‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 83 sur 126 · i ional a le lièvre d'Améi que (Lepus kvdson us. Palla · texte numérisé non relu

i ional a le lièvre d'Améi que (Lepus kvdson us. Palla

-, |i . \ de lièvre*

, . | : i Bi ' i . le Règne animal de M. Cnvier,

Cet animal, si recherché pour la table en Europe, n'est pas du goût des Orientaux : il est vrai que la loi de Mahomet, et plus anciennement la loi des juifs, a interdit l'usage de la chair du lièvre comme de celle du cochon; mais les Grecs et les Romains en faisaient autant de cas que nous : inter quadrupèdes gloria prima Lepus, dit Martial. En effet , sa chair est excellente, son sang même est très-bon à manger et est le plus doux de tous les sangs; la graisse n'a aucune part à la délicatesse de la chair, car le lièvre ne devient jamais gras tant qu'il est à la campagne en liberté ; et cependant il meurt souvent de trop de graisse , lorsqu'on le nourrit à la maison.

La chasse du lièvre est l'amusement et souvent la seule occupation des gens oisifs de la campagne : comme elle se fait sans appareil et sans dépense, et qu'elle est même utile, elle convient à tout le monde; on va le matin et le soir au coin du bois attendre le lièvre à sa rentrée ou à sa sortie; on le cherche pendant le jour dans les endroits où il se gîte. Lorsqu'il y a de la fraîcheur dans l'air par un soleil brillant, et que le lièvre vient de se gîter après avoir couru, la vapeur de son corps forme une petite fumée que les chasseurs aperçoivent de fort loin, surtout si leurs yeux sont exercés à cette espèce d'observation : j'en ai vu qui, conduits par cet indice, partaient d'une demi-lieue pour aller tuer le lièvre au gîte. Il se laisse ordinairement approcher de fort près, surtout si l'on ne fait pas semblant de le regarder, et si, au lieu d'aller directement à lui, on tourne obliquement pour l'approcher. Il craint les chiens plus que les hommes, et lorsqu'il sent ou qu'il entend un chien, il part de plus loin : quoiqu'il coure plus vite que les chiens, comme il ne fait pas une route droite, qu'il tourne et retourne autour de l'endroit où il a été lancé, les lévriers, qui le chassent à vue plutôt qu'à l'odorat, lui coupent le chemin, le saisissent et le tuent. Il se tient volontiers en été dans les champs, en automne dans les vignes, et en hiver dans les buissons ou dans les bois, et l'on peut en tout temps, sans le tirer, le forcer à la course avec des chiens courants; on peut aussi le faire prendre par des oiseaux de proie; les ducs, les buses, les aigles, les renards, les loups, les hommes, lui font également la guerre : il a tant d'ennemis qu'il ne leur échappe que par hasard, et il est bien rar/î qu'ils le laissent jouir du petit nombre de jours que la nature lui a comptés.

Le lièvre et le lapin , quoique fort semblables tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ne se mêlant point ensemble, font deux espèces distinctes et séparées : cependant, comme les chasseurs a disent que les lièvres mâles, dans le temps du rut, courent les lapines et les couvrent, j'ai cherché à savoir ce qui pourrait résulter de cette union, et pour cela j'ai fait élever des lapins avec des hases, et des lièvres avec des lapines; mais ces essais n'ont rien produit ', et m'ont seulement appris que ces animaux, dont la forme est si semblable, sont cependant de nature assez différente pour ne pas même produire des espèces de mulets. Un levraut et une jeune lapine, à peu près du même âge, n'ont pas vécu trois mois ensemble; dès qu'ils furent un peu forts ils devinrent ennemis, et la guerre continuelle qu'ils se faisaient finit par la mort du levraut. De deux lièvres plus âgés que j'avais mis chacun avec une lapine, l'un eut le même sort, et l'autre, qui était très-ardent et très-fort, qui ne cessait de tourmenter la lapine en cherchant à la couvrir, la fit mourir à force de blessures ou de caresses trop dures. Trois ou quatre lapins de différents âges, que je lis de même appareiller avec des hases, les firent mourir en plus ou moins de temps; ni les uns ni les autres n'ont produit : je crois cependant pouvoir assurer qu'ils se sont quelquefois réellement accouplés; au moins y a-t-il eu souvent certitude que, malgré la résistance de la femelle, le mâle s'était salisfait; cl il y avait plus de raison d'attendre quelque produit de ces accouplements que des amours du lapin et de la poule dont on nous a fait l'histoire b, et dont, suivant l'auteur, le fruit devait être des poulets couverts de poils, ou des lapins couverts de plumes; tandis que ce n'était qu'un lapin vicieux ou trop aident, qui, faute de femelle, se servait de la poule de la maison comme il se serait servi de tout autre meuble, et qu'il est hors de toute vraisemblance de s'attendre à quelque production entre deux animaux d'espèces si éloignées, puisque de l'union du lièvre et du lapin, dont les espèces sont tout à fait voisines, il ne résulte rien.

