‹ Œuvres complètes avec la nomenclature linnéenne et la classification de Cuvier, reviser et annotéesChapitre 93 sur 126 · Voyez 1a note de la page · texte numérisé non relu

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encore plus commodément. Les écureuils font, comme l'on sait, des nids au-dessus des arbres avec aidant d'art que les oiseaux; lorsque la marte est prête à mettre bas, elle grimpe au nid de l'écureuil, l'en chasse, en élargit l'ouverture, s'en empare et y fait ses petits; elle se sert aussi des anciens nids de ducs et de buses, et des trous des vieux arbres, dont elle déniche les pics-de-bois et les autres oiseaux; elle met bas au printemps : la portée n'est que de deux ou trois; les petits naissent les yeux fermés, et cependant grandissent en peu de temps; eile leur apporte bientôt des oiseaux, des œufs, et les mène ensuite à la chasse avec elle. Les oiseaux connaissent si bien leurs ennemis, qu'ils font pour la marte comme pour le renard le même petit cri d'avertissement; et une preuve que c'est la haine qui les anime, plutôt encore que la crainte, c'est qu'ils les suivent assez loin, et qu'ils font ce cri contre tous les animaux voraces et carnassiers, tels que le loup, le renard, la marte, le chat sauvage, la belette, et jamais contre le cerf, le chevreuil, le lièvre, etc.

Les martes sont aussi communes dans le nord de l'Amérique ' que dans le nord de l'Europe et de l'Asie : on en apporte beaucoup du Canada; il y en a dans toute l'étendue des terres septentrionales de l'Amérique jusqu'à la baie d'IIudson a, et en Asie, jusqu'au nord du royaume de Tunquin b et de l'empire de la Chine c. Il ne faut pas la confondre avec la marte zibeline -, qui est un autre animal dont la fourrure est bien plus précieuse. La zibeline est noire, la marte n'est que brune et jaune; la partie de la peau qui est la plus estimée dans la marte est celle qui est la plus brune, et qui s'étend tout le long du dos jusqu'au bout de la queue.

Le putois ressemble beaucoup à la fouine par le tempérament, par le naturel , par les habitudes <>u les mœurs, et aussi par la forme du corps.

a. Voyez le Voyage du capitaine Robert Laie, traduit par M. l'abbé Prévost. Paris, i7i'. , t. II, p. 227.

b. Voyez 1rs Voyages de Tavernier. Rouen, 1718, t. IV, p. L82. Voyez aussi ['Histoire générale des voyages, par M. L'abbé Prévost, t. \ Il , p. 117.

c. Voyez l'Histoire générale des voyages, t. VI, p. 563.

1. L'Amérique du Nord a plusieurs nantis qui Lui Bont propres: le vison blanc, Le pékan , < te.

2. La zibeline se distingue de la marte e1 de la fouine, parce qu'elle a 'tu i»'il jusque i u

. .. « Sa eus ■. dieu de L'hiver, dans des neigea affreuses, est une des plus

- l'on connaisse. C'est la recherche des zibelines qui a l'ait découvrir les conl 1 i » (Cuvier : Règne animal, t. I, p. 1 18 Mu tela putoriut i Lnn. i. — Ordre des Carnassiers; famille des Carnivoret, tribu des Mm te (Cuv, )

Comme elle, il s'approche des habitations, monte sur les toits, s'établit dans les greniers à foin, dans les granges et dans les lieux peu fréquentés, d'où il ne sort que la nuit pour chercher sa proie. Il se glisse dans les basses-cours, monte aux volières, aux colombiers, où, sans faire autant de bruit que la fouine, y fait plus de dégât ; il coupe ou écrase la tète à toutes les volailles, et ensuite il les transporte une à une et en fait magasin; si, comme il arrive souvent, il ne peut les emporter entières, parce que le trou par où il est entré se trouve trop étroit, il leur mange la cervelle et emporte les tètes. Il est aussi fort avide de miel; il attaque les ruches en hiver et force les abeilles à les abandonner. Il ne s'éloigne guère des lieux habités; il entre en amour au printemps; les mâles se battent sur les toits et se disputent la femelle ; ensuite ils l'abandonnent et vont passer l'été à la campagne ou dans les bois; la femelle au contraire reste dans son grenier jusqu'à ce qu'elle ait mis bas, et n'emmène ses petits que vers le milieu ou la fin de l'été ; elle en fait trois ou quatre et quelquefois cinq, ne les allaite pas longtemps, et les accoutume de bonne heure à sucer du sang et des œufs.

A la ville ils vivent de proie , et de chasse à la campagne ; ils s'établissent, pour passer l'été, dans des terriers de lapins, dans des fentes de rochers, dans des troncs d'arbres creux, d'où ils ne sortent guère que la nuit pour se répandre dans les champs, dans les bois; ils cherchent les nids des perdrix, des alouettes et des cailles; ils grimpent sur les arbres pour prendre ceux des autres oiseaux; ils épient les rats, les taupes, les mulots, et font une guerre continuelle aux lapins, qui ne peuvent leur échapper, parce qu'ils entrent aisément dans leurs trous; une seule famille de putois suffit pour détruire une garenne. Ce serait le moyen le plus simple pour diminuer le nombre des lapins dans les endroits où ils deviennent trop abondants.

