Voyez ii noti préi èé oto
singulier, n'est cependant pas unique ; il dépend d'une cause générale que j'ai déjà eu occasion d'indiquer plus d'une fois dans cet ouvrage.
Ce qu'il y a de plus constant, de plus inaltérable dans la nature, c'est l'empreinte ou le moule de chaque espèce, tant dans les animaux que dans les végétaux; ce qu'il y a de plus variable et de plus corruptible, c'est la substance qui les compose1. La matière, en général, parait être indifférente à recevoir telle ou telle forme, et capable de porter toutes les empreintes possibles : les molécules organiques, c'est-à-dire les parties vivantes de celle matière, passent des végétaux aux animaux, sans destruction, sans altération, et forment également la substance vivante de l'herbe, du bois, de la chair et des os. Il parait donc, à cette première vue, que la matière ne peut jamais dominer sur la forme, et que, quelque espèce de nourriture que prenne un animal, pourvu qu'il puisse en tirer les molécules organiques qu'elle contient, et se les assimiler par la nutrition, cette nourriture ne pourra rien changer à sa foi me, et n'aura d'autre effet que d'entretenir ou faire croître son corps, en se modelant sur toutes les parties du moule intérieur, et en les pénétrant intimement : ce qui le prouve, c'est qu'en général les animaux qui ne vivent que d'herbe, qui parait être une substance très-différente de celle de leur corps, tirent de cette herbe de quoi faire de la chair et du sang; que même ils se nourrissent, croissent et grossissent autant et plus que les animaux qui ne vivent que de chair. Cependant, en observant la nature plus particulièrement, on s'apercevra que quelquefois ces molécules organiques ne s'assimilent pas parfaitement au moule intérieur, et que souvent la matière ne laisse pas d'influer sur la forme d'une manière assez sensible : la grandeur, par exemple, qui est un des attributs de la forme, varie dans chaque espèce suivant les différents climats; la qualité, la quantité de la chair, qui sont d'autres attributs de la forme, varient suivant les différentes nourritures. Cette matière organique que l'animal assimile à son corps par la nutrition n'est donc pas absolument indifférente à recevoir telle ou telle modification; elle n'est pas absolument dépouillée de la forme qu'elle avait auparavant, et elle relient quelques caractères de l'empreinte de son premier état; elle agit donc elle-même par sa propre forme sur celle du corps organisé qu'elle nourrit; et quoique celle action soit presque insensible, que même celte puissance d'agir soit infiniment petite en comparaison de la force qui contraint cette matière nutritive à s'assimiler au moule qui la reçoit, il doit en résulter avec le temps des effets très-sensibles. Le cerf, qui n'habite que les
i. Idée très-belle et très-vraie. Ce qu'il y a de permanent dans les êtres vivants, c'est la forme ; ce qu'il y a de variable et de corruptible , c'est la matière. J'ai prouvé , par mes expériences sur le développement des os, que tonte la matière de l'os change et se renouvelle paudant qu'il s'accroît. (Voyez mon ouvrage intitulé : Théorie expérimentale de la formation des os )
522 LE ŒIîF.
forêts, el qui ne vit, pour ainsi dire, que de bois, porte une espèce de bois qui n'est qu'un résidu de celte nourriture; le castor, qui habite les eaux et qui se nourrit de poisson, porte une queue couverte d'écaillés ; la chair de la loutre et de la plupart des oiseaux de rivière est un aliment de carême, une espèce de chair de poisson. L'on peut donc présumer que des animaux auxquels on ne donnerait jamais que la même espèce de nourriture prendraient en assez peu de temps une teinture des qualités de cette nourriture, et que, quelque forte que soit l'empreinte de la nature, si l'on continuait toujours à ne leur donner que le même aliment, il en résulterait avec le temps une espèce de transformation par une assimilation toute contraire à la première : ce ne serait plus la nourriture qui s'assimilerait en entier à la forme de l'animal, mais l'animal qui s'assimilerait en partie à la forme de la nourriture, comme on le voit clans le bois du cerf et dans la queue du castor.
Le bois, dans le cerf, n'est donc qu'une partie accessoire, et, pour ainsi dire, étrangère à son corps, une production qui n'est regardée comme partie animale que parce qu'elle croît sur un animal , mais qui est vraiment végétale, puisqu'elle retient les caractères du végétal dont elle tire sa première origine, et que ce bois ressemble au bois des arbres par la manière dont il croit, dont il se développe, se ramifie, se durcit, se sèche et se sépare; car il tombe de lui-même après avoir pris son entière solidité, et dès qu'il cesse de tirer de la nourriture, connue un fruit dont le pédicule se détache de la branche dans le temps de sa maturité : le nom même qu'on lui a donné clans notre langue prouve bien qu'on a regardé cette production comme un bois, et non pas comme une corne, un os, une défense, une dent, etc. Et quoique cela me paraisse suffisamment indiqué et même prouvé par tout ce que je viens de dire, je ne dois pas oublier un fait cité par les anciens. Aristote °, Théophraste 6, Pline c, disent' tous que l'on a vu du lierre s'attacher, pousser et croître sur le bois des cerfs lorsqu'il est encore tendre : si ce fait est vrai, el il serait facile de s'en assurer par l'expérience, il prouverait encore mieux l'analogie intime de ce bois avec le bois îles arbres.