La fécondité du lapin est encore plus grande que celle du lièvre; et sans ajouter foi à ce que dit Wotten, que d'une seule paire qui fui mise dans une Ile il s'en trouva six mille au bout d'un an, il est sûr que ces animaux multiplient si prodigieusement dans le> pays qui leur conviennent, que la

a. Voyez la Vénerie de du Fouilloux, Paris, 1614, folio 100, recto. 6. Voyez VArt d'éU va d<

" Lepui cuniculus [ Lion. ). — Ordre des Rongeurs; genre lièvre (Cuv. ). 1. j'ai répéti cette expérience. J'ai fait élever ensemble des lièvres aveo des lapines et de lapins avec di hases. Ci essais n'uni rien produit. ï. l'.n B

terre ne peut fournir à leur subsistance; ils détruisent les herbes, les racines, les grains, les fruits, les légumes, et même les arbrisseaux et les arbres; et, si l'on n'avait pas contre eux le secours des furets et des chiens, ils feraient déserter les habitants de ces campagnes. Non-seulement le lapin s'accouple plus souvent et produit plus fréquemment et en plus grand nombre que le lièvre, mais il a aussi plus de ressources pour échapper à ses ennemis; il se soustrait aisément aux yeux de l'homme; les trous qu'il se creuse dans la terre, où il se retire pendant le jour et où il fait ses petits, le mettent à l'abri du loup, du renard et de l'oiseau de proie; il y habite avec sa famille en pleine sécurité; il y élève et nourrit ses petits jusqu'à l'âge d'environ deux mois, et il ne les fait sortir de leur retraite pour les amener au dehors que quand ils sont tout élevés; il leur évite par là tous les inconvénients du bas âge, pendant lequel, au contraire, les lièvres périssent en plus grand nombre et souffrent plus que dans tout le reste de la vie.

Cela seul suffit aussi pour prouver que le lapin est supérieur au lièvre par la sagacité; tous deux sont conformés de même, et pourraient également se creuser des retraites; tous deux sont également timides à l'excès, mais l'un, plus imbécile, se contente de se former un gîte à la surface de la terre, où il demeure continuellement exposé, tandis que l'autre, par un instinct plus réfléchi, se donne la peine de fouiller la terre et de s'y pratiquer un asile; et il est si vrai que c'est par sentiment qu'il travaille, que l'on ne voit pas le lapin domestique faire le même ouvrage; il se dispense de se creuser une retraite , comme les oiseaux domestiques se dispensent de faire des nids, et cela parce qu'ils sont également à l'abri des inconvénients auxquels sont exposés les lapins et les oiseaux sauvages. L'on a souvent remarqué que, quand on a voulu peupler une garenne avec des lapins clapiers, ces lapins et ceux qu'ils produisaient restaient, comme les lièvres, à la surface de la terre; et que ce n'était qu'après avoir éprouvé bien des inconvénients, et au bout d'un certain nombre de générations, qu'ils commençaient à creuser la terre pour se mettre en sûreté ' .

Ces lapins clapiers, ou domestiques, varient pour les couleurs, comme tous les autres animaux domestiques; le blanc, le noir et le gris a sont cependant les seules qui entrent ici dans le jeu de la nature : les lapins noirs sont les plus rares; mais il y en a beaucoup de tout blancs, beaucoup de tout gris, et beaucoup de mêlés. Tous les lapins sauvages sont gris, et,

a. J'appelle gris ce mélange de couleurs fauves, noires et cendrées, qui fait la couleur ordinaire des lapins et des lièvres.

