I. Allures du cerf, distance de ses pas
m. Tête , bois ou cornes du cerf.
n. En revoir, c'est avoir des indices du cerf par le pied.
o. Nota que, comme le pied du cerf s'use plus ou moins suivant la nature des terrains qu'il habite, il ne faut entendre ceci que de la comparaison entre cerfs du même pays, et que par conséquent il faut avoir d'autres connaissances, parce que dans le temps du rut on court souvent des cerfs venus de loin.
p. Se méjuger, c'est, pour le cerf, mettre le pied de derrière hors de la trace de celui de devant.
pied, il est obligé de suivre le contre-pied " de la bête pour tâcher de trouver les famées et île la reconnaître par cet indice, qui demande autant et peutêtre plus d'habitude que la connaissance du pied; sans cela, il De lui sciait pas possible de faire un rapport juste à l'assemblée des chasseurs. Et lorsque sur ce rapport l'on aura conduit les chiens à ses brisées b, il doit encore savoir animer son limier, el le faire appuyer sur les voies jusqu'à ce (pie le cerf soit lancé : dans cet instant, celui qui laisse courre c sonne pour faire découpler d les chiens, et, dès qu'ils le sont, il doit les appuyer de la voix et de la trompe; il doit aussi être connaisseur, et bien remarquer le pied de son cerf, afin de le reconnaître dans le change *ou dans le cas qu'il soit accompagné. Il arrive souvent alors que les chiens se séparent et font deux chasses : les piqueurs ^ doivent se séparer aussi et rompre 'J les chiens qui se sont fourvoyés '', pour les ramener et les rallier à ceux qui chassent le cerf de meute. Le piqueur doit bien accompagner ses chiens, toujours piquer à côté d'eux, toujours les animer sans trop les presser, les aider sur le change, sur un retour, et, pour ne se pas méprendre, tâcher de revoir du cerf aussi souvent qu'il est possible; car il ne manque jamais de faire des ruses, il passe et repasse souvent deux ou trois fois sur sa voie, il cherche à se faire accompagner d'autres bêle.-, pour donner le change, et alors il perce et s'éloigne tout de suite, ou bien il se jette à l'écart, se cache et reste sur le ventre. Dans ce cas, lorsqu'on est en défaut ', on prend les devants, on retourne sur les derrières; les piqueurs et les chiens travaillent de concert : si l'on ne retrouve pas la voie du cerf, on juge qu'il est resté dans l'enceinte dont on vient de faire le tour, on la foule de nouveau; et lorsque le cerf ne s'y trouve pas, il ne reste d'autre moyen que d'imaginer la refuite qu'il peut avoir faite, vu le pays où l'on est, et d'aller l'y chercher. Dès qu'on sera retombé sur les voies, et que les chiens auront relevé le défaut-', ils chasseront avec plus d'avantage, parce qu'ils sentent bien que le cerf esl déjà fatigué; leur ardeur augmente à mesure qu'il s'affaiblit, et leur sentiment est d'autant plus distinct cl plus vif que le cerf est plus échauffé; aussi redoublent-ils ci de jambes cl île voix, et quoiqu'il lasse alors plus de ruses que jamais, connue il ne peul plus courir au— i \ iie, ni par conséquent s'éloigner beaucoup de- chiens, ses ruses el ses détours sont inutiles, il n'a
a. Suivre le contre-pied, c'i Bl buivi
b. Un 4 s , i m. ii. .il ,.u le ci rf-esl entré , et où l'on ai pu des branches pour le remorquer.
<-. Laisser courre »» cerf, i i it le lancer ai i te limier c'i il i-dire le faire partir.
ii i i chiens, c - si dotai ai r les i l d'avec l' tutre pour l. s fairi
0. ( liangi . ■ [ue le i ii' en \.i chercher an autre p i ri ice.
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LE CERF. 5i3
d'autre ressource que de fuir la terre qui le trahit, et de se jeter à l'eau pour dérober son sentiment aux chiens. Les piqueurs traversent ces eaux, ou bien ils tournent autour, et remettent ensuite les chiens sur la voie du cerf, qui ne peut aller loin dès qu'il a battu a l'eau, et qui bientôt est aux abois b, où il tâche encore de défendre sa vie, et blesse souvent de coups d'andouillers les chiens et même les chevaux des chasseurs trop ardents, jusqu'à ce que l'un d'entre eux lui coupe le jarret pour le faire tomber, et l'achève ensuite en lui donnant un coup de couteau au défaut de l'épaule. On célèbre en même temps la mort du cerf par des fanfares, on le laisse fouler aux chiens, et on les fait jouir pleinement de leur victoire en leur faisant curée c. Toutes les saisons, tous les temps ne sont pas également bons pour courre le cerf d : au printemps, lorsque les feuilles naissantes commencent à parer les forêts, que la terre se couvre d'herbes nouvelles et s'émaille de fleurs, leur parfum rend moins sûr le sentiment des chiens; et comme le cerf est alors dans sa plus grande vigueur, pour peu qu'il ait d'avance, ils ont beaucoup de peine à le joindre. Aussi les chasseurs conviennent-ils que la saison où les biches sont prêtes à mettre bas est celle de toutes où la chasse est la plus difficile, et que dans ce temps les chiens quittent souvent un cerf mal mené pour tourner à une biche qui bondit devant eux ; et de même, au commencement de l'automne, lorsque le cerf est en rut e, les limiers quêtent sans ardeur; l'odeur forte du rut leur rend peut-être la voie plus indifférente; peut-être aussi tous les cerfs ont-ils dans ce temps à peu près la même odeur. En hiver, pendant la neige, on ne peut pas courre le cerf, les limiers n'ont point de sentiment, et semblent suivre les voies plutôt à l'œil qu'à l'odorat. Dans cette saison, comme les cerfs ne trouvent pas à viander ' dans les forts, ils en sortent, vont et viennent dans les pays plus découverts, dans les petits taillis, et même dans les terres ensemencées; ils se niellent en bardes o dès le mois de décembre, et pendant les grands froids ils cherchent à se mettre à l'abri des eûtes, ou dans des endroits bien fourrés où ils se tiennent serrés les uns contre les autres, et se réchauffent de leur haleine. A la fin de l'hiver, ils gagnent le bord des forêts et sortent dans les blés. Au printemps ils mettent bas h, la tète se détache d'elle-même, ou par un petit effort qu'ils font en s'accrochant à quelque branche : il est rare que les deux côtés tombent précisément en même temps, et souvent il y a un
a. Battre l'eau, battre les eaux, c'est traverser, après avoir éti longtemps chassé, une rivière ou un étang.
b. Abois, c'est lorsque le cerf1 est à l'extrémité et tout à fait épuisé de forces.
c. Faire curée, donner la curée , c'est faire manger aux chiens le cerf ou la Lète qu'ils o:.\ ;
d. Courre le cerf, chasser le cerf avec des chiens-couran's.
e. liut , chaleur, ardeur d'amour.
f. Viander, brouter, manger.
g. llarde , troupe de cerfs.
h. Mettre bas , c'est lorsque le bois des cerfs tombe.