Non-seulement les cornes et les défenses des autres animaux sont d'une substance très-différente de celle du bois du cerf, mais leur développement, leur texture, leur accroisscmcnl, el leur forme tant extérieure qu'intérieure, n'ont rien de semblable ni même d'analogue au buis. Ces parties, comme
h. « C;i]itus j.im cervua est, hederam Buis enatam cornibus gerens viridem, quœ cornu adhuo « i ii' il forte in erta, quasi ligno viridi coalueril »Aris1 Hist, a ni ma!. , 1 , i\ , c. v.
ii. u Hederau multis creatur, et, quod mirabilius, visa est in cornibns cervi etiam aliquando. « Commovit [inquii .lui. Scaliger apud Theophrastum] virum acenratum cervi cornibus « bsrcns tiedera : quid enim cô scminiumdctulit, etc. » Lib. n, de Caus, Plant. , cap. uni.
r. " in n ■ cervorum cornibus ni dera coalesclt, dùm ex arborum attritu Ula expei
• 1 p. » Plin. de Admirand, auditlonibut. — l Pure fable que & qu'il disent.
les ongles, les cheveux, les crins, les plumes, les écailles, croissent à la vérité par une espèce de végétation, mais bien différente de la végétation du bois. Les cornes dans les bœufs, les chèvres, les gazelles, etc., sont creuses en dedans, au lieu que le bois du cerf est solide dans toute son épaisseur : la substance de ces cornes est la même que celle des ongles, îles ergots, des écailles; celle du bois de cerf, au contraire, ressemble plus au bois qu'à toute autre substance. Toutes ces cornes creuses ' sont revêtues en dedans d'un périoste, et contiennent dans leur cavité un os - qui les soutient et leur sert de noyau ; elles ne tombent jamais, et elles croissent pendant toute la vie de l'animal, en sorte qu'on peut juger son âge par les nœuds ou cercles annuels de ses cornes. Au lieu de croître, comme le bois du cerf, par leur extrémité supérieure, elles croissent au contraire comme les ongles, tes plumes, les cheveux, par leur extrémité inférieure. Il en est de même des défenses de l'éléphant, de la vache marine, du sanglier et de tous les autres animaux, elles sont creuses en dedans, et elles ne croissent que par leur extrémité inférieure; ainsi les cornes et les défenses n'ont pas plus de rapport que les ongles, le poil ou les plumes, avec le bois du cerf.
Toutes les végétations peuvent donc se réduire à trois espèces : la première, où l'accroissement se fait par l'extrémité supérieure, comme dans les herbes, les plantes, les arbres, le bois du cerf, et tous les autres végétaux; la seconde, où l'accroissement se fait, au contraire, par l'extrémité inférieure, comme dans les cornes, les ongles, les ergots, le poil, les cheveux, les plumes, les écailles, les défenses, les dents 3, et les autres parties extérieures du corps des animaux; la troisième est celle où l'accroissement se fait à la fois par les deux extrémités, comme dans les os, les cartilages, les muscles, les tendons et les autres parties intérieures du corps des animaux : toutes trois n'ont pour cause matérielle que la surabondance de la nourriture organique, et pour effet que l'assimilation de cette nourriture au moule qui la reçoit. Ainsi l'animal croît plus ou moins vite à proportion de la quantité de cette nourriture, et lorsqu'il a pris la plus grande partie
1. Cornes creuses. Ou nomme cgilement corne , et la proéminence osseuse , l'os, qui constitue le noyau de toutes les cornes, et l'étui épidermique , l'étui corné , qui, dans certaines eûmes (celles des bœufs, celles des chèvres, etc.), enveloppe le noyau, l'os. Cet étui est la corne creuse.
2. L'os est la partie commune de toutes les cornes, ainsi que je viens de le dire. 11 se retrouve, tant dans les animaux à bois ou cornes tombantes (les cerfs, les daims , les chevreuils, etc.), que dans les animaux à cornes creuses ou persistantes (les bœufs, les chèvres, les antilopes, etc.) : la seule différence est que, dans les premiers, Vos est revêtu de peau, tandis que, dans les seconds, il est revêtu à'épiderme, d'ongle , en un mot, de cette substance élastique, qu'on comme aussi corne.
3. Ici lHifl 'm mêle et c>iifnnd tout. Les défenses de L'éléphant sont des dénis; toutes les dents sont des os; les eûmes creuses, les ongles, la poils, etc., sont de nature épiderm'quedans la corne creuse il y a la corne solide, qui est un os; le bois du cerf est un os, etc.
tic son accroissement elle se détermine vers les réservoirs séminaux, et cherche à se répandre au dehors et à produire, au moyen de la copulation, d'autres êtres organisés, La différence qui se trouve cuire les animaux qui, comme le cerf, oui un temps marqué pour le rut, cl les autres animaui qui peuvent engendrer eu tout temps, ne vient encore que de la manière dont ils se nourrissent. L'homme et les animaux domestiques, qui lous les jours prennent à peu près une égale quantité de nourriture, souvent même trop abondante, peuvent engendrer en tout temps : le cerf, au contraire, et la plupart des autres animaux sauvages, qui souffrent pendant l'hiver une grande disette, n'ont rien alors de surabondant ', et ne sont en état d'engendrer qu'après s'être refaits pendant l'été ; et c'est aussi immédiatement après cette saison que commence le rut, pendant lequel le cerf s'épuise si fort qu'il reste pendant tout l'hiver dans un état de langueur; sa chair est même alors si dénude de honne substance, et son sang est si fort appauvri, qu'il s'engendre des vers - sous sa peau , lesquels augmentent encore sa misère, et ne tombent qu'au printemps lorsqu'il a repris, pour ainsi dire, une nouvelle vie par la nourriture active que lui fournissent les productions nouvelles de la terre.