1. J'ai fait mettre en liberté, dans un parc, des lapins, nés de parents qui, pendant plusieurs générations , avaient vécu dans des conditions à ne pouvoir fouir. Dès que ces lapins ont été libres , ils ont creusé des terriers. ( Voyez mon livre sia l'Instinct et l'intelligence des animaux. )

parmi les lapins domestiques, c'est encore la couleur dominante, car dans toutes les portées il se trouve toujours des lapins gris, et même en plus grand nombre, quoique le père et la mère soient tous deux blancs, ou tous deux noirs, ou l'un noir et l'autre blanc; il est rare qu'ils en fassenl plus de deux ou trois qui leur ressemblent; au lieu que les lapins gris, quoique domestiques, ne produisent d'ordinaire que des lapins de cette même couleur, et que ce n'est que très-rarement et comme par hasard qu'ils en produisent de blancs, de noirs et de mêlés.

Ces animaux peuvent engendrer et produire à l'âge de cinq ou six mois : on assure qu'ils sont constants dans leurs amours, et que communément ils s'attachent à une seule femelle et ne la quittent pas; elle est presque toujours en chaleur, ou du moins en état de recevoir le mâle; elle porte trente ou trente-un jours, et produit quatre, cinq ou six, et quelquefois sept et huit petits : elle a, comme la femelle du lièvre, une double matrice, et peut, par conséquent, mettre bas en deux temps; cependant il parait que les superfétations sont moins fréquentes dans celle espèce que dans celle du lièvre; peut-être par cette même raison que les femelles changent moins souvent, qu'il leur arrive moins d'aventures, et qu'il y a moins d'accouplements hors de saison.

Quelques jours avant de mettre bas, elles se creusent un nouveau terrier, non pas en ligne droite, mais en zigzag, au fond duquel elles pratiquent une excavation, après quoi elles s'arrachent sous le ventre une assez grande quantité de poils, dont elle, font une espèce de lit pour recevoir leurs petits. Pendant les deux premiers jours elles ne les quittent pas, elles ne sortent que lorsque le besoin les presse, et reviennent, dès qu'elles ont pris de la nourriture : dan ce temps elles mangent beaucoup et fort vite; elles soignent ainsi et allaitent leur- petits pendant plus de six semaines. Jusqu'alors le père ne les connaît point, il n'entre pas dans ce terrier qu'a pratiqué la mère; souvent même, quand elle eu sort cl qu'elle y laisse petits, elle en bouche l'entrée avec de la terre détrempée de son mine; niais lorsqu'ils commencent a venir au bord du trou, et à manger i\u séneçon et d'autres herbes que la mère leur présente, le itère semble

les rec aître, il les prend entre ses pattes, il leur lustre le poil, il leur

lèche les yeux, et tous, les uns après les autres, oui également part a ses

soins : dans ci; même temps la mère lui fait beaucoup de caresses, cl souvent devient pleine peu de jours après.

■n gentilhomme" de mes voisins, qui pendant plusieurs années s'est amusé a élever des lapins, m'a communiqué ces remarques : « J'ai com- " mencé, dit-il, par avoir un môle et nue femelle seulement ; le môle était u tout blanc et la femelle tout leur po lérité, qui fui i.

u. M. li Ch ipl du il

LE LAPIN. Soi

« nombreuse, il y en eut beaucoup plus de gris que d'autres; un assez bon

« nombre de blancs et de mêlés, et quelques-uns de noirs Quand la

« femelle est en chaleur le mâle ne la quitte presque point; son tempéra- « ment est si chaud, que je l'ai vu se lier avec elle cinq ou six fois en

« moins d'une heure La femelle, dans le temps de l'accouplement, se

« couche sur le ventre à plate terre , les quatre pattes allongées, elle fait « de petits cris qui annoncent plutôt le plaisir que la douleur : leur façon « de s'accoupler ressemble assez à celle des chats , à la différence pourtant

« que le mâle ne mord que très-peu la femelle sur le chignon La

« paternité, chez ces animaux, est très-respectée; j'en juge ainsi par la « grande déférence que tous mes lapins ont eue pour leur premier père, « qu'il m'était aisé de reconnaître à cause de sa blancheur, et qui est le « seul mâle que j'aie conservé de cette couleur : la famille avait beau « s'augmenter, ceux qui devenaient pères à leur tour lui étaient toujours « subordonnés; dès qu'ils se battaient, soit pour des femelles soit parce « qu'ils se disputaient la nourriture, le grand-père, qui entendait du bruit, « accourait de toute sa force, et, dès qu'on l'apercevait, tout rentrait dans « l'ordre, et s'il en attrapait quelqu'un aux prises, il les séparait et en fai- « sait sur-le-champ un exemple de punition. Une autre preuve de sa domi- « nation sur toute sa postérité, c'est que les ayant accoutumés à rentrer « tous à un coup de sifflet, lorsque je donnais ce signal, et quelque éloi- « gnés qu'ils fussent, je voyais le grand-père se mettre à leur tète, et, « quoique arrivé le premier, les laisser tous défiler devant lui et ne rentrer