Le putois est un peu plus petit que la fouine; il a la queue plus courte, le museau plus pointu, le poil plus épais et plus noir ; il a du blanc sur le front, aussi bien qu'aux côtés du nez et autour de la gueule. Il en diffère encore par la voix; la fouine a le cri aigu et assez éclatant; le putois a le cri plus obscur; ils ont tous deux, aussi bien que la marte et l'écureuil, un grognement d'un ton grave et colère, qu'ils répètent souvent lorsqu'on les irrite; enfin le putois ne ressemble point à la fouine par l'odeur, qui, loin d'être agréable, est au contraire si fétide qu'on l'a d'abord distingué et dénommé parla. C'est surtout lorsqu'il est échauffé, irrité, qu'il exbale et répand au loin une odeur insupportable. Les cbiens ne veulent point manger de sa chair, et sa peau même, quoique bonne, est à vil prix, parce qu'elle ne perd jamais entièrement son odeur naturelle. Cette odeur vient de deux follicules ou vésicules que ces animaux ont auprès de l'anus, et qui filtrent et contiennent une matière onctueuse dont l'odeur est très-

désagréable dans le putois, le furet, la belette, le blaireau, etc. , et qui n'est au contraire qu'une espèce de parfum dans la civette, la fouine, la marte, etc.

Le putois paraît être un animal des pays tempérés : on n'en trouve que peu ou point dans les pays du Nord, et ils sont plus rares que la fouine dans les climats méridionaux. Le puant d'Amérique1 est un animal différent, et l'espèce du putois paraît être confinée en Europe, depuis l'Italie jusqu'à la Pologne. 11 est sûr que ces animaux craignent le froid, puisqu'ils se retirent dans les maisons pour y passer l'hiver, et qu'on ne voit jamais de leurs traces sur la neige, dans les bois ou dans les champs éloignés des maisons, et peut-être aussi craignent-ils la trop grande chaleur, puisqu'on n'en trouve point dans les pays méridionaux.

Quelques auteurs ont douté si le furet et le putois étaient des animaux d'espèces différentes ". Ce doute est peut-être fondé sur ce qu'il y a des furets qui ressemblent aux putois par la couleur du poil : cependant le putois, naturel aux pays tempérés, est un animal sauvage comme la fouine, et le furet, originaire des climats chauds, ne peut subsister en France que comme animal domestique. On ne se sert point du putois, mais du furet, pour lâchasse du lapin, parce qu'il s'apprivoise plus aisément, car d'ailleurs il a, comme le putois, l'odeur très-forte et très-désagréable; mais ce qui prouve encore mieux que ce sont des animaux différents, c'est qu'ils ne se mêlent point ensemble, et qu'ils diffèrent d'ailleurs par un grand nombre de caractères essentiels2. Le furet a le corps plus allongé et plus minée, la tête plus étroite, le museau plus pointu que le putois; il n'a pas le même instinct pour trouver sa subsistance; il faut en avoir soin, le nourrir à la maison , du moins dans ces climats; il ne ,\a pas s'établir à la campagne ni dans les bois; et ceux que l'on perd dans les trous de lapins, et <|ni no reviennent pas, ne se sont jamais multipliés dans les champs ni dans les huis; ils périssent apparemment pendant l'hiver: le furet varie au— i par la couleur du poil comme les autres animaux domestiques, et

</. i (d l.imi ri Sj t. il ."il. Uustela flavescente nigricans, ore albo, collari flavtscenla putorius Muttela sylvcstris viverra dicta, an distincte?

i. Le i>itinii d'Amérique est une mouffette.

' Mu tela furo | Linn. — Ordre di Carnassiers, famille des Carnivores; tribu des Digl' i i genre Mai te (Cuv.).

2. <■ Le furet a'i I qu'une variété ton putois. » (Cuvier: Règne animal, 1. 1, p 148.)

il est aussi commun dans les pays chauds ", que le putois y est rare.

La femelle est dans celte espèce sensiblement plus petite que le mâle : lorsqu'elle est en chaleur, elle le recherche ardemment, et l'on assure6 qu'elle meurt, si elle ne trouve pas à se satisfaire; aussi a-t-onsoin de ne les pas séparer. On les élève dans des tonneaux ou dans des caisses où on leur fait un lit d'étoupes; ils dorment presque continuellement : ce sommeil si fréquent ne leur tient lieu de rien ; car, dès qu'ils s'éveillent, ils cherchent à manger; on les nourrit de son, de pain, de lait, etc.; ils produisent deux fois par an; les femelles portent six semaines : quelques-unes dévorent leurs petits presque aussitôt qu'elles ont mis bas , et alors elles deviennent de nouveau en chaleur et font trois perlées, lesquelles sont ordinairement de cinq ou six, et quelquefois de sept, huit, et même neuf.