Toute sa vie se passe donc dans des alternatives de plénitude et d'inanition, d'embonpoint et de maigreur, de santé, pour ainsi dire, el de maladie, sans que ces oppositions si marquées, eteetétat toujours excessif, altèrent sa constitution : il vit aussi longtemps que les autres animaux qui ne sont pas sujets à ces vicissitudes. Comme il est cinq ou six ans à croître, il \il aussi sept lois cinq ou six ans, c'est-à-dire trente-cinq ou quarante ans3 ". Ce que l'on a débité sur la longue vie des cerfs n'est appuyé sur aucun fondemenl ; ce n'est qu'un préjugé populaire qui régnait dès le temps d'Aristote, el ce philosophe dit, avec raison b, que cela ne lui parait pas vraisemblable, attendu que le temps de la gestation et celui de l'accroissement du jeune cerf n'indiquent rien moins qu'une très-longue vie. Cependant , malgré celle autorité , qui seule aurait dû suffire pour détruire ce préjuge'', il s'est •renouvelé dans des siècles d'ignorance par une histoire OU nue fable que l'on a faite d'un cerf qui fut pris par Charles VI dans la forêt de Scnlis, et qui portail un collier sur lequel était écrit , Cœsar hoc me douai il; el l'on
a. Pour moi, sans entrer dans aucune discussion à c suj t, mon sentiment est que les c rfi ne peuvent vivre plus de traaranl ans. Nouveau traité de la i inerte , p 1 il.
b. « \ ii \ i : ;e pi rqu nu longà hoc animal fertur, sed nihil certi es iis quœ oarrantur \ idi mus; « ii tatio aul in r mentum binnulli ita evenit quasi vita essel prslonga. oArist. liist. animal. , lil>. vi , c. \\i.\.
I. i' plu 'ii motos de turalondance ds nourriture n'est ici qu'une cause très-secondahe :
i rut , ta durée de la gestation , le terme de ['accroissement , cri ni de ta i le , etc.,
»unt tout chose! déb rminées 1 1 ré| Lôes, dans chaque espèce, par des lois primitives et oon«
l'on ['astre.
s V'cyi /. Ut note de la page 77.
a mieux aimé supposer mille ans de vie à cet animal et faire donner ce collier par un empereur romain, que de convenir que ce cerf pouvait venir d'Allemagne, où les empereurs ont dans tous les temps pris le nom de César.
La tète des cerfs va tous les ans en augmentant en grosseur et en hauteur, depuis la seconde année de leur vie jusqu'à la huitième ; elle se soutient toujours belle et à peu près la même pendant toute la vigueur de. l'âge; mais, lorsqu'ils deviennent vieux, leur tête décline aussi. On peut voir, dans la description du cerf ', celle de sa tête dans les différents âges. Il est rare que nos cerfs portent plus de vingt ou vingt-deux andouillers, lors même que leur tête est le plus belle ; et ce nombre n'est rien moins que constant; car il arrive souvent que le môme cerf aura dans une année un certain nombre d'andouillcrs, et que l'année suivante il en aura plus ou moins, selon qu'il aura eu plus ou moins de nourriture et de repos; et de même que la grandeur de la tête ou du bois du cerf dépend de la quantité de la nourriture, la qualité de ce même buis dépend aussi de la différente qualité des nourritures; il est, comme le bois des forêts, grand, tendre et assez léger dans les pays humides et fertiles; il est, au contraire, court, dur et pesant dans les pays secs et stériles.
Il en est de même encore de la grandeur et de la taille de ces animaux;. elle est fort différente selon les lieux qu'ils habitent : les cerfs de plaines, de vallées ou de collines abondantes en grains, ont le corps beaucoup plus grand et les jambes plus hautes que les cerfs des montagnes sèches, arides et pierreuses; ceux-ci ont le corps bas, cour! et trapu; ils ne peuvent courir aussi vite, mais ils vont plus longtemps que les premiers; ils sont plus méchants, ils ont le poil plus long sur le massacre; leur tète est ordinairement basse et noire, à peu près comme un arbre rabougri, dont l'écorce est rembrunie, au lieu que la tète des cerfs de plaines est haute et d'une couleur claire et rougcàtre comme le bois et l'écorce des arbres qui croissent en bon terrain. Ces petits cerfs trapus n'habitent guère les futaies, et se tiennent presque toujours dans les taillis, où ils peuvent se soustraire plus aisément à la poursuite des chiens : leur venaison est plus fine et leur chair est de meilleur goût que celle des cerfs de plaine. Le cerf de Corse parait être le plus petit de tous ces cerfs de montagne; il n'a guère que la moitié de la hauteur des cerfs ordinaires; c'est, pour ainsi dire, un basset parmi les cerfs; il a le pelage a brun, le corps trapu, les jambes courtes. Et ce qui m'a convaincu que la grandeur et la taille des cerfs, en général, dépendait absolument de la quantité et de la qualité de la nourriture, c'e^t qu'en ayant fait élever un chez moi et l'ayant nourri largement pendant quatre ans, il était à cet âge beaucoup plus haut, plus gros, plus étoffé que
a. Pelage , c'est la couleur du poil du cerf, du daim , lu chevreuil. 1. Par Daubenton.