« que le dernier Je les nourrissais avec du son de froment, du foin

« et beaucoup de genièvre ; il leur en fallait plus d'une voiture par semaine; « ils en mangeoient toutes les baies, les feuilles et l'écorce , et ne laissaient « que le gros bois : cette nourriture leur donnait du fumet, et leur chair « était aussi bonne que celle des lapins sauvages. »

Ces animaux vivent huit ou neuf ans : comme ils passent la plus grande partie de leur vie dans leurs terriers, où ils sont en repos et tranquilles, ils prennent un peu plus d'embonpoint que les lièvres; leur chair est aussi fort différente par la couleur et par le goût; celle des jeunes lapereaux est très-délicate, mais celle des vieux lapins est toujours sèche et dure. Ils sont, comme je l'ai dit, originaires des climats chauds : les Grecs a les connaissaient, et il paraît que les seuls endroits de l'Europe où il y en eût anciennement étaient la Grèce et l'Espagne 61 ; de là on les a transportés dans des climats plus tempérés, comme en Italie, en France, en Allemagne, où ils se sont naturalisés; mais dans les pays plus froids, comme en

a. Vid. Aristot. Mst. animal., lib. i, cap. t.

b. Vid- Plin. Mst. nalural. , lib. vin.

1. Le lapin passe pour être originaire d'Espagne. (Voyez Cuvier : Règne animal, I. >n.)

Suède a et dans le reste; du Nord, on ne peut les élever que dans les maisons , el ils périssent lorsqu'on les abandonne à la campagne. Us aiment, au contraire, le chaud excessif, car on en trouve dans les contrées les plu> méridionales de l'Asie et de l'Afrique, comme au golfe Persique', à la baie de Saldanha % en Libye, au Sénégal, en Guinée''; et on en trouve aussi dans nos îles de l'Amérique e , qui y ont été transportés de l'Europe et qui y ont très-bien réussi.

Jusqu'ici nous n'avons parlé que des animaux utiles ; les animaux nuisibles sont en bien plus grand nombre ; et quoiqu'on tout ce qui nuit paraisse plus abondant que ce qui sert, cependant tout est bien, parce que dans l'univers physique le mal concourt au bien, et que rien en effet ne nuit à la nature. Si nuire est détruire des êtres animés, l'homme, considéré comme faisant partie du système général de ces êtres, n'est-il pas l'espèce la plus nuisible de toutes? Lui seul immole, anéantit plus d'individus vivants que tous les animaux carnassiers n'en dévorent. Us ne sonl donc nuisibles que parce qu'ils sont rivaux de l'homme, parce qu'ils ont les mêmes appétits, le même goût pour la chair, et que, pour subvenir à un besoin de première nécessité, ils lui disputent quelquefois une proie qu'il réservait à ses excès; car nous sacrifions plus encore à notre intempérance, que nous ne donnons à nos besoins. Destructeurs-nés des êtres qui nous sonl subordonnés, nous épuiserions la nature si elle n'était inépuisable, si par une fécondité aussi grande que notre déprédation, elle ne savail se réparer elle-même •'! se renouveler. Mais il est dans l'ordre que la mort serve à la vie, que la reproduction naisse de la destruction : quelque grande , quelque prématurée que soil donc la dépense de l'homme et des animaux carnassiers, le fonds, la quantité totale de substance vivante n'est point, diminuée; et s'ils précipitent les destructions, ils liaient en même temps des naissances nouvelles.

a. I «/. i.inii'i i Faun. Suec. , p, B,

' \ oyez l'Histoire générale iei / tges , pai M l abbé" P ôvost , t. il . p. B54.

e. Idem, t. I . p. v.'.i.

d i"/. /.mu. Afrie. de Afric, detcripl, Lu d, Bat. I68i. Part, h, p, 157. Voyei au I le i oyage de GuiU. Boiman, Olrei M , 1708 , p I >9. t. Voyez VHiêJLcire général» des [titilles . par le P. du Tertre. Paria 1607, t. II ^ p. 297.

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