Cet animal est naturellement ennemi mortel du lapin; lorsqu'on présente un lapin, même mort, à un jeune furet qui n'en a jamais vu, il se jette dessus et le mord avec fureur; s'il est vivant, il le prend par le cou, par le nez, et lui suce le sang; lorsqu'on le lâche dans les trous des lapins on le musèle, afin qu'il ne les tue pas dans le fond du terrier, et qu'il les oblige seulement ù sortir et à se jeter dans le fdet dont on couvre l'entrée. Si on laisse aller le furet sans muselière, on court risque de le perdre , parce qu'après avoir sucé le sang du lapin il s'endort, et la fumée qu'on l'ait dans le terrier n'est pas toujours un moyen sûr pour le ramener, parce «pie souvent il y a plusieurs issues, et qu'un terrier communique à d'autres, dans lesquels le furet s'engage à mesure que la fumée le gagne. Les enfants se servent aussi du furet pour dénicher des oiseaux; il entre aisément dans les trous des arbres et des murailles , et il les apporte au dehors.

Selon le témoignage de Strabon, le furet a été apporté d'Afrique en Espagne; et cela ne me paraît pas sans fondement, parce que l'Espagne est ie climat naturel des lapins, et le pays où ils étaient autrefois le plus abondants : on peut donc présumer que pour en diminuer le nombre, devenu peut-être très-incommode, on fit venir des furets avec lesquels on fait une chasse utile, au lieu qu'en multipliant les putois on ne pourrait que détruire les lapins, mais sans aucun profit, et les détruire peut-être beaucoup au delà de ce que l'on voudrait.

Le furet, quoique facile à apprivoiser, et même assez docile, ne laisse pas d'être fort colère; il a une mauvaise odeur en tout temps, qui douent bien plus forte, lorsqu'il s'échauffe ou qu'on l'irrite; il a les yeux vifs, le regard enflammé, tous les mouvements très-souples, et il est en même

a. Le furet se trouve en Barïarie, et se nomme Ximse. Voyez les Voyages du docteur Slinw, Amsterdam, 1743, t. I, y. 322.

b. Vide Gessner, Hist. animal, qvadrvp., p. 7C3.

temps si vigoureux, qu'il vient aisément à bout d'un lapin qui e>t au moins quatre fois plus gros que lui.

Malgré l'autorité des interprètes et des commentateurs, nous doutons que le furet soit Yictis des Grecs. « L'ictis, dit Aristote, est une espèce de belette « sauvage, plus petite qu'un petit chien de Malte, mais semblable à la belette « par le poil, par la forme, par la blancheur de la partie inférieure, et aussi « par l'astuce des mœurs ; il s'apprivoise beaucoup ; il fait grand tort aux « ruches, étant avide de miel; il attaque aussi les oiseaux; il a, comme le «chat, le membre génital osseux. Hist. animal., lib. ix, cap. vi. » Il parait, 1° qu'il y a une espèce de contradiction ou de malentendu à dire que l'ictis est une espèce de belette sauvage qui s'apprivoise beaucoup, puisque la belette ordinaire, qui est ici la moins sauvage des deux, ne s'apprivoise point. 2° Le furet, quoique plus gros que la belette, n'est pas trop comparable au petit épagneul ou au chien bichon, dont il n'approche pas pour la grosseur. 3° Il ne paraît pas que le furet ait l'astuce de mœurs de la belette, ni même aucune ruse : enfin, il ne fait aucun tort aux ruches, et n'est nullement avide de miel. J'ai prié M. le Roy, inspecteur des chasses du roi, de vérifier ce dernier fait, et voici sa réponse : « M. de billion pont « être assuré que les furets n'ont pas, à la vérité, un goût décidé pour le « miel, mais qu'avec un peu de diète on leur en fait manger ; nous en avons « nourri pendant quatre jours avec du pain trempé dans de l'eau miellée; « ils en ont mangé, et même en assez grande quantité, les deux derniers «jours; il est vrai que les plus faibles de ceux-là commençaient à maigrir « d'une manière sensible. » Ce n'est pas la première fois que M. le Roy, qui joint à beaucoup d'esprit ' un grand amour pour les sciences, nous a donné des faits plus ou moins importants , et dont nous avons fait usage. J'ai essayé moi-même, n'ayant pas de furets sous ma main, de faire la même épreuve sur une hermine, en ne lui donnant que du miel pur à manger, et en même temps du lait à boire, elle en est morte au bout de quelques jours; ainsi ni l'hermine ni le furet ne sont avides de miel comme l'ictis des anciens, et c'est ce qui me fait croire que ce mot ictis n'esl peut-être qu'un nom générique, ou que, s'il désigne une espèce particulière, c'esl plutôt I.» fouine ou le putois, qui tous deux, en effet, <>ni l'astuce île la belette, entrent dans les ruches, et sont très-avides de miel.

1. Gcurj-'i' I.'t y. Taulcur i.-K,''ni''u\ (1-s l.tiirvx yhilosophiques sur les animaux, avait, eu elfet, beaucoup d'esprit, c'ctaii aussi u i e\n IL ni i b ei \ '!< uj • Son livre est pli in d'intérêt.

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