le plus vieux cerfs de mus bois, qui cependant sont de la belle (aille.
Le pelage le plus ordinaire pour le cerf est le fauve ; cependant il se trouve, même en assez grand nombre, des cerfs bruns, et d'autres qui sont roux : les cerfs blancs sont bien plus rares, et semblent être des ceri devenus domestiques, mais très-anciennement, car Aristote et Pline | lent des cerfs blancs, cl il parait qu'ils n'étaient pas alors plus communs qu'ils ne le sont aujourd'hui. La couleur du bois, comme la couleur du poil, semble dépendre en particulier de l'âge et de la nature de l'animal, et, en général, de l'impression de l'air : les jeunes cerfs ont le bois pins blanchâtre et moins teint que les vieux. Les cerfs, dont le pelage est d'un fauve clair et délayé, ont souvent la tète pâle et mai teinte; ceux qui sont d'un fauve vif l'ont ordinairement rouge; et les bruns, surtout ceux qui ont du poil noir sur le cou , ont aussi la tête noire. Il est vrai qu'à l'intérieur le bois de tous les cerfs est à peu près également blanc; mais ces diffèrent beaucoup les uns des autres en solidité , et par leur texture plus ou mois serrée; il y en a qui sont fort spongieux, et où même il se trouve des cavités assez grandes : celte différence dans la texture suffit pour qu'ils puissent se colorer différemment, et il n'est pas nécessaire d'avoir recours à la sève des arbres pour produire cet effet, puisque nous voyons tous le jours l'ivoire le plus blanc jaunir ou brunir à l'air, quoiqu'il soit d'une matière bien plus compacte et moins poreuse que celle du bois du cerf.
Le cerf paraît avoir l'œil bon, l'odorat exquis et l'oreille excellente. Lorsqu'il veut écouter, il lève la tête, dresse les oreilles, et alors il entend de fort loin; lorsqu'il sort dans un petit taillis ou dans quelque autre endn i! à demi découvert, il s'arrête pour regarder de tous côtés, et cherche ensuite le dessous du vent pour sentir s'il n'y a pas quelqu'un qui puisse l'inquiéter. H est d'un naturel assez simple, et cependant il est curieux et rusé' : lorsqu'on le sildeou qu'on l'appelle de loin, il s'arrête tout court et regarde fixement et avec une espèce d'admiration les voilures, le bétail, les hommes ; el , s'ils n'ont ni armes, ni chiens, il continue à marcher d'assurance0 et passe son chemin fièrement et sans fuir: il parait aussi écouter avec aulaut de tranquillité que de plaisir le chalumeau ou le flageole! i\c> bergers, el les veneurs se servent quelquefois de cel artifice pour le rassurer, l'.u général, il craint beaucoup moins l'homme que les chiens, el ne prend de la défiance et de la ruse qu'à mesure el qu'autant qu'il aura été inquiété : il mange lentement, il choisit sa nourriture; et, lorsqu'il a viande, il cherche à se reposer pour ruminer à loisir, mais il paraîl que la rumination ne se fait pas avec autant il»; facilité que dans le bœuf; ce n'esl , pour ainsi duc, que par secousses que le cerfpeul faire remonter l'herbe contenue dans son première lomac. Cela vient delà longueur el de la direction du chemin
a, Marcher d'atsurance, aller d'aisurance, c'< tloi pie le cerf va d'an pa i I ettran-
qu'il faut que l'aliment parcoure : le bœuf a le cou court et droit, le cerf l'a long et arqué ; il faut donc beaucoup pius d'effort pour faire remonter l'aliment, et cet effort se fait par une espèce de boquel dont le mouvement se marque au debors et dure pendant tout le temps de la rumination. Il a la voix d'autant plus forte, plus grosse et plus tremblante qu'il est plus âgé; la biche a la voix plus faible et plus courte , elle ne rait pas d'amour mais de crainte : le cerf rait d'une manière effroyable dans le temps du rut; il est alors si transporté qu'il ne s'inquiète ni ne s'effraie de rien; on peut donc Je surprendre aisément, et, comme il est surchargé de venaison, il ne tient pas longtemps devant les chiens ; mais il est dangereux aux abois, et il se jette sur eux avec une espèce de fureur. Il ne boit guère en hiver, et encore moins au printemps; l'herbe tendre et chargée de rosée lui suflit; mais dans les chaleurs et les sécheresses de l'été il va boire aux ruisseaux, aux mares, aux fontaines, et dans le temps du rut il est si fort échauffé qu'il cherche l'eau partout, non-seulement pour apaiser sa soif brûlante, mais pour se baigner et se rafraîchir le corps. Il nage parfaitement bien, et plus