‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 75 sur 126 · LE CE II F · texte numérisé non relu

LE CE II F

jour ou deux d'intervalle entre la chute de chacun des côtés de la tête. Les vieux cerfs sont ceux qui mettent bas les premiers, vers la fin de février ou au commencement de mars; les cerfs de dix cors ne mettent bas que vers le milieu ou la fin de mars; ceux de dix cors jeunement dans le mois d'avril ; les jeunes cerfs au commencement, et les daguets vers le milieu et la fin de mai; mais il y a sur tout cela beaucoup de variétés, et l'on voit quelquefois de vieux cerfs mettre bas plus tard que d'autres qui sont plus jeunes. Au re.-te, la mue de la tète des cerfs avance lorsque l'hiver est doux, et retarde lorsqu'il est rude et de longue durée.

Dès que les cerfs ont mis bas, ils se séparent les uns des autres, et il n'y a plus que les jeunes qui demeurent ensemble ; ils ne se tiennent pas dans les forts, mais ils gagnent les beaux pays, les buissons, les taillis clairs, où ils demeurent tout l'été pour y refaire leur tête ; et dans celte saison il. marchent la tète basse, crainte de la froisser contre les branches, car elle est sensible tant qu'elle n'a pas pris son entier accroissement. La tète des plus vieux cerfs n'est encore qu'à moitié refaite vers le milieu du mois de mai, et n'e.-t tout à fait allongée et endurcie que vers la fin de juillet : celle des plus jeunes cerfs, tombant plus tard, repousse et se refait aussi plus tard; mais dès qu'elle o>f entièrement allongée et qu'elle a pris de la solidité, les cerfs la frottent contre les arbres pour la dépouiller de la peau dont elle est revêtue ; et comme ils continuent à la frotter pendant plusieurs jours de suite, on prétend a qu'elle se teint de la couleur de la sève du bois auquel ils touchent, qu'elle devient rousse contre les hêtres et les bouleaux, brune contre les chênes, et noirâtre contre les charmes et les trembles. On dit aussi que les tètes des jeunes cerfs, qui sont lisses et peu perlées, ne se teignent pas à beaucoup près autant (pie celles des vieux cerfs, dont les perlures sont fort près les unes des autres, parce que ce sont ces périmes qui retiennent la sève qui colore le bois; mais je ne puis me persuader (pie ce soit là la vraie cause de cet effet, ayant eu des cerfe privés et enfermés dans des enclos où il n'y avait aucun arbre, et où par conséquent ils n'avaient pu toucher au bois, desquels cependant la tête était colorée comme celle des autres.

Peu de temps après que les cerfs ont bruni leur lèle, ils commencent à re entir les impressions du rut; les vieux sont les plus avancés : dès la fin d'août 1 1 le commencement de septembre, ils quittent le-- buissons, re- \ iennenl dans les forts, et commencent à chercher les bêtes 6; ils raient c d'une voix forte, le cou et la gorge leur enflent, ils m' tourmentent, ils traversent en plein jour les guérets et les plaines, ils donnent de la tète tre les arbres cl les cépées, enfin ils parai— eut transportés, furieux ,

". Voyez 1 Nouveau traité in la Vénerit. Paris , 1750, p. 17. i> /■ bâti , ■ n i. rme de cl oifli ni Ut ' iches.

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et courent de pays en pays jusqu'à ce qu'ils aient trouvé des hôtes, qu'il ne suffit pas de rencontrer, mais qu'il faut encore poursuivre, contraindre, assujettir ; car elles les évitent d'abord, elles fuient et ne les attendent qu'après avoir été longtemps fatiguées de leur poursuite. C'est aussi parles plus vieilles que commence le rut; les jeunes biches n'entrent en chaleur que plus tard; et lorsque deux cerfs se trouvent auprès de la même, il faut encore combattre avant que de jouir : s'ils sont d'égale force, ils se menacent, ils grattent la terre, ils raient d'un cri terrible, et, se précipitant l'un sur l'autre, ils se battent à outrance et se donnent des coups de tète et d'andouillers a si forts, que souvent ils se blessent à mort. Le combat ne finit que par la défaite ou la fuite de l'un des deux, et alors le vainqueur ne perd pas un instant pour jouir de sa victoire et de ses désirs , à moins qu'un autre ne survienne encore, auquel cas il part pour l'attaquer et le faire fuir comme le premier. Les plus vieux cerfs sont toujours les maîtres, parce qu'ils sont plus fiers et plus hardis que les jeunes, qui n'osent approcher d'eux ni de la bête, et qui sont obligés d'attendre qu'ils l'aient quittée pour l'avoir à leur tour : quelquefois cependant ils sautent sur la biche pendant que les vieux combattent, et après avoir joui fort à la hâte , ils fuient promptement. Les biches préfèrent les vieux cerfs , non pas parce qu'ils sont plus courageux, mais parce qu'ils sont beaucoup plus ardents et plus chauds que les jeunes; ils sont aussi plus inconstants, ils ont souvent plusieurs bêtes à la fois; et, lorsqu'ils n'en ont qu'une, ils ne s'y attachent pas, ils ne la gardent que quelques jours, après quoi ils s'en séparent et vont en chercher une autre auprès de laquelle ils demeurent en core moins, et passent ainsi successivement à plusieurs jusqu'à ce qu'ils soient tout à fait épuisés.

