Faon, c'est le pcl i le na
puisqu'il pousse des dagues , et c'est là le signe le plus certain de la puissance d'engendrer. Il est vrai que les animaux en général ne sont en état d'engendrer que lorsqu'ils ont pris la plus grande partie de leur accroissement; mais ceux qui ont un temps marqué pour le rut, ou pour le frai semblent faire une exception à cette loi. Les poissons fraient et produisent avant que d'avoir pris le quart, ou môme la huitième partie de leur accroissement ; et dans les animaux quadrupèdes, ceux qui, comme le cerf, l'élan, le daim, le renne, le chevreuil, etc. , ont un rut bien marqué, engendrent aussi plus tôt que les autres animaux.
Il y a tant de rapports entre la nutrition, la production du bois, le rut et la génération dans ces animaux, qu'il est nécessaire, pour en bien concevoir les effets particuliers, de se rappeler ici ce que nous avons établi de plus général et de plus certain au sujet de la génération * : elle dépend en entier de la surabondance de la nourriture. Tant que l'animal croît (et c'est toujours dans le premier âge que l'accroissement est le plus prompt), la nourriture est entièrement employée à l'extension, au développement du corps; il n'y a donc nulle surabondance, par conséquent nulle production, nulle sécrétion de liqueur séminale, et c'est par cette raison que les jeunes animaux ne sont pas en état d'engendrer; mais lorsqu'ils ont pris la plus grande partie de leur accroissement, la surabondance commence à se manifester par de nouvelles productions. Dans l'homme, la barbe, le poil, le gonflement des mamelles, l'épanouissement des parties de la génération, précèdent la puberté. Dans les animaux en général, et dans le cerf en particulier, la surabondance se marque par des effets encore plus sensibles; elle produit la tête, le gonflement des daintiers a, l'enflure du cou et de la gorge, la venaison b, le rut, etc. Et comme le cerf croit fort vite dans le premier âge, il ne se passe qu'un an depuis sa naissance jusqu'au temps où cette surabondance commence à se marquer au dehors par la production du bois : s'il est né au mois de mai, on verra paraître dans le même mois de l'année suivante les naissances du bois qui commence à pousser sur le têt c. Ce sont deux dagues qui croissent, s'allongent et s'endurcissent à mesure que l'animal prend de la nourriture; elles ont déjà vers la fin d'août pris leur entier accroissement, et assez de solidité pour qu'il cherche à les dépouiller de leur peau en les frottant contre les arbres; et dans le môme temps il achève de se charger de venaison, qui est une graisse abondante produite aussi par le superflu de la nourriture, qui dès lors commence à se
a- Les dainliers du cerf sont ses testicules.
b. Venaison, c'est la graisse du cerf, qui augmente pendant L'été, et dont il est surchargé au commencement de l'automne , dans le temps du rut.
c. Le têt est la partie de l'os frontal sur lacfuelle appuie le bois du cerf.
i. Voyez les chapitres il, ni, îv de l'h'stoire générale des animaux !l" volume de Cette édition).