légèrement alors que dans tout autre temps, à cause de la venaison dont le volume est plus léger qu'un pareil volume d'eau : on en a vu traverser de très-grandes rivières; on prétend même qu'attirés par l'odeur des biches, les cerfs se jettent à la mer dans le temps du rut et passent d'une ils à une autre à des distances de plusieurs lieues; ils sautent encore plus légèrement qu'ils ne nagent, car, lorsqu'ils sont poursuivis, ils franchissent aisément une haie et même un palis d'une toise de hauteur. Leur nourriture est différente suivant les différentes saisons; en automne, après le rut, ils cherchent les boutons des arbustes verts, les fleurs de bruyères, les feuilles de ronces, etc. ; en hiver, lorsqu'il neige, ils pèlent les arbres et se nourrisent d'écorces, de mousse, etc. ; et, lorsqu'il fait un temps doux, ils vont viander dans les blés; au commencement du printemps, ils cherchent les chatons des trembles, des marsaules, des coudriers, les fleurs et les boutons du cornouiller, etc.; en été, ils ont de quoi choisir, mais ils préfèrent les seigles à tous les autres grains, et la bourgène à tous les autres bois. La chair du faon est bonne à manger, celle de la biche et du daguet n'est pas absolument mauvaise, mais celle des cerfs a toujours un goût désagréable et fort : ce que cet animal fournit de plus utile, c'est son bois et sa peau; on la prépare, et elle fait un cuir souple et très-durable ; le bois s'emploie par les couteliers, les fournisseurs, etc. ; et l'on en tire, par la chimie, des esprits alcali-volatils, dont la médecine fait un fréquent usage.
Aucune espèce n'est [tins voisine d'une autre que l'espèce du daim l'est de celle du cerf1 ; cependant ces animaux, qui se ressemblent à tant d'égards, ne vont point ensemble, se fuient, ne se mêlent jamais2, cl ne forment par conséquent aucune race intermédiaire : il e-t même rare de trouver
des daims dans les pays qui sont peuplés de beaucoup de cerfs, à muins qu'on ne les y ait apportés; ils paraissent être d'une nature moins robuste et moins agreste que celle du cerf, ils sont aussi beaucoup moins communs dans les forêts; on les élève dans des parcs où ils sont, pour ainsi dire , à demi domestiques. L'Angleterre e>t le pays de l'Europe où il y en a le plus, et l'on y fait grand cas de cette venaison; les cbiens la préfèrent aussi à la chair de tous les autres animaux, et, lorsqu'ils ont une fois mangé du daim, ils ont beaucoup de peine à garder le change sur le cerf ou sur le chevreuil. Il y a des daims aux ein irons de Paris et dans quelques provinces de France; il y en a en Espagne et en Allemagne ; il y en a aussi en Amérique3, qui peut-être y ont été transportés d'Europe : il semble que ce soit un animal de- climats tempérés, car il n'y en a point en Russie, et l'on n'en trouve que très-rarement dans les forêt- " de Suède et des antres pays du Nord.
Les cerfs sont bien plus généralement répandus; il y en a partout en Europe, même en Norvège et dans tout le Nord, à l'exception peut-être de la Laponie; on en trouve aussi beaucoup en Asie, surtout en Tartane b et dans les provinces septentrionales de la Chine. On les retrouve: ou Amérique4, car ceux du Canada8 e ne diffèrent des nôtres que par la hauteur du bois, par le nombre et par la direction des andouillers ■', qui quelquefois n'esl pas droite en avant comme dans les tètes de nos cerfs, mais qui re-
a. Linn. Fauna Suecica.
I. Di ription d- l'Inde , par Marc Paul , îiv.i.p. 3S. Lettres édifiantes, XXVI" recueil! p 371.
c. I. cerf du Canada est absolument le même qu'en France. Di < ; f« .'•< -V<.-;. Fran », parle I'. Cliarlevobt, t. lll , p. 120.
d. Voyez, dans! .-> Mémoires pour servir « l'histoire des animaux , par M. Perrault, h planche du ccifd
» Ce, • h dam i ( Linn.). — Ordre des Ruminants,1 genre Cerf (Cuv.). l. LcS espèces du | pai it en is aplati, •
\< daim a le bois aplati, et le cerf aie bois rond: li i de cer/àbois rond (le cm/ (ta
i cerfde Virginie, l'axis, l chevreuil, < dono plus voisines du cerf pro>
dit, d / , que ne L'est Le daim.
i. \ \ . h te ;i de 1 1 pa e 156
daim ne .'< I poinl I toi riqui w ''''"
commua us I pays d'1 arope, ma dt ori inalre de
« i : i j batic. » (Gui il : Ri vit animal , 1 i , |
;. L cerfi di i v ... ni ri ni . 00 nme espèces, di ci us il PI i
a. Le cerj du i an ida esl ulii roet] ropre > l'Amérique.
