte, ou bichon , est encore un double métis qui vient du petit épagneul et du petit barbet.
Enfin il y a des chiens qu'on pourrait appeler triples métis, parce qu'ils viennent du mélange de deux races déjà mêlées toutes deux; tel est le chien artois, islois ou quatre-vingt, qui vient du doguin et du roquet; tels sont encore les chiens que l'on appelle vulgairement chiens des rues, qui ressemblent à tous les chiens en général sans ressembler à aucun en particulier , parce qu'ils proviennent du mélange de races déjà plusieurs fois mêlées J.
Le chat est un domestique infidèle qu'on ne garde que par nécessité, pour l'opposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode et qu'on ne peut chasser : car nous ne comptons pas les gens qui, ayant du goût pour toutes les bêtes , n'élèvent des chats que pour s'en amuser; l'un est l'usage, l'autre l'abus; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers que l'âge augmente encore et que l'éducation ne fait que masquer. De voleurs déterminés ils deviennent seulement, lorsqu'ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fripons; ils ont la même adresse, la même subtilité, le même goût pour faire le mal, le même
l..Le lecteur pourra rapprocher, de ce premier travail sur les races des chiens, celui de F. Cuvier, que j'ai déjà cité. (Voyez les Ann. du Mus., t. XVIII, p. 333.)
* Faits catus (Linn.). — Ordre des Carnassiers; famille des Carnivores; tribu des Digitigrades; genre Chat (Cuv.).
'J. L'histoire du Chat ouvre le VI» volume de l'édition in-4° de l'Imprimerie royale, volume publié en 1756.