déterminer vois les parties de la génération, et ù exciter le cerf à celle ardeur du rut qui le rend furieux. Et ce qui prouve évidemment que la production du bois et celle de la liqueur séminale dépendent de la m cause, c'est que, si vous détruisez la source de la liqueur séminale en supprimant par la castration les organes nécessaires pour cette sécrétion, vous supprimez en même temps la production du bois; car si l'on fait celle opération dans le temps qu'il a mis lias sa tète, il ne s'en forme pas une nouvelle; et si on ne la fait au contraire que dans le temps qu'il a refait sa tête, elle ne tombe plus; l'animal, en un mot, reste pour toute la vie dans l'état où il était lorsqu'il a subi la castration; et comme il n'éprouve plus le- ardeurs du rut, les signes qui raccompagnent disparaissent aussi; il n'y a plus de venaison, plus d'enflure au cou ni à la gorge, et il devient d'un naturel plus doux et plus tranquille. Ces parties que l'on a retranchées étaient donc nécessaires, non-seulement pour faire la sécrétion de la nourriture surabondante, mais elles servaient encore à l'animer, à la pou-ser ai debors dans toutes les parties du corps sous la forme de la venaison, et en particulier au sommet de la tète, où elle se manifeste plus que partout ailleurs par la production du bois. Il est vrai que les cerfs coupés ne laissent pas de devenir gras, mais ils ne produisent plus de bois ; jamais la gorge ni le cuu ne leur enflent, et leur graisse ne s'exalte ni ne s'échauffe pas comme la venaison descerfs entiers, qui, lorsqu'ils sent en rut, ont une odeur si forte qu'elle infecte de loin; leur chair même en esl si fort imbue et pénétrée qu'on ne peut ni la manger, ni la sentir, et qu'elle se corrompt en peu de temps, au lieu que celle du cerf coupé se conserve fraîche et peut se manger dans tous le- temps. Une autre preuve que la production du bois vient uniquement de la surabondance de la nourriture, c'esl la différence qui se trouve entre les têtes des cerf- de même âge, dont les unes -ont très-grosses, très-fournies, et les autres prèles et menues, ce qui dépend absolument de la quantité de h nourriture ; car un cerf qui habite un pays abondant, où il viande à son aie, où il n'esl troublé ni par les chiens, ni par le- hommes, où, après avoir repu tranquillement, il peul ensuite ruminer en repos, aura toujours la tête belle, haute, bien ouverte, l'empaumure" largo et bien garnie, le merrain '' gros el bien perlé, avec grand nombre d'andouillers forts et longs; au lieu que celui qui m' trouve dans un pays où il n'a ni repos, ni nourriture suffisante, n'aura qu'une tête mal nourrie, dont l'cmpaumurc sera serrée, le merrain grêle et les andouillers menus cl en pelil nombre; en . orte qu'il esl toujours aisé de juger par la tête d'un cerf s'il liabite un pays abondant el tranquille, cl s'il a clé bien ou mal nourri.
Ceux qui se portent mal, qui ont été blessés, un seulement qui oui ele
a. Enij a l lo haut de la tel du cerf, qui . '■ i irgil in, et cù il y b plnsieui in ilcmen
b. Mcrra ic, la tige du]
inquiétés et courus, prennent rarement une belle tète et une bonne venaison; ils n'entrent en rut que plus tard; il leur a fallu plus de temps pour refaire leur tète, et ils ne la mettent bas qu'après les autres; ainsi tout concourt à faire voir que ce bois n'est, comme la liqueur séminale, que le superflu, rendu sensible, de la nourriture organique qui ne peut être employée tout entière au développement , à l'accroissement ou à l'entretien du corps de l'animal.
La disette retarde donc l'accroissement du bois, et en diminue le volume très-considérablement; peut-être même ne serait-il pas impossible, en retrancbant beaucoup la nourriture, de supprimer en entier cette production, sans avoir recours à la castration : ce qu'il y a de sûr, c'est que les cerfs coupés mangent moins que les autres; et ce qui fait que dans cette espèce, aussi bien que dans celle du daim, du cbevreuil et de l'élan, les femelles n'ont point de bois, c'est qu'elles mangent moins que les mâles, at que, quand même il y aurait de la surabondance, il arrive que dans le temps où elle pourrait se manifester au dehors, elles deviennent pleines; par conséquent le superflu de la nourriture étant employé à nourrir le fœtus et ensuite à allaiter le faon, il n'y a jamais rien de surabondant. Et l'exception que peut faire ici la femelle du renne, qui porte un bois comme le mâle, est plus favorable que contraire à cette explication; car de tous les animaux qui portent un bois, le renne est celui qui, proportionnellement à sa taille, l'a d'un plus gros et d'un plus grand volume, puisqu'il s'étend en avant et en arrière, souvent tout le long de son corps : c'est aussi de tous celui qui se ebarge le plus abondamment a de venaison; et d'ailleurs le bois que portent les femelles est fort petit en comparaison de celui des mâles. Cet exemple prouve donc seulement que, quand la surabondance est si grande qu'elle ne peut être épuisée dans la gestation par l'accroissement du fœtus, elle se répand au dehors et forme dans la femelle, comme dans le mâle, une production semblable, un bois qui est d'un plus petit volume, parce que celte surabondance est aussi en moindre quantité.