tourne en arrière par une inflexion bien marquée, en sorte que la pointe de chaque andouiller regarde le merrain; et cette forme de tête n'est pas absolument particulière aux cerfs de Canada , car on trouve une pareille tète gravée dans la Vénerie de du Fouilloux a, et le bois du cerf de Canada que nous avons fait graver a les andouillcrs droits , ce qui prouve assez que ce n'est qu'une variété qui se rencontre quelquefois dans les cerfs de tous les pays. Il en est de même de ces têtes qui ont au-dessus de l'empaumure un grand nombre d'andouiilers en forme de couronne, que l'on ne trouve que très-rarement en France, et qui viennent, dit du Fouilloux b , du pays des Moscovites et d'Allemagne; ce n'est qu'une autre variété qui n'empêche pas que ces cerfs ne soient de la même espèce que les nôtres. En Canada, comme en France, la plupart des cerfs ont donc les andouillers droits; mais leur bois en général est plus grand et plus gros, parce qu'ils trouvent dans ces pays inhabités plus de nourriture et de repos que dans les pays peuplés de beaucoup d'hommes. Il y a de grands et de petits cerfs en Amérique comme en Europe; mais, quelque répandue que soit cette espèce, il semble cependant qu'elle soit bornée aux climats froids et tempérés ' : les cerfs du Mexique et des autres parties de l'Amérique méridionale , ceux que l'on appelle biches des bois, et biches des palétuviers à Cayenne, ceux que l'on appelle cerfs du Gange, et que l'on trouve dans les mémoires dressés par M. Perrault sous le nom de biches de Sardaigne , ceux enfin auxquels les voyageurs donnent le nom de cerfs au cap de Bonne- Espérance, en Guinée et dans les autres pays chauds, ne sont pas de l'espèce de nos cerfs, comme on le verra dans l'histoire particulière de chacun de ces animaux.
Et comme le daim est un animal moins sauvage, plus délicat, et, pour ainsi dire, plus domestique que le cerf, il est aussi sujet à un plus grand nombre de variétés. Outre les daims communs et les daims blancs, l'on en connaît encore plusieurs autres : les daims d'Espagne, par exemple, qui sont presque aussi grands que des cerfs, mais qui ont le cou moins gros et la couleur plus obscure, avec la queue noirâtre, non blanche par-dessous, et plus longue que celle des daims communs; les daims de Virginie2, qui sont presque aussi grands que ceux d'Espagne, et qui sont remarquables par la grandeur du membre génital et la grosseur des testicules; d'autres qui ont le front comprimé, aplati entre les yeux, les oreilles et la queue plus longues que le daim commun, et qui sont marqués d'une tache blanche sur les ongles des pieds de derrière ; d'autres qui sont tachés ou rayés de blanc, de noir et de fauve-clair; et d'autres
a. Voyez la Vénerie de Jacques du Fouilloux , fol. 22 , verso.
b. Idem , fol. 20, verso.
1 . Notre cerf est originaire de l'Europe et de toute l'Asie tempérée.
2 Ledaim, ou, plus exactement, le cerf de Virginie. (Voyez Cuvier : Règneanim.,l. I, p. 2G3. U. 34
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enfui qui sont entièrement noirs : tons ont le bois ;>lus veule, plus aplati, plus étendu en largeur, et ù proportion plus garni d'andouillers (pie celui du cerf; il est aussi plus courbé en dedans, et il se termine par une large et longue cnipaumure, et quelquefois, loi^-que leur tète est forte et bien nourrie, les plus grands andouillers se terminent eux-mêmes panne petite empaumure. Le daim commun a la queue plus longue que le cerf, et le pelage plus clair. La tète de tous les daims mue comme celle des cerfs , mais elle tombe plus tard,; ils sont à peu près le même temps à la refaire , aussi leur rut arrive quinze jours ou trois semaines après celui du cerf : les daims raient alors assez fréquemment, mais d'une voix basse et comme entrecoupée; ils ne s'excèdent pas autant que le cerf, ni ne s'épuisent par le rut; ils ne s'écartent pas de leur pays pour aller cliercher les femelles, cependant ils se les disputent et se battent à outrance. Ils sont portés à demeurer ensemble, ils se mettent en bardes, et restent presque toujours les uns avec les autres. Dans les parcs, lorsqu'ils se trouvent en grand nombre, ils forment ordinairement deux troupes qui sont bien distinctes, bien séparées, et qui bientôt deviennent ennemies, parce qu'ils veulent également occuper le même endroit du parc : ebacune de ces troupes a son chef, qui marebe le premier, et c'est le plus fort et le plus âgé; les autres suivent, et tous se disposent à combattre pour ebasser l'autre troupe du bon pays. Ces combats sont singuliers par la dispo>ition qui parait y régner; ils s'attaquent avec ordre, se battent avec courage, se soutiennent les uns les autres, et ne se croient pas vaincus par un seul éebec, car le combat se renouvelle tous les jours, jusqu'à ce que les plus fort- chassent le- plus faible- cl les relèguent dans le mauvais pays. Ils aiment les terrains élevés et entrecoupés de petites collines : ils ne s'éloignent pas comme le cerf, lorsqu'on lesebasse; il- ne l'ont que tourner, et cherchent seulement à se dérober des chiens parla ruse et par le change; cependant, lorsqu'ils sont pressés, échauffés et épuisés, ils se jettent à l'eau comme le cerf, mais ils ne se hasardent pas à la traverser dans une aussi grande étendue ; ainsi la chasse du daim et celle du cerf n'ont cuire elles aucune différence essentielle. Les connaissances du daim sont, en plus petit, les mêmes que celles «lu cerfj les mômes ruses leur sont communes, seulement elles sont plus répétées par le daim : comme il est moins entreprenant, et qu'il ne se forlonge pas tant, il a pin- souvent besoin de s'accompagner, de revenir sur ses voies, etc., ce qui rend eu général la chasse du daim plu- sujette aux inconvénients que celle du cerf; d'ailleurs, comme il esl plus petit cl plus léger, sei voies laissent sur la terre cl aux portées une impression moins forte et moins durable; ce qui lait que le- chien- gardent moins le change, et qu'il esl plus difficile de rapprocher lorsqu'on a un défaut à relever.
