LA BELETTE
La belette ordinaire est aussi commune dans les pays tempérés et chauds" qu'elle est rare dans les climats froids; l'hermine, au contraire, très-abondante dans le nord, n'est qu'en petit nombre dans les régions tempérées, et ne se trouve point vers le midi. Ces animaux forment donc deux espèces distinctes et séparées1 ; ce qui a pu donner lieu de les confondre et de les prendre pour le même animal, c'est que parmi les belettes ordinaires il y en a quelques-unes qui, comme l'hermine, deviennent blanches pendant l'hiver, même dans notre climat : mais, si ce caractère leur est commun, elles en ont d'autres qui sont très-différents; l'hermine, rousse en été, blanche en hiver, a en tout temps le bout de la queue noire; la belette , même celle qui blanchit en hiver, a le bout de la queue jaune; elle est d'ailleurs sensiblement plus petite et a la queue beaucoup plus courte que l'hermine; elle ne demeure pas, comme elle, dans les déserts et dans les bois , elle ne s'écarte guère des habitations : nous avons eu les deux espèces, et il n'y a nulle apparence que ces animaux, qui diffèrent par le climat, par le tempérament, par le naturel et par la taille, se mêlent ensemble; il est vrai que, parmi les belettes, il y en a de plus grandes et de plus petites; mais cette différence ne va guère qu'à un pouce sur la longueur entière du corps; au lieu que l'hermine est de deux pouces plus longue que la belette la plus grande : ni l'une ni l'autre ne s'apprivoisent, elles demeurent toujours très-sauvages dans les cages de fer où l'on est obligé de les garder; ni l'une ni l'autre ne veulent manger de miel; elles n'entrent pas dans les ruches comme le putois et la fouine; ainsi l'hermine n'est pas la belette sauvage, Yictis d'Aristote2, puisqu'il dit qu'elle devient fort privée et qu'elle est fort avide de miel; la belette et l'hermine, loin de s'apprivoiser, sont si sauvages qu'elles ne veulent pas manger lorsqu'on les regarde; elles sont dans une agitation continuelle, cherchent toujours à se cacher; et, si l'on veut les conserver, il faut leur donner un paquet d'étoupes dans lequel elles puissent se fourrer; elles y traînent tout ce qu'on leur donne, ne mangent guère que la nuit, et laissent pendant deux ou trois jours la viande fraîche se corrompre avant que d'y toucher; elles passent les trois quarts du jour à dormir ; celles qui sont en liberté atten-
a. La belette se trouve en Barbarie; on la nomme Fert-el Steile. Voyez les Voyages du d cteur Shaxv. La Haye , 1743 , 1. 1, p. 322.
* Mustela vulgaris (Linn.). — Ordre des Carnassiers : famille des Carnivores ; tribu des Digitigrades; genre Marte (Cuv. ).
1. La belette et l'hermine sont, en effet, deux espèces distinctes.
2. On ne sait pas bien ce qu'était l'ictis d'Aristote. Ce n'était, très-probablement, qu'une variété de la belette.