Ce que je dis ici de la nourriture ne doit pas s'entendre de la masse ni du volume des aliments, mais uniquement de la quantité des molécules organiques que contiennent ces aliments : c'est cette seule matière qui est vivante, active et productrice; le reste n'est qu'un marc, qui peut être plus ou moins abondant snns rien changer à l'animal. Et comme le lichen, qui est la nourriture ordinaire du renne, est un aliment plus substantiel que les feuilles, les écorces ou les boutons des arbres dont le cerf se nourrit, il n'est pas étonnant qu'il y ait plus de surabondance de celte nourriture orga-
a. Le rangier (c'est le renne) , est une bète semblable au cerf, et a sa tète divers!', plus grande et chevillée ; il porte bien quatre-vingts cors, aucune fois moins , sa tète lui couvre le corps ; il a plus grande venaison que n'a un cerf en sa saison. Voyez la Chasse du roi Phœbus , imprimée à la sud.' de la Vénerie de du Fouilloux. Rouen, 1C30, p. 97.
nique, et par conséquent plus de bois et plus de venaison dans le renne que dans le cerf. Cependant il faut convenir que la matière organique, qui forme le bois dans ces espèces d'animaux , n'est pas parfaitement dépouillée des parties brutes auxquelles elle était jointe, et qu'elle conserve encore, après avoir passé par le corps de l'animal, des caractères de son premier état dans le végétal. Le bois du cerf pousse, croit et se compose comme le buis d'un arbre : sa substance est peut-être moins osseuse que ligneuse ' ; c'est, pour ainsi dire, un végétal greffé sur un animal, et qui participe tic la nature des deux, et forme une de ces nuances auxquelles la nature aboutit toujours dans les extrêmes, et dont elle se sert pour rapprocher les choses les plus éloignées.
Dans l'animal, comme nous l'avons dit a, les os croissent par leurs deux extrémités à la fois; le point d'appui contre lequel s'exerce la puissance de leur extension en longueur est dans le milieu de la longueur de l'os : celte partie du milieu e-f aussi la première formée, la première ossifiée, cl les deux extrémités vont toujours en s'éloignant de la partie du milieu, et restent molles jusqu'à ce que l'os ait pris son entier accroissement dans cette dimension. Dans le végétal, au contraire, le bois ne croît que par une seule de ses extrémités; le bouton qui se développe et qui doit former la branche est altacbé au vieux bois par l'extrémité inférieure, et c'est sur ce point d'appui que s'exerce la puissance de son extension en longueur. Celle différence si marquée entre la végétation des os des animaux cl des parties solides des végétaux ne se trouve point dans le bois qui croit sur la tète des cerfs; au contraire, rien n'est plus semblable à l'accroissement du bois d'un arbre : le bois du cerf ne s'étend que par l'une de ses extrémités, l'autre lui sert de point d'appui; il e^t d'abord tendre comme l'herbe, et se durcit ensuite comme le bois; la peau qui s'étend et qui croit avec lui est son écorce, et il s'en dépouille lorsqu'il a pris son entier accroissement; tant qu'il croit, l'extrémité supérieure demeure toujours molle ; il se di\ ise aussi en plusieurs rameaux; le merrain est l'arbre, les andouillers en sont les branches; en un mot, tout est semblable, tout est conforme dans le développement el dans l'accroissement de l'un et de l'autre; et dès lors les molécules organiques qui constituent la substance vivante du bois de cerf retiennent encore l'empreinte du végétal, parce qu'elles s'arrangent de la même façon que dans les végétaux. La matière domine donc ici sur la forme : le cerf, qui n'habite que dans les buis et qui ne se nourrit que de- rejetons des arbres, prend une si foile teinture de bois, qu'il produit lui-même mie espèce «le bois1 qui conserve assez les caractères de sou i rigine pour qu'on ne puisse s'\ méprendre; et cet effet, quoique très-
a. \ oyez L'artii I de la \ ii Messe et de la Morl , p. <;s.
1. i. bois , fo. corne dv cerf n'a rien de ligneux. Cette corne est nn os.