Le daim s'apprivoise très-aisémenl ; il mange de beaucoup de choses que le cerf refuse : aussi conserve t -il mieux sa venaison, car il ne parait pas
que le rut, suivi des hivers les plus rades et les plus longs, le maigrisse et l'altère, il est presque dans le même état pendant toute l'année; il broute de plus près que le cerf, et c'est ce qui fait que le bois coupé par la dent du daim repousse beaucoup plus difficilement que celui qui ne l'a été que par le cerf ; les jeunes mangent plus vite et plus avidement que les vieux ; ils ruminent, ils cherchent les femelles dès la seconde année de leur vie, ils ne s'attachent pas à la même comme le chevreuil , mais ils en changent comme le cerf : la daine porte huit mois et quelques jours comme la biche; elle produit de même ordinairement un faon , quelquefois deux, et trèsrarement trois ; ils sont en état d'engendrer et de produire depuis l'âge de deux ans jusqu'à quinze ou seize ; enfin ils ressemblent aux cerfs par presque toutes les habitudes naturelles, et la plus grande différence qu'il y ait entre ces animaux , c'est dans la durée de la vie. Nous avons dit, d'après le témoignage des chasseurs, que les cerfs vivent trente -cinq ou quarante ans, et l'on nous a assuré que lçs daims ne vivent qu'environ vingt ans : comme ils sont plus petits , il y a apparence que leur accroissement est encore plus prompt que celui du cerf; car dans tous les animaux la durée de la vie est proportionnelle à celle de l'accroissement et non pas au temps de la gestation, comme on pourrait le croire, puisqu'ici le temps de la gestation est le même, et que dans d'autres espèces, comme celle du bœuf, on trouve que, quoique le temps de la gestation soit fort long , la vie n'en est pas moins courte; par conséquent on ne doit pas en mesurer la durée sur celle du temps de la gestation , mais uniquement sur le temps de l'accroissement, à compter depuis la naissance jusqu'au développement presque entier du corps de l'animal '.
Le cerf, comme le plus noble des habitants des bois, occupe dans les forêts les lieux ombragés par les cimes élevées des plus hautes futaies : le chevreuil, comme étant d'une espèce inférieure, se contente d'habiter sous
1. Il y a un rapport entre la durée de l'accroissement et la durée de la vie. (Voyez la noti de la page 77 ). Il y en a un autre entre la durée de la gestation et la durée de l'accroissement. Et ces deux dernières durées semblent se compenser l'une par l'autre. La femelle du lapin ne porte que trente jours, et ses petits naissent impuissants à marcher, la peau nue, les yeux fermés, etc.; la femelle du cochon d'Inde porte soixante jours, et ses petits naissent la peau couverte de poils, les yeux ouverts, etc. : à peine nés, ils marchent, ils courent, ils sautent, etc. — Tous les phénomènes de l'économie animale tiennent les uns aux autres par une chaîne de rapports suivis : la durée de la vie est donnée par la durée de l'accroissement ; la mirée de l'accroissement, par la durée de la gestation , etc., etc.
* Cervus caprevlus (Linn. ). — Ordre des Humiliants; genre Cerf (Cut.).
des lambris plus bas, ol se tient ordinairement dans le feuillage épais plus jeune- taillis; mais s"il a moins de noblesse, moins de force, et beaucoup moins de bailleur de taille, il a plus de grâce, plus de vivacité, et même plus de courage (pie le cerf"; il est plus gai, plus leste, plus éveillé; sa forme est plus arrondie, plus élégante, et sa ligure plus agréable; yeux surtout sont plus beaux, plus brillants, et paraissent animés d'un sentiment plus vif; ses membres sont plus souples, ses mouvements plus prestes, et il bondit, sans effort, avec autant de force que de légèreté. Sa robe est toujours propre, son poil net et lustré; il ne se roule jamais dans la fange comme le cerf; il ne se plait que dans les pays les plus élevés, les plus secs, où l'air est le plus pur; il est encore plus rusé, plus adroit à se dérober, plus difficile à suivre; il a plus de ûnesse, plus de ressources d'instinct. Car. quoiqu'il ait le désavantage mortel de laisser après lui impressions plus fortes, et qui donnent aux chiens plus d'ardeur et plus de véhémence d'appétit que l'odeur du cerf; il ne laisse pas de savoir se soustraire à !e;;r pouîsuut; par la rapidité de sa première course ( t par détours multipliés; il n'attend pas, pour employer la ruse, que la force lui manque; dès qu'il sent, au contraire, que les premiers efforts d'une luile rapide ont été sans succès, il revient sur ses pas, retourne, revient encore, et lorsqu'il a confondu par ses mouvements opposés la direction de l'aller avec celle du retour, lorsqu'il a mêlé les émanations présentes avec leémanations passées, il se sépare de la terre par un bond, et, se jetant à côté, il se met ventre à terre, et laisse, sans bouger, passer près de lui la troupe entière de ses ennemis ameutés.