Cette fureur amoureuse ne dure que trois semaines; pendant ce temps ils ne mangent que très-peu, ne dorment ni ne reposent ; nuit et jour ils sont sur pied , et ne font que marcher, courir, combattre et jouir : aussi sortent-ils de là si défaits, si fatigués, si maigres, qu'il leur faut du temps pour se remettre et reprendre des forces ; ils se retirent ordinairement alors sur le bord des forêts, le long des meilleurs gagnages, où ils peuvent trouver une nourriture abondante, et ils y demeurent jusqu'à ce qu'ils soient rétablis. Le rut, pour les vieux cerfs, commence au 1er de septembre, et finit vers le 20; pour les cerfs de dix cors, et de dix cors jeuncmeut, il commence vers le 10 de septembre et finit dans les premiers jours d'octobre; pour les jeunes cerfs, c'est depuis le 20 septembre jusqu'au 1 5 octobre; et sur la fin de ce même mois il n'y a plus que les daguets qui soient en rut, parce qu'ils y sont entrés les derniers de tous : les plus jeunes biches sont de même les dernières en chaleur. Le rut est donc entièrement

a. Andouillers, cornichons du bois de cori'.

lini au commencement de novembre, et les cerfs, dans ce temps de faiblesse, sont tuiles à forcer. Dan- les années abondantes en gland, ils se rétablissent en peu de temps par la bonne nourriture, et l'on remarque souvent un second rut à la fin d'octobre, mais qui dure beaucoup moins (pie le premier.

Dans les climats plus chauds que celui de la France, comme les saisons sont plus avancées, le rut est aussi plus précoce. En Grèce a, par exemple, il paraît, par ce qu'en dit Aristole, qu'il commence dans les premiers juins d'août, et qu'il linit à la fin de septembre. Les biches portent huit mois et quelques jours; elles ne produisent ordinairement qu'un faon b , et trèsrarement deux; elles niellent bas au mois de mai et au commencement de juin ; elles ont grand soin de dérober leur faon à la poursuite des chien-, elles se présentent et se font chasser elles-mêmes pour les éloigner, après quoi elles viennent le rejoindre. Toute- les biches ne sont pas fécondes; il \ en a qu'on appelle brehaignes, qui ne portent jamais; ces biches sont plus grosses et prennent beaucoup plus de venaison que les autres, aus>i sont-elles les premières en chaleur : on prétend aussi qu'il se trouve quelquefois des biche- qui ont un bois comme le cerf, et cela n'est pas absolument contre toute vraisemblance. Le faon ne porte ce nom que jusqu'à six omis environ ; alors les bos>es commencent à paraître, et il prend le nom de hère jusqu'à ce que ce- bosses allongées en dagues lui fassent prendre le m. m de daguet. Il ne quitte pas sa mère dans les premiers temps, quoiqu'il prenne un assez prompt accroissement; il la suit pendant tout l'été. Lu hiver, les biches, le- hères, les daguets et les jeunes cerfs se rassemblent eu h ode- ( t forment des troupe- d'autant plu- nombreuses que la saison est plu • rigoureuse. Au printemps il> se dh isent, le- biches se recèlent pour mettre bas, et dans ce temps il n'j a guère que les daguets et les jeunes cerfc qui aillent ensemble. En général, les cerfs sont portés à demeurer les uns avec le- autre-, à marcher de compagnie, et ce n'est que la crainte ou l.i nécessité qui les disperse nu les sépare.

I.e cerf est en étal d'engendrer à l'âge de dix-huit mois, car on voit des daguets, c'est-à-dire de- cerf- nés au printemps de l'année précédente, cou i rir de- biche- en automne, et l'on ('nul présumer que ces accouplements -ont prolifiques. Ce qui pourrait peut-être en faire douter, c'est qu'ils n'ont encore pris alors qu'environ la moitié ou le- dcu\ lier- de leur accroissement, qui; les cerf- croissent et grossissent jusqu'à l'âge «le huit ans, et que leur tête va toujours » n augmentant tous le- an- jusqu'au même âge : mais il faut observer qui1 le faon qui vient de naître se fortifie eu peu de temps, que son accroissement est prompt dans la première année et ne se ralentit pas dans la seconde, qu'il \ a môme déjà surabondance de nourriture,

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