Il diffère du cerf et du daim par le naturel, par le tempérament, par les moins, et aussi par presque toutes les habitudes de nature : au lieu de se mettre en barde- comme eux et de marcher par grande- troupes, il demeure en famille; le père, la mère et les petits vont ensemble, et on ne les voit jamais s'associer avec des étranger-; ils sont aussi constants dan- leurs amours que le cerf l'est peu; comme la chevrette produit ordinairement deux fanas, l'un môle el l'autre femelle, ces jeune- animaux, élevés, nourris ensemble, prennent une si forte affection l'un pour l'autre qu'ils ne se quittent jamais, à moins que l'un des deux n'ait éprouvé l'injustice du sort, qui ne devrait jamais séparer ce qui s'aime; et c'esl attachement encore plutôt qu'amour, car, quoiqu'ils soient toujours ensemble, ils ne ressentent les ardeur- du rut qu'une seule rois par an, et ce temps ne dure que quinze jours; c'est à la lin d'octobre qu'il commence el il unit avant le 1 •"» de novembre. IK ne sont peint alors chargés, comme le cerf, d'une venaison surabondante; ils n'ont point d'odeur forte, peint de fureur,
a. Loi [ue tes faons Boni attaqués, le chevreuil qui les reconnaît pour êtres, lui prend lent i ; et quoique ce oit un animal a iz petit, il est assez fort pour battre un jeune cerf etli faire Cuir. rYoui "iu U ailé de lu Vénerie. Paris, 1750, p. 178.
rien en un mot qui les altère et qui change leur état; seulement ils ne soutirent pas que leurs faons restent avec eux pendant ce temps; le père les chasse, comme pour les obliger à céder leur place à d'autres qui vont venir et à former eux-mêmes une nouvelle famille : cependant, après que le rut est fini, les faons reviennent auprès de leur mère et ils y demeurent encore quelque temps, après quoi ils la quittent pour toujours, et vont tous deux s établir à quelque distance des lieux où ils ont pris naissance. La chevrette porte cinq mois et demi; elle met bas vers la fin d'avril, ou au commencement de mai. Les biches, comme nous l'avons dit, portent plus de huit mois, et cette différence seule suffirait pour prouver que ces animaux sont d'une espèce assez éloignée pour ne pouvoir jamais se rapprocher, ni se mêler, ni produire ensemble une race intermédiaire : par ce rapport, aussi bien que par la figure et par la taille, ils se rapprochent de l'espèce de la chèvre ' autant qu'ils s'éloignent de l'espèce du cerf; car la chèvre porte à peu près le même temps, et le chevreuil peut être regardé comme une chèvre sauvage, qui, ne vivant que de bois, porte du bois au lieu de cornes2. La chevrette se sépare du chevreuil lorsqu'elle veut mettre bas- elle se recèle dans le plus fort du bois pour éviter le loup, qui est son plus dangereux ennemi. Au bout de dix ou douze jours les jeunes faons ont déjà pris assez de force pour la suivre : lorsqu'elle est menacée de quelque danger, elle les cache dau.-, quelque endroit fourré, elle fait face, se laisse chasser pour eux ; mais tous ses soins n'empêchent pas que les hommes, les chiens, les loups, ne les lui enlèvent souvent, c'est là leur temps le plus critique et celui de la grande destruction de celle espèce, qui n'est déjà pas trop commune : j'en ai la preuve par ma propre expérience. J'habite souvent une campagne dans un pays a dont les chevreuils ont une grande réputation; il n'y a point d'année qu'on ne m'apporte au printemps plusieurs faons, les uns vivants pris par les hommes, d'autres tués par les chiens; en sorte que, sans compter ceux que les loups dévorent, je vois qu'on en détruit plus dans le seul mois de mai que dans le cours de tout le reste de l'année; et ce que j'ai remarqué depuis plus de vingtcinq ans, c'c.>t que, comme s'il y avait en tout un équilibre parfait entre les causes de destruction et de renouvellement, ils sont toujours, à trèspeu près, en même nombre dans les mêmes cantons. Il n'est pas difficile de les compter, parce qu'ils ne sont nulle part bien nombreux, qu'ils marchent en famille, et que chaque famille habite séparément; en sorte que, par exemple, dans un taillis de cent arpents il y en aura une famille,
a. A Montbard en Bourgogne.
1. La chèvre esl un ruminant à cornes creuses ou persistantes , die chevreuil un ruminant à bois ou cornes tombantes. ( Voyez la note de la page 43G. ) 11 y a donc plus loin de la chci re au chevreuil que du chevreuil au cerf.